Durban II, tous coupables !


La Conférence Internationale sur le racisme qui s’est déroulée cette semaine à Genève aux Palais des Nations s’est achevée sur un « succès » selon de nombreux Etats et diplomates. Pour quelles raisons s’agit-il d’un succès? Selon l’Ambassadeur de Suisse auprès de l’ONU, Dante Martinelli, la déclaration finale consolide des principes importants tels que la liberté d’expression, la démocratie, l’éducation et l’indépendance de la justice[1]. Il déclare que «Cette conférence d’examen va même plus loin que Durban I, qui traitait surtout des formes historiques de racisme, l’apartheid, l’esclavage ou encore la colonisation. Durban II prend en compte les formes contemporaines de discrimination. Il exige que la lutte antiterroriste respecte les droits humains et que les Etats protègent les employés de maison migrants.»[2]Il termine en affirmant que le compromis trouvé mardi est «une victoire des modérés et du droit international»[3]. Partageons nous cette analyse de Durban II ? Non ! Pourquoi ? Car les dirigeants et officiels politiques qui se sont succédé à la tribune des Nations Unies ont démontré leur sélectivité dans leur défense des droits de l’Homme et la lutte contre le racisme ! C’est pour cela qu’ils sont tous coupables !!!

Tout d’abord, nous ne pouvons que condamner les pays qui ont refusé ou se sont abstenus de participer à cette conférence sous diverses excuses. À la veille de l’ouverture de la conférence, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Pologne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande annonçaient leur retrait, rejoignant l’Italie, les États-Unis, le Canada et Israël qui avaient annoncé leur non-participation[4]. La République tchèque s’est retirée de la conférence juste après le discours de M. Ahmadinejad. Les Etats-Unis ne se sont pas rendus à la Conférence car ils s’opposaient au langage utilisé dans le projet de déclaration finale, estimant que leurs préoccupations sur des partis pris anti-Israël et anti-Occident ne sont pas prises en compte, a expliqué Robert Wood, porte-parole du département d’Etat. C’est un mauvais message envoyé pour la lutte contre le racisme et les discriminations par la nouvelle administration américaine qui par cet acte ne se distingue pas de l’administration précédente qui préférait le boycott au débat. L’Europe quant à elle a prouvé de nouveau sa désunion et son manque de coordination en terme de politique étrangère. En effet, certains pays ont pris la décision de se rendre à la Conférence et d’autres ont refusé comme par exemple l’Italie. Cette dernière a décidé de retirer sa délégation car elle n’approuvait pas le projet de déclaration qui contient des phrases selon elle inacceptables, agressives et antisémites, a déclaré à l’AFP un porte-parole du ministère[5]. De manière générale les gouvernements qui n’ont pas souhaité se rendre à cette Conférence sont en porte à faux avec leurs idées de démocratie, de nécessiter de débats et de la sacro sainte liberté d’expressions. Verdict : Coupable

Nous condamnons les pays européens, à l’exception de la Norvège qui a exprimé son point de vue à la suite du discours du président iranien, qui se sont retirés de la salle des Palais des Nations durant le discours du Président Mahmoud Ahmadinejad pour protester contre les propos, selon eux, antisémites de ce dernier. Voila le passage à la suite duquel les ambassadeurs des États membres de l’Union européenne ont quitté la salle :

« Après la Seconde Guerre mondiale, elles ont eu recours à l’agression militaire pour priver de terre une nation entière, sous prétexte des souffrances juives. Elles ont envoyé des migrants d’Europe, des États-Unis et d’autres parties du monde afin d’établir un gouvernement intégralement raciste en Palestine occupée et, de fait, à titre de compensation pour les graves conséquences du racisme en Europe, elles ont aidé à hisser au pouvoir les individus les plus cruels et les racistes les plus répressifs en Palestine.

Le Conseil de sécurité a contribué à la stabilisation du régime sioniste et a soutenu les sionistes durant les soixante dernières années, leur donnant un feu vert pour poursuivre leurs crimes[6] ». Un peu plus loin dans son discours il qualifiera le sionisme comme une idéologie raciste qui a recours faussement à la religion et abuse du sentiment religieux pour cacher sa haine et son visage hideux[7]. Ceci dit en aparté, nous aurions apprécié une telle unité de mouvement et de véhémentes protestations lors de la dernière agression de l’armée israélienne à l’encontre de la Bande de Gaza, mais à cette occasion, étrangement, les voix de ces ténors d’apparat ne se sont pas faites entendre, et d’unité, il n’y en eut point.

Pour revenir un peu sur l’historique de la préparation de Durban II, il ne faut pas oublier de mentionner que l’Union européenne n’était pas enthousiaste à l’idée d’une conférence de suivi après Durban I en 2001[8]. Nous pouvons ainsi constater l’importance accordée aux démocraties occidentales pour la lutte contre le racisme et les discriminations. Les pays du Sud avaient même souhaité que Durban II se déroule sur territoire européen pour forcer l’engagement des Européens. La France a par exemple refusé d’accueillir Durban II à Paris. Genève, ville onusienne, sera choisie par défaut. L’UE avait pris d’entrée une position de négociation très dure en déclarant qu’elle boycottera Durban II si certains éléments «inacceptables» figurent dans le projet de déclaration finale. Les lignes rouges ont été annoncées de manière très claire et notamment pas de stigmatisation d’Israël et pas de réparations pour le colonialisme, pas de création d’une norme contre la diffamation des religions, qui «remettrait tout le système des droits de l’homme en question »[9]. Autant la dernière demande est louable pour la protection de la liberté d’expression qui est cette fois mis en avant, autant les pays européens ont démontré leur sélectivité et leur double standard en matière de lutte contre le racisme et les discriminations dans le cas d’Israël. En effet, désigner la politique de l’Etat israélien ou l’idéologie sioniste de raciste n’a rien d’antisémite ou de raciste, au contraire il s’agit de dénoncer toute violation quelle qu’elles soient. Comme le dit un journaliste palestinien en relation avec les propos du Président iranien envers Israel : « il n’a dit que la vérité »[10]. Pour rappeler quelques faits concernant l’Etat d’Israël voici un extrait de l’article « Israel : une démocratie ? » que nous avions écrit sur le blog :

« Les citoyens Arabes israéliens sont considérés comme des citoyens de deuxième classe et souffrent également de discriminations quotidiennes, cela depuis l’avènement de l’Etat d’Israël. Plus de vingt textes de loi israéliens privilégient de manière explicite les juifs par rapport aux non-juifs. Ainsi, la loi dite « du retour » reconnaît automatiquement la citoyenneté israélienne aux juifs venus d’où que ce soit dans le monde entier. L’organisation des droits du citoyen en Israël tire d’ailleurs la sonnette d’alarme dans son dernier rapport annuel publié le 12 janvier 2009 en déclarant « La démocratie d’Israël est en danger ». Depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948, aucune localité arabe n’a été créée alors que plus de 600 localités juives ont vu le jour. Les Arabes d’Israël constituent 20% de la population du pays et se contentent d’habiter sur 2, 5% des terres du pays. Des institutions comme l’Agence juive ou le KKL multiplient les discriminations contre les Arabes israéliens sur les questions de propriété foncière et immobilière. Aujourd’hui, près de 90 000 Arabes vivent dans des villes mixtes et les différences entre les quartiers juifs et les quartiers où habitent les minorités sont visibles à l’œil nu. Les municipalités et les institutions de l’Etat n’investissent pas de la même façon selon les secteurs aussi bien dans le domaine de la santé, de l’éducation et des affaires sociales. Les Arabes israéliens constituent en effet une population marginalisée économiquement dont la majorité vit sous le seuil de pauvreté, et dans laquelle le taux de chômage est très élevé ». Nous pouvons également citer d’autre cas de discriminations par exemple un rapport de la Banque Mondiale a montré que les colons juifs en Cisjordanie consomment quatre fois plus d’eau que les Palestiniens[11]. Cela est sans compter le crime d’occupation contre la population Palestinienne de Cisjordanie et de Gaza, et d’autres pays arabes.

A l’observation de ces faits, un constat s’impose : contrairement à ce que certains affirment, tant que les pays occidentaux agiront de la sorte, ils perdront à chaque fois un peu plus de leur crédibilité. Il convient de le dire et le répéter : la justice n’est pas une matière que l’on négocie. Accepter sans broncher que la situation dramatique perdure en Palestine, et dans le même temps, pousser des cris de révolte lors d’une prise de parole – appréciez la différence de situations – c’est vraiment tomber dans le ridicule. Verdict : Coupable.

L’intervention du Président iranien Mahmoud Ahmadinejad a été critiquée de toute part que ce soit par les officiels ou les médias d’antisémites et d’anti israéliens, mais aucun mot à l’encontre des discriminations envers les minorités religieuses, les homosexuels ou les femmes en Iran. L’homosexualité est en effet condamnée de mort en Iran, comme dans 74 autres pays dans le monde[12]. Discrimination notamment envers certaine minorité religieuse comme les Bahá’íes ou la communauté juive, cette dernière s’est vue interdire un certain nombre de métiers tel que Juge, avocat, militaire de carrière ou haut fonctionnaire[13]. Les femmes font face à une discrimination importante et généralisée inscrite dans le droit ; exclues des domaines clés de la participation politique, elles sont traitées comme des citoyens de deuxième ordre[14]. Nous condamnons donc le Président Iranien et le gouvernement qu’il préside pour ces violations des principes de la lutte contre le racisme et les discriminations. Verdict : Coupable!

Nous ne pouvons que condamner les pays arabes et en particulier l’ambassadeur de la Palestine auprès de l’ONU de n’avoir rien fait pour inscrire les actes de discriminations et de racisme de l’Etat d’Israël à l’encontre des Palestiniens des territoires occupés dans la déclaration finale de la Conférence. Ibrahim Khraishi, l’ambassadeur palestinien, a justifié cette situation en déclarant qu’il n’avait rien à gagner à empêcher le consensus et qu’il acceptait qu’on ne fasse pas mention du problème de la Palestine dans le document[15]. Un scandale si l’on considère dans quelle condition vit la population palestinienne, cela démontre à nouveau le désintérêt, après son silence durant la guerre de Gaza, de l’actuel Autorité Palestinienne envers sa population et la nécessaire refondation de l’OLP pour prendre en compte les intérêts de la base populaire. Verdict : Coupable!

Enfin nous voulons condamner le marchandage qui a eu lieu durant cette Conférence entre les différents blocs de pays pour faire avancer leur agenda politique et protéger leur allié au détriment de la lutte contre le racisme et les discriminations. Pour obtenir le retrait de la mention « diffamation des religions » et la fin de la stigmatisation d’Israël, les pays occidentaux ont accepté en contrepartie de céder sur un sujet tel que l’homosexualité, en effet dans la déclaration finale aucune mention pour la protection des homosexuels contre les discriminations, ni même des persécutions, n’est prévue. D’autres thèmes ont également été sacrifiés sur l’autel des négociations comme par exemple l’esclavage dans certains pays d’Afrique, le système des discriminations des castes en Inde qui touchent plus de 150 millions de personnes[16]. De plus en rejetant le thème des réparations pour les pays spoliés par l’esclavage et la colonisation, les pays occidentaux continuent, de leur coté, d’alimenter une frustration qui rejaillira au Conseil des droits de l’homme ou dans d’autres instances internationales. Nous pouvons aussi souligner et dénoncer la censure par la Commissaire libyenne durant les séances de préparation du conseil des droits de l’homme de l’ONU par le médecin palestinien Ashraf Ahmad Jum’a , emprisonné pendant huit ans en Lybie, qui a voulu témoigner des violations des Droits de l’Homme par le régime de Tripoli.

Verdict : Coupable !

En conclusion, nous constatons que cette conférence ne constitue pas en soi un succès, au contraire au vue des remarques tirés de ce texte. Nous sommes pour l’universalité des Droits de l’Homme sans distinctions de Nations, de religions, d’orientation politique, etc… et nous refusons, sans exception, le double standard et la sélectivité dans la condamnation des pays qui violent les Droits de l’Homme et qui vont à l’encontre de la lutte contre le racisme et les discriminations. C’est pour cette raison que les participants de Durban II en négligeant ces principes et en faisant un marchandage politique des éléments de la déclaration finale de la Conférence sont tous coupables sans exception !

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[1] Le Temps, 25 avril 2009

[2] Le Temps, 25 avril 2009

[3] Le Temps, 25 avril 2009

[4] Orient le Jour, 25 avril 2009

[5] AFP, 20 avril 2009

[6] Info Palestine, Intégrale du discours de Mahmoud Ahmadinejad devant Durban II, mercredi 22 avril 2009

[7] Info Palestine, Intégrale du discours de Mahmoud Ahmadinejad devant Durban II, mercredi 22 avril 2009

[8] Le Temps, Durban II: les coulisses d’un accord surprenant, Par Stéphane Bussard, 23 avril 2009

[9] Le Temps, Durban II: les coulisses d’un accord surprenant, Par Stéphane Bussard, 23 avril 2009

[10] Abdel Bari Atwan , Ahmadinejhad n’a fait que dire la vérité ,mercredi 22 avril 2009

[11] Abdel Bari Atwan , Ahmadinejhad n’a fait que dire la vérité ,mercredi 22 avril 2009

[12] Le Matin, 26 avril 2009

[13] Tribune de Genève, 24 avril 2009, p5

[14]Amnesty International, Journée internationale de la femme. Irene Khan et Shirin Ebadi appellent à la fin de la discrimination contre les femmes en Iran, 2007

[15] Le Temps, Durban II: les coulisses d’un accord surprenant, Par Stéphane Bussard, 23 avril 2009

[16] Le temps, 22 avril 2009

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Comments
One Response to “Durban II, tous coupables !”
  1. Excellent article! En effet, tous coupables, coupables d’avoir laissé leurs ambitions et alliances politiques prévaloir sur les valeurs de justice et de non discrimination. Durban II est du travail bâclé, avec une résolution qui tait les 260 millions de Dalit (intouchables indiens) qui attendaient tant de cette réunion, qui fait fi de la discrimination extrême que subissent les palestiniens et les arabes d’Israël. Cette conférence a érigé le double-standard au rang de norme onusienne. L’ONU perd chaque jour un peu plus de sa crédibilité, car en effet, quelle organisation basée sur les droits de l’homme accepterait l’énormiét de la Lybie présidente du CDH, Ahmadinejad à la Tribune, les délégués européens qui quittent le discours d’un chef d état au lieu de débattre de manière civilisé, et surtout qui refusent de voir ce qui se déroule sous leurs yeux, et un ban ki Moon champion de la molesse et de l’inaction. L’histoire les jugera tous, mais en attendant ds quel monde vivons-nous, qd une déclaration à l’ONU, vide de sens et hâtive, constitute une vistoire et un succès ???

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