Le monde Arabe dans les médias occidentaux ou la réalité déformée

L’image du monde arabe dans l’opinion publique occidentale, et en particulier américaine, peut se résumer dans l’atmosphère dans laquelle se sont déroulées les élections présidentielles américaines.Tour d’horizon avec Joseph Daher du monde arabe vu à travers le prisme occidental…

Image du monde arabe dans les medias occidentaux

L’image du monde arabe dans l’opinion publique occidentale, et en particulier américaine, peut se résumer dans l’atmosphère dans laquelle se déroule les élections présidentielles américaines, en effet les Républicains en perte de vitesse dans les sondages accusent Barack Obama d’être un Arabe ou un Musulman, les termes étant utilisés de manière interchangeable, ces derniers ne sachant pas la différence, comme un moyen pour décrédibiliser le candidat démocrate devant public américain. Lors d’un meeting Républicain, le candidat John McCain a réagi par une réponse des plus étonnantes à une de ces supportrices qualifiant Barack Obama d’ « Arabe » : « Non Madame, c’est un bon père de famille et un citoyen honnête ». Traduction : Un Arabe est donc un citoyen malhonnête et un mauvais homme de famille ?!

Nous pouvons constater par les exemples ci dessus l’image désastreuse du Monde Arabe dans l’opinion publique occidentale. Cette vision des plus négatives est en grande partie le résultat d’un discours médiatique dominant qui tend à assimiler le Monde Arabe au terrorisme et au fanatisme religieux. La date symbolique du 11 septembre 2001 va servir de départ à la théorie des chocs des civilisations, thème reproduit en masse par la presse occidentale, c’est-à-dire une guerre entre civilisation et barbarie, démocratie et terrorisme, Orient Islamique et Occident judéo chrétien. C’est dès lors la fracture entre l’Orient, compris comme le Monde Arabe, et l’Occident, les deux s’opposent irrémédiablement par leur nature. L’Orient ou le Monde Arabe serait mystique, irrationnel et violent, tandis que l’Occident serait rationnel, laïc, technicien et matérialiste[1]. L’Islam est considéré comme l’épicentre fondateur du Monde Arabe, comme si le christianisme n’avait jamais vu le jour en Orient et ignorant le rôle important des communautés chrétiennes dans les sociétés orientales depuis maintenant des siècles. La religion islamique et l’Orient, par opposition au christianisme et à la culture occidental, ne seraient pas entrés dans la modernité, n’ayant pas fait la séparation fondamentale du temporel sur le spirituel qui permet à l’individu de s’engager dans la voie de la raison et de l’autonomie. Cette dichotomie est dès lors devenue la règle dans un grand nombre de médias occidentaux dans les champs d’analyses concernant le Monde Arabe. Un sondage du Washington Post en 2006 confirme ce sentiment au sein de la population des Etats Unis, le journal relevait que 46% des Américains avaient une opinion négative de l’Islam et que 30% estimaient que l’Islam encourage la violence[2]. James Zogby, le président de l’Institut des Arabes Américains, réagit à ce sondage négatif en imputant également la responsabilité sur les médias américains accusé de caricaturer la réalité des pays Arabes et de l’Islam, notamment depuis 2001.

La presse occidentale joue malheureusement un rôle clé dans cette image désastreuse du Monde Arabe à l’échelle de leur population. La diffusion de l’information est marqué d’un certain déséquilibre, le choix des mots est plus que parfois en défaveur des populations arabes et tend à donner une image négative à ces dernières. Le journaliste néerlandais Luyendijk a notamment décrié cette situation au sein des médias occidentaux. Il s’étonne du fait que les personnes de confessions musulmanes basant leur convictions politiques sur leur religion sont nommés fondamentalistes, alors qu’un président américain faisant le même usage de la religion s’appelle évangéliste ou profondément croyant. Si ce dernier remporte les élections, personne ne parlera d’un regain du christianisme, par contre, si des groupes musulmans qui s’inspirent du Coran sortent gagnant du jeu électoral, la presse occidentale analysera cet événement comme un raz de marée islamique ou de la preuve de l’islamisation du pays. Un exemple marquant fut la victoire du Hamas lors des élections législatives palestiniennes en janvier 2006, beaucoup de commentateurs dans les médias occidentaux ont vu le succès du Mouvement de la Résistance Islamique (Hamas) comme la preuve de l’islamisation rampante de la société palestinienne et de son refus de tout accord futur avec Israël pour l’établissement d’une paix. Ces deux éléments ont été récusés par des analystes et chercheurs qui ont conclus que la victoire du Hamas résultait du rejet des électeurs de la politique suivie par l’Autorité Palestinienne et le Fatah. Tout d’abord il s’agissait d’une condamnation de leur incapacité à créer des institutions solides, à éradiquer la corruption et à améliorer la vie quotidienne. Les électeurs ont voté pour le Hamas pour les raisons citées ci-dessus, non pas parce qu’ils adhéraient à sa Charte qui mentionne la destruction de l’Etat d’Israël, ils ne souhaitent pas non plus la relance des attentats suicides, les enquêtes d’opinion de l’époque montraient au contraire une volonté de paix et de négociation. Le vote sanction des électeurs contre un parti politique au pouvoir considéré comme non effectif par sa population et la volonté de cette dernière de changer l’équipe en place est normalement la caractéristique des démocraties modernes, mais les grilles d’analyses des médias occidentaux pour les pays Arabes sont décidément différents.
Pour continuer dans le choix des mots qui peut paraître déséquilibré, un dirigeant arabe qui s’oppose à un gouvernement occidental est défini comme anti occidental, alors que la presse occidentale n’a jamais utilisé la terminologie anti arabe envers des gouvernements occidentaux qui entraient en conflit avec un gouvernement arabe. Il n’est en effet pas rare d’entendre juxtaposer à la position politique de la Syrie le terme anti occidental, les raisons invoquées : soutien à des groupes terroristes tel que le Hezbollah ou Hamas. Ces derniers étant perçus dans le monde Arabe comme des mouvements de résistance luttant contre l’occupation de leur terre et non des organisations terroristes. Un personnage politique ou un gouvernement qui s’oppose à la politique américaine dans la région est forcément anti occidental selon les médias occidentaux. De même dans le conflit israélo palestinien, les Palestiniens qui ont recours à la violence contre des Israéliens sont des terroristes, les Israéliens de leur côté pour les mêmes actes envers des Palestiniens sont désignés de la manière suivante: partisans de la ligne dure ou des faucons. Les politiciens israéliens qui s’expriment en faveur d’une solution pacifique sont des colombes, mais leurs homologues palestiniens sont des modérés, sous entendant que tous les Palestiniens sont des extrémistes. Dernièrement le journaliste français Richard Labevière, ex rédacteur en chef à Radio France International avant son récent licenciement, dénonçait la volonté d’imposer dans l’audiovisuel français une lecture et une pensée unique résolument néoconservatrice et pro israélienne. Il a également affirmé qu’un journaliste accordant aux Arabes, quels que soient leur sensibilité politique, les mêmes droits qu’aux Israéliens et qu’aux Occidentaux n’a plus le droit de cité en France. Cette dérive des médias occidentaux a contribué sans aucun doute à véhiculer une image négative du Monde Arabe au sein des populations occidentales.

L’analyse politique sur les évènements et les conflits du Monde Arabe a également une répercussion négative sur son image, tel que reproduit par les médias occidentaux, en effet les explications culturalistes et essentialistes sont la norme pour cette région, les dynamiques politiques, sociales et démographiques étant reléguées au second plan. Les tensions actuelles en Iraq et au Liban sont dès lors souvent analysées et expliquées en terme d’identités ethno religieuses sans chercher à regarder les causes sous jacentes des tensions dans ces pays que ce soit les problèmes socio-économiques et les alliances transconfessionelles au niveau politique sont tout simplement ignorées. Le conflit entre groupes religieux différents, notamment à l’heure actuel l’opposition entre sunnites et chiites, devient donc l’élément d’explication générale pour expliquer au monde occidental les tensions dans les pays arabes. Les violences en Iraq par exemple seraient donc le fruit d’une opposition entre sunnite et chiite qui n’a eu de cesse de perdurer depuis la fondation de l’Islam selon certains médias occidentaux. Cela a pour but, comme expliqué plus haut, à réduire le Monde Arabe à son essence religieuse et à confirmer son caractère arriéré ne connaissant pas les dynamiques et les luttes politiques modernes.

La pensée critique en Occident de la diffusion de l’information par ces grands médias n’a pourtant pas disparu et reste vive. Des intellectuels tel que Noam Chomsky, le feu Edward Said ou encore Georges Corm battent en brèche les idées reçues retransmises par la presse occidentale, mais ces interventions sont malheureusement souvent diluées, noyées dans un flot d’informations et n’ayant pas les conséquences escomptées sur les populations occidentales.
En conclusion nous avons pu constaté l’image plus que négative véhiculée par les médias occidentaux sur le Monde Arabe, réduit au fanatisme religieux et au terrorisme. Ou réside donc la solution pour améliorer cette image ? Dans un changement de comportement nécessaire des populations arabes, cela étant la cause de son retard en terme de développement en général, pour se rapprocher de l’Homo Occidentus rationnel et avancé, thèse favorisé par les culturalistes et les théoriciens du Choc des civilisations? Ou au contraire une nécessaire auto critique des médias occidentaux dans la diffusion de l’information et du choix des mots, l’élargissement de leurs grilles d’analyses vers les champs politiques, sociaux et démographique, et non plus sa réduction au champ culturaliste ?
Le choix vous appartient, le mien étant déjà fait.
[1] Corm G., Orient Occident, la fracture imaginaire, 126
[2] Washington Post, 16 mars 2006

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