Le Jour où Darina s’est mise à jouer…

It’s a new dawn ; It’s a new day ; it’s a new life for me…and I’m feeling good…Ces quelques mesures de Nina Simone, Darina El Joundi peut à present les chanter, libérée de l’horreur de la guerre civile libanaise et de la prison tenace de certaines mentalités étriquées.
L’auteure (avec Mohammed Kacimi) du fabuleux roman Le jour où Nina Simone a cessé de chanter , dépeint avec brio l’enfer de la guerre, la folie inéluctable qu’une telle violence peut entraîner, mais aussi l’amour d’un père pour une fille qu’il ne voulait pas soumises aux diktats d’une société qu’il jugeait parfois absurde.
Le livre est violent, crû, drôle, provocant, mais aussi tendre, et avant tout passionné. Darina El Joundi semble passionnée par sa terre, passionnée par la vie qu’elle brûle par les deux bouts, dévorant sa liberté sans jamais que sa faim ne semble assouvie.
L’on aurait tort cependant de s’arrêter à une simple analyse politico-sociale du livre. Certes, la guerre civile libanaise en est quasiment un personnage principal, imprimant son impitoyable dynamique à la vie de l’auteure et partant, à son roman, mais la beauté de cette tranche de vie réside véritablement dans cet hommage au père, tout en pudeur et en nuances. A ce père qui la faisait boire du whisky, bien avant l’âge et nonobstant tout interdit religieux, qui lui déconseillait fortement le port de tout soutien-gorge, qui lui répétait le leitmotiv à présent moribond des années 60, le fameux Il est interdit d’interdire, Darina El Joundi semble lui dire merci , à celui qui a fait d’elle une femme libre et courageuse.
Car courageuse ; cette auteure l’est. Son roman n’abrite aucune poétisation de la guerre civile, l’on y retrouve la guerre telle qu’elle a dû être et telle que les ruines du Beyrouth des années 90 le montrait, c’est-à-dire sale, vile, folle, avide de sang. Courageuse car ayant osé défier une autorité qu’elle ne respectait ni ne reconnaissait, et se faisant frapper et interner pour cela, sans que sa propre famille ne lui porte secours. Courageuse car enfin elle a osé braver milles interdits afin de rendre hommage à son père tel qu’il le lui avait demandé, sans s’embarrasser de conventions sociales. Et elle a eu raison, car après tout, qui de mieux placé qu’une fille tendrement aimée pour exécuter les dernières volontés de son père ? Et même si ces dernières volontés consistent à faire remplacer le complainte du Coran par le doux velours de Nina Simone, et bien qu’importe ?
Le Monde Arabe a désespérément besoin de voix de femmes comme celle de Mlle El Joundi ne serait-ce que pour se rappeler que notre esprit, notre corps, notre voix et notre libre arbitre n’appartiennent qu’à nous, et que nous sommes libres , nous, femmes du Monde Arabe de nous en prévaloir et d’en disposer à notre guise, n’en déplaisent à certains tristes sires. Ce livre est tout simplement salutaire car ils nous rappellent que la liberté est à la portée de tout le monde, mais qu’elle a un prix, que certaines femmes, comme Darina El Joundi, n’ont pas hésité à payer.
J’irais donc vous applaudir du 1er au 21 décembre au théâtre Le Poche à Genève Mademoiselle, dans votre pièce de théâtre tirée du livre, pour que vous me fassiez vibrer encore une fois et que je retrouve dans vos yeux toute la force de mes sœurs d’Orient…
Paola Salwan

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