Gaza: Le Pourquoi du massacre et ses conséquences

L’offensive israélienne sur Gaza, débuté le 27 décembre 2008, est présent dans l’actualité en discontinu avec son lot de morts et de blessés quotidien, pour la plupart palestiniens. La population palestinienne de Gaza en effet ne cesse de subir les bombardements meurtriers de l’aviation israélienne, après avoir souffert d’un embargo total durant 6 mois qui a littéralement étouffé l’exigu territoire palestinien. Le nombre de victimes depuis le début des hostilités s’élève, au 12 janvier 2009, à plus de 900, dont plus de 230 enfants et 100 femmes et 3500 blessés, alors que du côté israélien on déplore 11 civils et militaires tués et environ 300 autres blessés. Ces chiffres risquent malheureusement d’augmenter par la poursuite de l’offensive israélienne sur Gaza et le refus des deux parties d’effectuer un cessez le feu immédiat, pour des raisons diamétralement opposées : Israël voulant terminer son opération de « nettoyage »[1], tandis que le Hamas demande le retrait des forces armées israéliennes de la Bande de Gaza avant la signature d’un cessez le feu. Cette nouvelle guerre israélienne après celle de juillet 2006 contre le Liban et le Hezbollah trouve son origine dans différentes causes.
Nous allons tout d’abord analyser la raison officielle avancée par Israël pour justifier cette agression sur Gaza : le non renouvèlement de la trêve par le Hamas le 19 décembre 2008 et la reprise des lancements de Katiouchas par ce dernier envers des localités israéliennes proches des territoires palestiniens de Gaza. La légitime défense, encore une fois, est donc la raison évoquée par les officiels israéliens pour justifier son offensive. Le non renouvellement de la trêve par le Hamas s’explique principalement par le refus des autorités israéliennes de mettre fin au blocus contre Gaza en échange à l’arrêt des tirs de roquettes depuis Gaza. La position du Hamas était claire : en cas de poursuite du blocus, il préférait se battre que de mourir de faim[2]. La rhétorique israélienne de légitime défense, bien connue de tous, doit dès lors être déconstruite pour connaître les raisons sous jacentes qui l’ont poussé à agir.
La décision d’Israël de lancer cette offensive repose sur trois éléments fondamentaux : les élections israéliennes qui se dérouleront le 10 février 2009, la fin de la présidence Bush et la volonté de détruire le Hamas. En premier lieu, les élections israéliennes ont en effet joué un grand rôle dans la volonté des gouvernants, notamment Tzipi Livni et Ehud Barak, de mener une offensive sur la bande de Gaza. Le gouvernement actuel, qui s’appuie sur une alliance entre le parti Kadima et le parti Travailliste, était avant l’agression en perte de vitesse dans les sondages depuis déjà un certain temps, alors que le parti rival du Likoud mené par Benyamin Netanyahu, partisan de la ligne (« encore plus ») dure contre les Palestiniens, ne cessait de gagner en popularité dans la société israélienne. Les deux personnalités à la tête de ces partis, Livni et Barak, ont dès lors voulu reprendre l’ascendant sur leur adversaire du Likoud en démontrant à l’opinion publique israélienne qu’eux aussi sont capables d’utiliser la force pour défendre l’Etat d’Israël en « cas de danger de ce dernier ». L’utilisation de la violence et de la force militaire face aux Palestiniens ou des pays Arabes voisins dans les campagnes électorales israéliennes n’est pas une nouveauté et constitue un élément important pour convaincre les Israéliens dans leur choix. En effet, Netanyahu représente l’option sécuritaire crédible pour une grande partie de l’opinion publique, tandis que le tandem Livni- Barak se devait de montrer qu’il était au moins aussi efficace et de rétablir la crainte d’Israël et de son armée dans la région, crainte mise à mal par l’échec relatif de l’opération contre le Hezbollah en 2006. Cette tactique semble fonctionner si nous analysons les nouveaux sondages israéliens dans lesquels 95% des juifs israéliens sont en faveur de l’offensive israélienne sur Gaza, alors que l’avance de Netanyahu, considérable ces derniers mois, n’est désormais plus que de 2 sièges, le Likoud arriverait en tête avec 29 sièges, suivi de près par Kadima avec 27 sièges alors que le Parti Travailliste totaliserait 17 députés, ce qui permettrait la reconduction du tandem Livni Barak à la tête du gouvernement israélien.
Le mandat du Président Bush touchant à sa fin, le gouvernement israélien a profité de l’énième feu vert accordé par l’administration Bush pour poursuivre ses objectifs politiques par l’utilisation de la force militaire. Tout au long de sa présidence, George Bush aura été un allié indéfectible d’Israël et cela jusqu’à ces derniers jours en déclarant récemment notamment le droit d’Israël à se défendre face aux « terroristes » du Hamas. La Secrétaire d’Etat aux affaires Etrangères Condolezza Rice, allant également de son mot, a jugé difficile pour Israël de protéger les civils palestiniens dans des zones urbaines à forte densité de population, car le Hamas utilise les habitants comme bouclier humains. Les Etats-Unis ont, il est clair, donné carte blanche à Israël pour détruire le Hamas, de la même manière qu’en 2006 au Liban contre le Hezbollah. Le vote de la Résolution 1860 du Conseil de Sécurité de l’ONU appelant à l’arrêt immédiat de l’attaque israélienne a d’ailleurs vu les Etats-Unis s’abstenir. Le congrès Américain a de son côté voté une résolution soutenant le droit d’Israël à se défendre.
La dernière raison, tout aussi importante, est la volonté d’Israël d’en finir avec le Hamas politiquement et militairement comme le prouve la déclaration du général israélien Yoan Galant : « renvoyer la bande de Gaza des décennies en arrière en terme de capacité militaire, en faisant le maximum de victimes chez l’ennemi et le minimum au sein des forces armées israéliennes [3]». Baptisée “Plomb Durci”, l’opération militaire lancée le samedi 27 décembre par les forces armées israéliennes contre Gaza est la plus meurtrière sur ce territoire depuis la guerre des six jours en 1967. Il est d’ailleurs important de souligner la collusion de certains pays arabes alliés aux Etats Unis, comme l’Arabie Saoudite, la Jordanie et l’Egypte, dans les évènements de Gaza : en effet, ces derniers verraient d’un bon œil l’affaiblissement du Hamas, allié à l’Iran et la Syrie, pour renforcer le pouvoir du président Mahmoud Abbas, soutenu par les Etats-Unis, en perte de vitesse.

Les conséquences de l’offensive israélienne sur Gaza peuvent être analysées à différents niveaux. Tout d’abord, sur la scène palestinienne, la volonté des israéliens de retourner les palestiniens de Gaza contre le Hamas est un échec total. Ainsi, comme l’a déclaré Issam Younis, juriste et directeur de Al Mezan, centre pour les droits humains à Gaza, l’agression israélienne a au contraire uni la quasi-totalité de la population de Gaza derrière le Hamas et contre les israéliens, alors qu’auparavant des critiques étaient dirigés contre le Hamas. La responsabilité des évènements est renvoyée par toutes les parties sur Israël, et la résistance des militants du mouvement islamo-nationaliste du Hamas est salué par tous. Ce soutien au Hamas et à la Résistance dépasse les frontières de Gaza pour atteindre la Cisjordanie et les autres pays arabes. L’OLP est au contraire pointé du doigt comme collaborateur avec l’ennemi sioniste par son inaction face à aux massacres perpétrés à Gaza. Des manifestations de soutien au Hamas organisées en Cisjordanie ont été réprimés par des forces de sécurité de l’OLP, tout drapeau ou signe caractéristique du mouvement de la résistance islamique (Hamas) est interdit lors des manifestations en faveur de Gaza. Les élections présidentielles palestiniennes au mois prochain n’augurent rien de bon pour Mahmoud Abbas et le Fatah en perte de légitimité dans l’opinion publique palestinienne, et une victoire des partisans du Hamas ou de sa ligne politique devient de plus en plus probable. L’offensive israélienne a donc affaibli le président Abbas et renforcé le Hamas, à l’opposé des objectifs initiaux israéliens.
Au niveau régional les conséquences sont également notables, tout d’abord dans tous les pays arabes des manifestations rassemblant des milliers de personnes ont été organisées en solidarité avec le peuple palestinien et pour dénoncer la barbarie de l’armée israélienne. Au niveau diplomatique, la Syrie a décidé de suspendre les discussions indirectes avec Israël, un geste symbolique car aucune amélioration n’était en vue avant les élections législatives israélienne du 10 février. Concernant les pays de la région alliés aux Etats-Unis, notamment la Jordanie, l’Egypte et l’Arabie Saoudite, ces derniers subissent le mécontentement populaire et sont la cible de nombreuses critiques en rapport avec leur prise de position politique plus que timide face à l’offensive israélienne et à leur hostilité envers le Hamas. En tête l’Egypte, qui a reçu la ministre des Affaires étrangères israélienne, Tzipi Livni, à la veille de l’attaque. Hosni Moubarak concentre les critiques du monde arabe sur sa personne, par son refus d’ouvrir le terminal de Rafah, arguant qu’il est nécessaire d’avoir l’accord du quartet, des Etats-Unis et d’Israël mais cela n’a pas empêché les palestiniens titulaires d’un passeport étranger de quitter Gaza par ce passage, ou par sa condamnation politique et son hostilité envers le Hamas dans les évènements de Gaza. Son attitude face à la crise de Gaza est en totale contradiction avec l’opinion publique égyptienne qui manifeste sa colère envers les positions de son gouvernement par l’organisation de nombreux rassemblements populaires pour apporter leur soutien au Hamas et montrer leur solidarité au peuple palestinien. Les partis d’oppositions, avec à leur tête les Frères Musulmans, dénoncent également à haute voix les choix du gouvernement et prennent souvent la tête des manifestations en faveur de Gaza. Des militants égyptiens de l’opposition et de la société civile ont d’ailleurs menacé d’actions de sabotages contre un gazoduc qui fournit du gaz à Israël, qui permet selon eux de fournir à ce dernier le combustible nécessaire pour faire fonctionner sa machine de guerre, dans le cas où le gouvernement égyptien n’applique pas la décision de justice qui l’oblige à cesser l’exportation du gaz à Israël. Le journaliste Qandil, un chef de file de l’opposition « Kefaya », et Said Mohamed Anwar Sadat, le neveu du feu président Anwar al Sadat, ont affirmé que le gouvernement prend tout les risques afin de servir les intérêts israéliens et qu’ignorer la volonté populaire pourrait pousser à des actions qui menaceraient la sécurité du pays[4]. Il est certain que la complicité du gouvernement de Moubarak avec les évènements de Gaza vont encore un peu plus cristalliser la société égyptienne contre l’actuel président.
De la même manière qu’en 2006 durant la guerre du Liban, les pays arabes alliés aux Etats-Unis, perdent encore du peu de légitimité qu’ils leur restent, en choisissant une posture politique à l’opposé de leur population en condamnant par exemple hier le Hezbollah et aujourd’hui le Hamas, considérés par les peuples arabes comme des résistants face à l’ennemi israélien.
Sur le plan international, des rassemblements de soutiens et des manifestations importantes ont eu lieu partout dans le monde pour condamner l’agression israélienne et pour montrer leur solidarité avec le peuple palestinien. Le président Hugo Chavez devient quand à lui chaque jour un peu plus une idole au Moyen Orient par son opposition à la politique américaine et son soutien à la Résistance au Liban et en Palestine. Le Venezuela est d’ailleurs le seul pays, avec la Mauritanie, à avoir expulsé l’ambassadeur israélien de son pays pour dénoncer l’offensive israélienne sur Gaza, tandis que les pays arabes ayant des représentations diplomatiques israéliennes n’ont rien fait de tel.
En conclusion, l’offensive israélienne sur Gaza permettra seulement peut être la réélection du tandem Livni-Barak, pas encore assuré, face au leader du Likoud Netanyahu. Pour le reste, les objectifs de cette guerre n’ont pas été atteints et même au contraire, il est certain qu’au niveau militaire le Hamas sortira affaibli de ce conflit, mais au niveau populaire il sera largement gagnant, perçu dorénavant comme LE mouvement de résistance en Palestine face au vieillissant Fatah du Président Mahmoud Abbas, discrédité devant le peuple palestinien par sa trop proche collaboration avec les Etats-Unis et Israël. De même, comme constaté ci- dessus, les alliés des Etats-Unis dans la région sortent encore affaibli de ce conflit. Les tirs de roquettes n’ont également pas cessés durant cette guerre, et ont au contraire repris de manière significative contre des villes autour de Gaza telle que Sderot.
Cette nouvelle guerre envers un peuple arabe, qui se poursuit encore à l’heure où nous publions , deux ans après le Liban, jette encore la désolation et la misère sur une population palestinienne qui subit les bombardements quotidiens de l’artillerie et de l’aviation israélienne, tuant des enfants et des femmes sans distinction, nous confirme à nouveau l’impossibilité d’annihiler un groupe politique regroupant une large partie de la populations par des actions militaires, de manière similaire qu’en 2006 Israël n’a pu vaincre le Hezbollah malgré sa force militaire. Le Hamas, de même que le Hezbollah au Liban, représente qu’on le veuille ou non, un nombre important de citoyens palestiniens, même une majorité de la population palestinienne si nous tenons compte des élections législatives de 2006. Il est donc possible qu’Israël affaiblisse militairement le Hamas mais il ne peut pas tuer toute la population palestinienne et donc le Hamas.
Il est infiniment triste d’observer qu’une victoire électorale pèse plus que des vies humaines.

[1] Le Temps, 12 janvier 2009
[2] Ending the War in Gaza, Crisis Group Middle East Briefing N°26, 5 January 2009

[3] Une offensive soigneusement préparée aux objectifs multiples, LEMONDE.FR 29.12.08
[4] Vers une Intifada en Egypte, 9 janvier 2009 ; Moukawama

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