Analyse de la politique étrangère syrienne

La Syrie est aujourd’hui et plus que jamais, suite à la guerre de Gaza et surtout avec l’arrivée du nouveau président américain Obama, au centre des attentions politiques du Moyen Orient. La Syrie entretient en effet des relations proches avec des acteurs clés de la région, dont l’Iran et des partis politiques ayant une importance non négligeable tel que le Hezbollah et le Hamas. Les Etats-Unis et ses alliés régionaux tentent désormais de multiplier les rencontres avec Damas pour collaborer avec le Président Bachar Al Assad sur divers dossiers dans lesquels la Syrie peut jouer un rôle important, que ce soit en Palestine, au Liban ou encore en Iraq. Durant le mois de février 2009, trois délégations du Congrès américain se sont rendues dans la capitale syrienne pour des entretiens avec des officiels syriens dont une rencontre entre l’influent sénateur John Kerry accompagné du président de la commission des Affaires étrangères à la Chambre des représentants, Howard Berman, et le Président syrien Bachar Al Assad . L’Arabie Saoudite, également en froid avec la Syrie depuis quelques années (tout particulièrement à la suite de l’assassinat du protégé saoudien, l’ex premier ministre libanais Rafic Hariri, le royaume wahhabite tenant pour responsable Damas, et également après la guerre de 2006 où les injectives diplomatiques entre les deux pays furent nombreuses) commence également à envoyer des signes de réconciliations comme le témoigne le message transmis par le roi saoudien Abdallah au président syrien appelant à renforcer la coordination entre Damas et Riyad sur les questions régionales. Ce revirement de la Communauté Internationale envers la Syrie après des années d’isolement diplomatiques encouragé par le Président Bush durant son mandat s’explique en partie par la nouvelle vision du président américain Obama du Monde et de la région. Mais, selon notre opinion et cela sera le sujet de cet article, le maintien de principes immuables dans la politique étrangère syrienne, qui lui permet d’être un acteur incontournable de la région, a également permis le retour sur la scène Internationale de la Syrie.
La principale force du régime syrien est sans aucun doute sa constance en matière de politique étrangère et son réalisme politique, depuis plus de trente ans maintenant. Le Président Bachar Al Assad, après des débuts difficiles, semblent suivre les traces de son père et fin tacticien Hafez Al Assad. Ce dernier, arrivé au pouvoir en 1970, va permettre à la Syrie de devenir un acteur incontournable du Moyen Orient. La politique étrangère syrienne sera dès lors guidé par un principes qui est encore valable jusqu’à aujourd’hui. 
 Il s’agit d’assurer la sécurité et la pérennité du régime, en ne commettant pas d’actions inconsidérées ou dangereuses qui pourraient déstabiliser le pouvoir, en matière de politique étrangère, en plus de mater tout groupe ayant des tendances révolutionnaires. 
 La Syrie dès lors poursuivra des objectifs limités et conventionnels dictés par le réalisme politique, à savoir, maintenir un équilibre des forces contre les menaces extérieures particulièrement face à Israël, mais en ne permettant aucune forme de résistance à partir de la Syrie et du Golan. Toute tentative de résistances depuis la Syrie est en effet réprimée. 
Les objectifs des débuts de la révolution baathiste qui mettent en péril la stabilité du pays ne seront plus suivis et on s’éloigne donc de la doctrine baathiste. Le refus par exemple de Hafez Al Assad, alors ministre de la Défense, d’inclure les forces syriennes pour faire tomber le régime Hachémite durant la révolte palestinienne en Jordanie, connue sous le nom de Sptembre Noir, est symptomatique de cette politique réaliste qui s’éloigne des objectifs révolutionnaires.
C’est ce régime syrien qui, ces trente dernières années, a arrêté les Syriens qui luttent pour la libération du Golan et de la Palestine. C’est ce même régime qui a écrasé en 1976, au Liban, les Palestiniens et les mouvements progressistes, en rentrant au Liban aux côtés des forces fascistes des Kataeb et des autres mouvements conservateurs Libanais chrétiens.
De même que le régime Syrien participera à la guerre impérialiste contre l’Irak en 1991, dans la coalition dirigée par les Etats-Unis pour gagner les faveurs de ce dernier. 
Le peuple syrien compose les rangs des vrais révolutionnaires et anti-impérialistes et non pas le régime de Bachar El-Assad. 
Les méthodes utilisées contre les menaces exterieurs sont quant à elle des actions indirectes, c’est-à-dire à travers le soutien à des partis palestiniens ou libanais armés qui luttent contre l’occupant israélien ou à travers des négociations diplomatiques ou encore en utilisant les deux en même temps. Ces méthodes ne mettent pas en péril la stabilité du pays car effectuées sur un pays tiers, et expliquent également en grande partie l’absence, et même le refus de résistance armée à partir de la Syrie qui pourrait entrainer des agressions armées israéliennes. 
Le soutien du régime de Assad aux groupes de résistances du Hezbollah et du Hamas, lui permet de maintenir une certaine légitimité aux yeux du peuple syrien et des populations arabes par son soutien à la Cause Palestinienne et d’être toujours considéré comme le Champion des causes Arabes. La société syrienne a d’ailleurs été depuis le début des années septante mobilisée vers cet objectif de lutte face à Israël, d’où la militarisation importante du pays . 
La relation qui lie la Syrie au Liban est caractérisée par ce principe de pérennité du régime. La relation avec le pays du Cèdre a connu de nombreux soubresauts ces dernières années avec le départ des troupes syriennes en 2005 sous la pression de la Communauté internationale et d’une partie des libanais, pour arriver aujourd’hui à la nomination et l’échange d’ambassadeurs entre les deux pays, une première en soixante ans de relations diplomatiques. 
Les rapports entre le Président Assad et le président Sleimane sont depuis l’élection de ce dernier bonnes et les contacts entre les deux personnalités sont fréquents, permettant désormais une collaboration étroite entre les deux pays dans plusieurs secteurs tel que la sécurité, la Télécommunication et autres. Le Président Sleimane a récemment remercié la Syrie de son soutien permanent au Liban, en citant tout particulièrement la guerre de juillet 2006 . Il a également évoqué l’appui de la Syrie à l’accord de Doha, qui avait initié le processus pour une solution politique au Liban .Les deux parties partagent en premier lieu la volonté que le Liban ne soit pas un centre de fomentation de coups d’Etats contre le pouvoir syrien comme cela a pu être le cas par le passé. De son côté, les dirigeants syriens semblent avoir compris l’inutilité et même la contre productivité d’être présent militairement au Liban pour assurer la pérennité de son pouvoir, d’où l’échanges d’ambassadeurs entre les deux capitales récemment.
Le président syrien, Bachar el-Assad, a reconnu que la Syrie a commis des erreurs au niveau des relations libano-syriennes, lors d’un congrès sur les relations libano-syriennes, qui s’est tenue à Damas en avril .Le chef de l’État syrien a expliqué que les erreurs ont été commises « durant la période transitoire qui a suivi la conclusion de l’accord de Taëf et qui a permis à certaines personnes ayant des intérêts communautaires et politiques de jouer un rôle négatif » . Il s’est ensuite dit disposé à examiner de nouveau tous les accords conclus avec le Liban, affirmant avoir soulevé cette question avec son homologue libanais, le président Michel Sleimane. 
Cette nouvelle relation depuis l’arrivée du Président Sleimane a permis de renforcer les rapports entre le gouvernement syrien et libanais issu des accords de Doha et leur collaboration sur de nombreux dossiers sécuritaires concernant en particulier des partis extrémistes islamistes. En second lieu, le nouveau Président libanais soutient la Résistance armée du Hezbollah, parti entretenant des relations fortes avec Damas, pour la libération des territoires occupés libanais et pour la défense du pays contre Israël. Les deux principes sont donc respectés et expliquent en grande partie la bonne entente entre les deux présidents. La situation est différente si nous observons les rapports entre les forces politiques dites du 14 mars et le gouvernement syrien. Ainsi, les premiers ont été accusés par le dernier d’avoir voulu déstabiliser et aussi porter atteinte au pouvoir syrien à travers différents moyens, notamment en collaboration avec les Etats-Unis en voulant fomenter des troubles dans différentes villes en Syrie avec l’aide des Frères Musulmans, parti politique interdit dans le pays. De même les groupes du 14 mars appellent à une démilitarisation du Hezbollah et désirent rejoindre la position de la Communauté Internationale pour des négociations diplomatiques avec Israël. Toutes ces options vont clairement à l’encontre du principes fondamental, c’est-à-dire la stabilité de la Syrie. Les forces dites du 8 mars, que ce soit le Hezbollah, Amal et le Courant Patriotique Libre, entretiennent par contre des rapports cordiaux avec la Syrie, notamment car ils n’ont aucune volonté de changer le régime en Syrie et déclare sans ambigüité le refus d’une démilitarisation du Hezbollah sans rétrocession des territoires libanais occupés et du retour des réfugiés palestiniens en Palestine.
La relation syro-iranienne qui fête cette année ces trente ans ne s’est jamais mieux porté qu’actuellement. Cette alliance scellée par Hafez Al Assad a souvent été, et est d’ailleurs toujours, critiquée et même attaquée par d’autres pays arabes de la région comme une intrusion dans les affaires arabes. L’étroite collaboration entre les deux pays s’est maintenu malgré les nombreuses tentatives de pays tiers de semer la zizanie entre les deux partenaires. La position syrienne depuis l’époque de Hafez Al Assad à son fils Bashar n’a pas changé, l’Iran est un allié important dans le maintien de l’équilibre des forces contre Israël et les autres pays de la région hostile au régime. Le feu père Assad avait d’ailleurs condamné l’invasion iraquienne sur l’Iran comme étant une mauvaise guerre, à un mauvais moment contre le mauvais ennemi . Il avait prédit, bien justement, que cette guerre épuiserait les Arabes en général, en les divisant et en les détournant de la véritable menace Israélienne .Le rapprochement avec l’Iran permettait également il est vrai d’affaiblir un voisin menaçant et une branche rivale baathiste qu’était l’Iraq à l’époque et servait donc les intérêts étatiques syriens. L’Iraq de Saddam Hussein en effet avait essayé de porter atteinte au pouvoir syrien à quelques reprises, notamment par son soutien à l’insurrection des Frères Musulmans dans les années 1980.
L’alliance avec l’Iran était et est encore aujourd’hui, un moyen pour la Syrie de remplacer l’Egypte depuis le traité de paix de Camp David dans sa lutte contre Israël. La rhétorique anti sioniste du régime islamique et son poids régional en fait une valeur ajoutée appréciable pour la Syrie pour rompre son isolement diplomatique et pour peser dans la balance des pouvoirs avec Israël.
L’invasion israélienne du Liban en 1982 a été le début de la collaboration syro-iranienne contre Israël sur le sol libanais et un des éléments dans la naissance du Hezbollah qui deviendra le mouvement de résistance libanais qui permettra notamment la libération d’une grande partie du territoire national en 2000 avec le départ des forces israéliennes. L’Iran est de plus l’unique état, depuis la disparition de l’Union Soviétique, à avoir soutenu le pouvoir syrien sous différentes formes, notamment politique. Malgré la nature différente de leurs gouvernements, un laïque et l’autre religieux, leur opposition rhétorique commune à Israël en fait des alliés proches. Leurs liens sont sans conteste forts et leur retour sur la scène internationale ne modifiera pas cet état des choses, comme nous pouvons le constater par le refus répété de la Syrie de couper les liens avec l’Iran comme le voudrait les officiels israéliens dans le cadre des négociations de paix indirectes menées entre la Syrie et Israël.
Cette relation irano-syrienne est désormais plus au moins acceptée de tous, la Syrie n’est plus mise au ban des pays arabes en raison de son alliance avec l’Iran et aujourd’hui, on ne lui demande plus de rompre ses liens avec la République islamique, mais, au contraire, son aide est sollicitée pour pousser l’Iran à moins intervenir dans les affaires arabes. L’émir Saoud el-Fayçal a d’ailleurs reconnu le rôle régional de Téhéran, plus particulièrement son appui aux mouvements de résistance dans la région, notamment le Hezbollah et le Hamas, cet appui ayant contribué à provoquer deux défaites, à des degrés différents, d’Israël .
Le principe cité en introduction est respecté à nouveau : l’alliance avec l’Iran renforce l’influence de la Syrie, l’Iran étant une puissance régionale non négligeable, ce qui lui permet de renforcer l’autonomie du gouvernement syrien, que ce soit au niveau interne ou lors de négociations diplomatiques. En second lieu, l’Iran est un adversaire d’Israël par son soutien militaire et financier au Hezbollah et au Hamas, et par ses prises de positions radicales faces aux actions de l’Etat d’Israël contre la Palestine et le Liban. 
Nous avons vu au cours de cette analyse que le principe fondamentaé auquel nous faisions référence en introduction, la pérennité et stabilité du pouvoir d’ un côté  est présent dans les relations entretenues par Damas avec les autres pays. Les futurs diplomates ou officiels internationaux qui se rendront dans la capitale syrienne devront se rappeler cette constante syrienne, sans quoi une compréhension mutuelle entre eux et le pouvoir syrien sera impossible.

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