Israel : une démocratie ?


Nous entendons souvent les chefs d’Etats occidentaux louer la démocratie Israélienne face aux Etats autoritaires de la région. Nicolas Sarkozy a parlé d’Israël comme miracle du vingtième siècle lors de la venue du Premier Ministre Olmert, comme un modèle démocratique à suivre pour les Etats de la région. Il est clair que les Etats du Moyen Orient sont loin d’être des modèles démocratiques mais il n’est pas question ici de comparer les régimes présents dans la région avec l’Etat d’Israël. Notre analyse portera sur la démocratie israélienne en rapport avec le concept moderne de démocratie. A la veille des élections législatives israéliennes cette question est des plus essentielles, et nous observerons le discours des hommes politiques israéliens dans cette bataille électorale.
Le concept moderne de démocratie tel que nous l’entendons aujourd’hui a beaucoup évolué, les élections ne constituant plus la principale caractéristique d’un régime démocratique, comme ce fut le cas durant le 18 ème et 19 ème siècle. Une démocratie réunit à l’heure actuelle des dimensions économiques, politiques, sociales et culturelles. D’ailleurs selon de récentes études portant sur la démocratie, l’importance du suffrage et de l’alternance au pouvoir comme critères a diminué au profit de sujets plus essentiels, telles les questions des droits de l’homme ou la société civile1. Dans le cas d’Israël, son système politique est basé sur le système parlementaire à la proportionnelle, qui répond aux plus hauts impératifs d’une démocratie apparente : c’est en effet la meilleure manière de représenter proportionnellement l’ensemble des partis, et donc le meilleur moyen de bâtir l’Etat-nation moderne à condition que les partis communautaires n’existent pas. Mais qu’en t-il du reste ?
Le premier obstacle que nous rencontrons dans l’étude de la démocratie israélienne est l’absence d’une Constitution écrite. Cette absence n’est peut être pas si anodine et permet à l’Etat d’Israël de ne pas répondre à certaine questions embarrassantes. Tout d’abord la nature même de l’Etat n’est pas précisée, car la naissance d’Israël fut en effet marquée d’un vif débat entre laïques et religieux qui ne reconnaissent pas l’Etat laïque, car cet Etat nierait le caractère sacré de la terre d’ « Israël ». Ensuite une Constitution délimite normalement le rôle et les missions de l’Etat, cette absence permet à l’Etat d’Israël de poursuivre des pratiques loin de toute règle démocratique tels que l’expropriation des terres de leurs propriétaires palestiniens et leur attribution aux immigrants juifs, mais aussi expatrier les palestiniens, oblitérer la loi du retour, passer sous silence l’immigration juive, et l’application d’un modèle de citoyenneté qui entre en contradiction avec toute constitution démocratique possible. De même un des rôles principaux de l’Etat est de délimiter les frontières politiques et nationales, ce que se refusent à faire tous les gouvernement israéliens, et lui permet donc de continuer d’occuper des terres étrangères. Les autorités israéliennes ont d’ailleurs reconnu que seulement 7 pour cent de la superficie occupée par Israël aujourd’hui a été dans la Palestine historique a été acquise par des transactions avec les propriétaires palestiniens, ou était déjà la propriété de Juifs qui n’avaient jamais quitté la Palestine. Le reste, soit 93 pour cent, est le résultat de confiscations et d’expulsion des occupants locaux, menées par les Sionistes à partir des premiers jours de décembre 19472.
Le concept de citoyenneté constitue également un problème dans sa pratique en Israël et va à l’encontre du principe d’égalité des citoyens dans l’Etat Nation. En effet, les citoyens Arabes israéliens sont considérés comme des citoyens de deuxième classe et souffrent également de discriminations quotidiennes, cela depuis l’avènement de l’Etat d’Israël. Plus de vingt textes de loi israéliens privilégient de manière explicite les juifs par rapport aux non-juifs. Ainsi, la loi dite « du retour » reconnaît automatiquement la citoyenneté israélienne aux juifs venus d’où que ce soit dans le monde entier. L’organisation des droits du citoyen en Israël tire d’ailleurs la sonnette d’alarme dans son dernier rapport annuel publié le 12 janvier 2009 en déclarant « La démocratie d’Israël est en danger ». Depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948, aucune localité arabe n’a été créée alors que plus de 600 localités juives ont vu le jour. Les Arabes d’Israël constituent 20% de la population du pays et se contentent d’habiter sur 2, 5% des terres du pays. Des institutions comme l’Agence juive ou le KKL multiplient les discriminations contre les Arabes israéliens sur les questions de propriété foncière et immobilière. Aujourd’hui, près de 90 000 Arabes vivent dans des villes mixtes et les différences entre les quartiers juifs et les quartiers où habitent les minorités sont visibles à l’œil nu. Les municipalités et les institutions de l’Etat n’investissent pas de la même façon selon les secteurs aussi bien dans le domaine de la santé, de l’éducation et des affaires sociales. Les Arabes israéliens constituent en effet une population marginalisée économiquement dont la majorité vit sous le seuil de pauvreté, et dans laquelle le taux de chômage est très élevé.
Nous avons constaté l’état de délabrement dans lequel la « démocratie » israélienne se trouve et son rapport de discrimination envers les citoyens Arabes israéliens, mais cela est sans compter le crime d’occupation contre la population Palestinienne de Cisjordanie et de Gaza. Selon Amnesty International, il y a environ 5.000 instructions militaires israéliennes qui réglementent la vie des Palestiniens en territoires occupés. Dans de nombreux cas, le Palestinien ne peut pas travailler, voyager, étudier, s’occuper de ses récoltes, transporter des marchandises, creuser un puits, créer une entreprise, se faire soigner – ou même visiter sa famille dans l’agglomération voisine – sans obtenir l’autorisation appropriée des autorités israéliennes. Et, au-delà de cela, sa vie est soumise à un réseau imprévisible de couvre-feux, barrages de contrôle, fermetures de routes, tranchées, enceintes, qui, établis de manière impromptue, maintiennent les Palestiniens en état de confusion constante. Ceci, sans compter l’ensemble formidable d’obstacles physiques, sous la forme de colonies juives en extension, et un réseau routier pour les colons juifs, construit sur de la terre appartenant aux Palestiniens, et dont l’accès leur est interdit3. Le rapport de l’organisation des droits des citoyens de cette année s’inquiète également de la multiplication des violences commises par les colons dans les territoires à l’encontre de la population civile palestinienne. De plus, depuis début 2008 jusque fin octobre dernier, 430 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie par les forces de sécurité d’Israël. On compte plus de 1150 blessés. La grande majorité des victimes n’étaient pas des combattants. Enfin, Israël multiplie la détention administrative contre les Palestiniens. Fin septembre dernier, 599 Palestiniens étaient ainsi détenus.
C’est dans ce contexte que ce déroule la bataille électorale pour les élections législatives de février et cela se répercute sur la vie politique israélienne. Les exemples sont multiples: par exemple, le 12 janvier, la commission électorale centrale israélienne a décidé de ne pas autoriser les partis arabes en Israel du Balad et de la Liste Arabe Unifiée-Taal, à participer aux élections du 10 février prochain. La décision a été acquise à l’issue d’un vote de la commission, qui avait été saisie par le parti ultra-nationaliste de droite Israël Beitanou, dirigé par l’ancien ministre Avigdor Libermann, et par le parti ultra-nationaliste Ha Bayit ha Yehoudi. Un des principaux reproches qui sont faits aux deux partis par les autorités israéliennes sont de rejeter la notion d’Israël comme Etat juif (sans pour autant nier ouvertement son droit à l’existence) et d’avoir des élus qui ont plusieurs fois voyagé en Syrie sans autorisation administrative. De même, le racisme contre les arabes est utilisé par certaines factions de droite en Israël comme un moyen de gagner plus de sièges dans les élections à venir. Le parti de droite Union Nationale, un des principaux partis parmi les colons juifs en Cisjordanie, a proposé une initiative pour combattre les Arabes et les Palestiniens en les expulsant au Venezuela. Le fondateur du parti d’extrême droite Israël Beitanou (Israël notre maison), Avigdor Lieberman (51 ans) est sans contestation le personnage le plus effrayant aussi car il a axé la propagande de sa formation sur l’expulsion des 1,2 million d’Arabes israéliens constituant 20% de la population de l’Etat hébreu. Avigdor Lieberman a lancé une pétition en faveur du vote d’une loi sur la citoyenneté obligeant les Arabes israéliens à proclamer leur fidélité à l’Etat sous peine d’être «transférés». Cette idéologie nauséabonde n’est pas sans fortement rappeler la politique de déportations orchestrée par les nazis durant la seconde guerre mondiale. Quatre jours plus tard, ladite pétition avait déjà recueilli 30000 signatures. Le quatrième candidat du parti, Michael Bin-Ary, a aussi fait bon accueil à l’idée d’expulser les Arabes et a dit que « tout le monde sait qu’avoir 1,5 million d’arabes en Israël est un sérieux problème ». Dans un rapport intitulé « Etude sur la démocratie en Israël », 62% des sondés espéraient que leur gouvernement adopterait une politique qui convaincra les 1,3 millions d’arabes israéliens de quitter le pays. Les partis d’extrême-droite en Israël sont en train de proposer une nouvelle loi qui pourrait être appliquée en Israël. Cette loi oblige tout citoyen israélien à rejoindre les militaires à son dix-huitième anniversaire. Les habitants doivent faire vœu de respecter et d’honorer le drapeau israélien, l’hymne national israélien et reconnaître Israël comme un Etat juif démocratique. Toute personne qui refuserait de le faire ne serait pas autorisée à participer aux élections, ni en tant que candidat ni en tant qu’électeur.
Il est certain qu’au point de vue formel Israël constitue une démocratie si nous tenons compte uniquement du critère d’élections, car pour le reste Israël est loin de se prévaloir du titre de démocratie. Nous avons pu constater les inégalités dont souffrent les Arabes Israéliens sur leur propre terre mais dans un Etat qui les traite en citoyen de seconde classe. La perpétuelle occupation des terres palestiniennes et arabe depuis 1967 par l’Etat israélien met également à mal le concept démocratie. La violence du discours politique israélien reflète le manque de respect à l’égard des citoyens Arabes Israéliens. Israël n’est en aucun cas une démocratie au sens moderne du terme, au contraire il bafoue tous ces principes et valeurs. Aujourd’hui, il est sans conteste impossible de Caractériser le régime israélien de démocratique et cela constitue une insulte à tous les défenseurs de la démocratie et à ces ardents supporters. Israël n’est pas un exemple à suivre, bien au contraire, dans un monde où la mixité est devenue la norme et où l’échange entre les peuples est plus que commun, définir un Etat par rapport à son ethnie ou sa religion est obsolète, à contre courant de l’histoire et finalement anti démocratique.

Comments
2 Responses to “Israel : une démocratie ?”
  1. Anonymous says:

    Bonjour,Article intéressant mais qui manque peut-être de sources…Serait-il possible d’y remerdier? Dans l’extrait ci-dessous par exemple. D’avance merci et très bonne continuation!”Les Arabes israéliens constituent en effet une population marginalisée économiquement dont la majorité vit sous le seuil de pauvreté, et dans laquelle le taux de chômage est très élevé.”

  2. Joseph Daher says:

    Oui je peux y remédier, c’est une très bonne remarque, merci, cette information me vient de laChargée de recherche Sciences Po Laurence Louër, lors d’un exposé sur la situation des arabes israéliens en Israel dans une conférence à Paris. Elle a notamment écrit le livre suivant portant sur le sujet Les citoyens arabes d’Israël, Paris, Balland, Coll. Voix et Regards, 2003.

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