Keffieh…Aw Kaff?

Please note that the picture attached to this post is a masterpiece from the palestinian artist Mona Hatoum “Keffieh”

Un carré de tissu, parsemé d’un damier noir ou rouge, un symbole, un accessoire, une mode, une polémique. Voilà en quelques mots à quoi se résume le Keffieh depuis bientôt deux ans, date à laquelle les premières fashionistas l’ont élu dernier « must have » incontournable.
Symbole de toutes les discordes et toutes les convoitises (lorsque l’on sait que le modèle signé Nicolas Ghuesquière pour la maison Balenciaga ne vaut pas moins de 1500 euros, on comprend aisément pourquoi), le Keffieh a fait couler beaucoup d’encre. A tel point que je me suis demandé si tout cela n’était pas hors de proportion pour un simple morceau de toile. Cependant, force m’est de constater qu’à notre ère d’images et d’apparence, chaque détail a son importance, et même l’auteur de ce poste, pourtant fashion-victim déclarée, n’a jamais pu se résoudre à porter le keffieh comme accessoire de mode, c’est-à-dire jaune,bleu ou à fleurs (sans parler des Vuitton et autres Dior). Allez savoir, il doit rester une larme de scrupule dans ma vilaine âme de victime de la mode, qui se refuse à banaliser ce qui est devenu, en occident et depuis quelques décennies au Moyen-Orient, un symbole de lutte et de souffrance.
La précision géographique et temporelle est nécessaire car au Moyen-Orient, le Keffieh n’était (avant Yasser Arafat) et n’est toujours, qu’un vêtement quotidien, porté blanc par les Arabes du Golfe, à damier au Proche-Orient. A l’origine, le keffieh n’était qu’un simple carré de toile porté par les ruraux, et qui permettait de différencier les gens des villes de ceux de la campagne, mais le soulèvement palestinien contre la présence anglaise de 1936 mené par 3zzeldin al-Qassam l’a démocratisé. En effet, les révolutionnaires de l’époque portaient le keffieh pour se masquer. Suite à un appel des insurgés, toute la population palestinienne mis le tarbouche de côté pour porter la coiffe anciennement réservé aux personnes venant de la campagne1.
Ce fut le premier pas du keffieh dans son destin de révolutionnaire.
Années 60, Yasser Arafat est érigé en fer de lance de la lutte pro-palestinienne, le keffieh devient le symbole de la lutte du peuple palestinien contre Israël, et sera donc par la-même perçu comme l’accessoire indispensable du terroriste arabe. Le mouvement punk et anarchiste occidental des années 80 l’assortira à son blouson de cuir et ses épingles à nourrice. Le keffieh est et demeure révolutionnaire. Jusqu’aux années 2000…Est-ce là un signe du temps que de se rendre compte qu’un symbole éminemment revendicatif n’est devenu qu’un accessoire de plus au cou de Paris Hilton? Signe qu’il n’y a plus d’idéal? Andy Warhol clamait aux quatre vents que la répétition engendrait la banalisation, et il avait tristement raison. La multiplication des keffiehs dans les rues de Londres, Paris ou New-York, portés par des jeunes qui ne savent pas qui est Yasser Arafat et d’ailleurs s’en fichent éperdument, a quelque peu diminué la portée du keffieh, tout en animant d’une sainte colère les moyen-orientaux et juifs dévots. Les premiers, par fatigue chronique de voir un à un leurs symboles de lutte transformés en mode, les seconds car pour eux, tout ce qui a trait aux Palestiniens est fatalement synonyme de terroriste. Et quand la compagnie américaine Dunkin’Donuts utilise Rachel Ray vêtue d’une keffieh pour vendre ses doughnuts et autres cafés, le lobby et les bloggeurs juifs voient rouge et demande le retrait immédiat de la publicité2. Les parents de jeunes filles en fleur d’Achrafieh à Beyrouth , véritable bastion des chrétiens libanais, relativement peu connus pour leur position pro-palestinienne si j’ose dire, font de drôles de têtes lorsqu’ils voient leur progéniture déambuler avec l’objet du délit autour du coup… Comme quoi le keffieh semble encore en agacer plus d’un.
Pour moi, cette mode du keffieh finira, comme toutes les modes, par passer. Mais le simple fait qu’elle existe, qu’elle suscite un débat, qu’elle fâche les uns et réjouis les autres, que l’artiste Mona Hatoum le détourne, montre une seule chose: le keffieh vit, et n’a pas fini de se transformer.

Comme la cause et le peuple qu’il représente.

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