Incroyable Darina

Imaginez votre émotion à la lecture d’un très bon livre.

Décuplez-la au centuple.

Vous aurez alors une vague idée de la claque magistrale que représente Darina El Joundi sur scène. Cette actrice-née a su donner corps et vie à la voix de son roman Le jour ou Nina Simone a cessé de chanter. Drapée dans son avatar Noun, elle parvient à passer, et ce faisant, à faire passer son auditoire, du rires au larmes, raillant l’absurdité de la vie et de la guerre, se moquant de tous les dogmes, vivant a 100% a l’heure. Il est très difficile de poser des mots sur les émotions ressenties, tant le jeu de Mlle El Joundi est fort, intense, et tient son public en haleine. Un carré fait de rubans adhésifs pour tout décor, symbole des murs d’un asile, mais aussi des murs des mentalités, parfois bien plus durs à abattre. Une seule actrice, robe rouge fendue, la vie elle-même. Nina Simone, son Sinnerman rauque martelant la salle et structurant la pièce. Le décor est planté et il est certes minimaliste mais j’y vois là une nécessité tant la présence de Darina/Noun ébranle tout sur son passage, tant un excès de fioritures et de personnages sur scène auraient empêché le message d’atteindre sa cible, l’auraient quelque peu adouci en le faisant ricocher, au lieu de le laisser toucher au cœur. Noun parle du Liban de la guerre, de sa folie, de sa vie qui s’acharne malgré tout, de l’horreur et de la vile banalité de la mort, le tout sur un ton qui semble hurler ET ALORS ? Il y a la guerre, et alors ? Je ne vais pas m’arrêter de vivre. Il est mort, et alors ? Il faut célébrer, il faut vivre. Il serait cependant erroné de croire que notre héroïne prenne tout a la légère. Comme ces femmes libanaises qui allaient chez le coiffeur sous les bombes, Darina/Noun boit et fait la fête pour convaincre et se convaincre que la vie continue, que le monde ne s’est pas arrêté. La frivolité est la dignité du désespoir. C’est Cocteau qui l’a dit et c’est vrai. Sur l’internement du personnage commandé par un homme qui devait certainement se sentir menacé par les femmes fortes (et dans une société qui ne permettait pas aux femmes de l’être), ne nous étendons pas. Comme l’actrice, laissons cela dans un recoin de la mémoire, car il est des choses dont il ne vaut mieux pas se rappeler. Question de survie. Non, je préfère finir sur l’incroyable hommage au père rendu dans cette pièce.

Papa, tu as fait de moi une femme libre dans une société qui n’en voulait pas.

Papa, je te hais.

Mais je t’aime.

Au fond, ne perdez pas de temps à lire cet article, ni aucun autre d’ailleurs, allez juste la voir, son jeu vaut 1000 mots.
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