L’éducation un bien si inestimable !


De retour du Moyen orient après un mois et demi de vacances, je suis revenu de mon voyage avec une inquiétude principale qui préoccupe également la population sur place : l’éducation. La société syrienne et libanaise, qui me sont les plus connues, souffrent de maux propres à l’organisation de leur société que j’analyserai dans deux articles distincts. L’éducation en Syrie sera l’objet du premier texte, alors que le Liban sera traité par la suite dans mon prochain papier. Chaque article traitera des problèmes bien particuliers posés à chaque système éducatif.
La politique éducative du pays a été caractérisée par le parti au pouvoir, le Baath, depuis son accession aux commandes du pays en 1963. Les nouveaux gouvernants instaurent une politique qui promeut le socialisme et le nationalisme arabe. L’enseignement se démocratise, devenant un droit public et gratuit, dispensé à tous et pour lequel il incombe à l’Etat de le garantir et de le financer. Cela marque une rupture nette avec l’ancien régime qui se distinguait par un enseignement élitiste et réservé aux classes aisées et moyennes dans les cités urbaines. La Syrie va dès lors connaître des succès importants dans le domaine éducatif reconnus par toutes les organisations internationales, en particulier concernant le niveau primaire où la majorité des indices sont à la hausse :
– hausse du pourcentage d’enfants scolarisés, il atteint aujourd’hui 95% dans les écoles primaires(http://www.unicef.org/french/infobycountry/syria.html) et 66% dans les écoles secondaires (UNESCOstatistiques,http://stats.uis.unesco.org). A noter que l’école est désormais obligatoire de 6 à 15 ans, auparavant de 6 à 12 ans, depuis le décret de loi n 32 datant de 2002 concernant l’éducation basique.
– réduction de l’échec scolaire et de l’analphabétisme,93.7% des jeunes sont lettrés et 83.1% des adultes (UNESCOstatistiques,http://stats.uis.unesco.org), alors que le taux d’analphabète était de 63% en 1960 ( Syrian National Report, May 2009, Brazil)
– augmentation et meilleure répartition géographique du nombre d’écoles, d’universités et de facultés.
Dans le cas particulier de l’enseignement supérieur, quatre avancées notables sont à souligner également : les investissements massifs dans les institutions éducatives, la mise en place de la gratuité de l’enseignement, la mise en place de l’éducation de masse et la promotion de l’égalité des chances dans l’accès à l’éducation, réduisant ainsi les disparités entre les différentes catégories sociales ou entre les hommes et les femmes.
Malgré des mesures intéressantes et des résultats très encourageants, le secteur a souffert et continue à souffrir d’un nombre importants de problèmes, de nombreux défis sont à relever. La qualité de l’éducation tout d’abord a pâti des politiques publiques et d’ouvertures du gouvernement depuis 1963, les classes de soixante et plus sont coutumières des élèves syriens et syriennes rendant l’instruction à tous difficile. L’abandon scolaire est également important particulièrement chez les filles et les inégalités régionales sont encore présentes malgré des stratégies de développement des régions périphériques. Des écarts importants sont à souligner selon les régions avec un taux de 7.2% d’analphabétisme à Damas et des pics montant jusqu’à 38.6% dans la région du Mohafaza de Al Raqqa[1]. Le pourcentage de femmes analphabètes atteint une moyenne nationale de 26%, ce qui correspond encore à un taux élevé, toujours avec des disparités régionales importantes. L’UNICEF s’est mobilisé afin de sensibiliser les pouvoirs publics syriens à considérer l’abandon scolaire des filles comme un problème prioritaire. Grâce à l’appui apporté au Ministère de l’éducation en vue d’améliorer la qualité de l’enseignement de base dans le cadre de l’Initiative d’éducation mondiale, il a été décidé que cette initiative serait mise en œuvre dans les dix ans à venir dans les 12 000 écoles primaires du pays[2]. Cependant, toutes les expériences n’ont pas été positives : le projet de formation professionnelle des filles et des femmes n’a pas tenu compte du problème élémentaire de l’abandon scolaire et n’a bénéficié qu’à un nombre restreint de filles.
L’enseignement secondaire n’est pas exempté de problèmes, de nombreux défis sont à relever notamment dans les méthodes de formation, l’équipement scolaire et les systèmes d’évaluation et d’examen qui doivent être rénovés et l’utilisation des technologies de l’information doit être généralisée [3]. Les liens entre les établissements d’enseignements secondaires et le marché du travail sont également trop faibles [4].
Dans le cas de l’enseignement supérieur, qui a rempli durant des années son cahier des charges destiné à fournir des cadres pour les administrations d’un point de vue quantitatif, ses déficiences n’ont cessé d’augmenter au cours des années. Les méthodes pédagogiques traditionnelles n’accordent aucune place à la recherche ou le travail d’équipes susceptibles d’améliorer le processus d’acquisition cognitive et de développer l’esprit critique chez l’étudiant [5]. Les programmes sont de niveau relativement faible et de plus en plus désuets. Les ouvrages de références en langues étrangères, indispensables pour les cursus les plus avancées, demeurent indisponibles réduisant ainsi l’étendue des connaissances des étudiants syriens [6]. Le manque de connaissances étrangères des enseignants est également une faiblesse pour les institutions et l’utilisation d’internet devient donc difficile pour ces derniers. La pression grandissante qu’exerce le nombre toujours croissant d’étudiants, actuellement au nombre de 245 000, ne fait que renforcer les problèmes existants [7].
L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) indique que la Syrie pourrait être l’un des 57 pays qui ne parviendraient pas à l’objectif d’une éducation universelle adéquate d’ici à 2015[8]. Quelles sont donc les mesures prises pour essayer de renverser cet état des faits ?
Le 10ème plan quinquennal 2006-2010 du gouvernement syrien accorde la priorité aux réformes dans le secteur de l’enseignement, en conformité d’ailleurs avec les engagements pris pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies. Ce plan prévoit un système éducatif plus productif mieux adapté à son temps et au marché du travail, disposé d’une institution qui crée plus d’emplois et qui dispense un enseignement pratique capable de former une main d’œuvre compétitive au niveau mondial [9]. La réalisation de ce projet est basée sur le renforcement des liens entre la société et l’université, par l’adoption de dispositions nouvelles favorisant l’apprentissage des langues, des sciences, des mathématiques, une plus grande utilisation de l’internet, la modernisation des méthodes pédagogiques et le perfectionnement des enseignements [10]. Comment cela se traduit il sur le terrain ?
Des mesures concrètes sont élaborées et notamment avec le concours de la Communauté Européenne devenu un partenaire privilégié dans ce processus de réformes. Dans le cas de l’enseignement secondaire par exemple, l’Union Européenne a établi une stratégie complète avec les autorités syriennes comprenant :
– la qualification et requalification des enseignants par le biais de programmes de formation ad hoc.
– Développement des programmes (amélioration de leur adéquation avec les besoins de la société) et amélioration des méthodes pédagogiques pour stimuler le développement de capacités d’analyse et de jugement.
– Révision complète du système d’orientation et de conseil. Une attention plus grande devrait être apportée à chaque étudiant à ce niveau d’enseignement, guidant étroitement chaque élève vers une future carrière conformément à ses compétences, ambitions et potentiel et aux opportunités sur le marché du travail.
– Amélioration du lien entre enseignement secondaire et besoins de la société syrienne (dont les besoins de marché du travail).[11]
Ces mesures seront coordonnées avec les opérations menées et les programmes qui fonctionnent déjà dans les secteurs de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle. Elles s’adresseront avec une attention particulière aux régions sous-développées du pays toujours dans l’objectif de garantir l’égalité des chances à tous les niveaux. Toujours en collaboration avec la Communauté européenne et également indiqué dans le 10ème plan quinquennal, la Syrie veut promouvoir le développement de l’enseignement public général, professionnel et technique. La Syrie ne dispose actuellement d’aucun système organisé de formation continue, les activités de la sorte étant organisées de manière fragmentée par les ministères ou des associations privées [12]. La création d’une autorité syrienne unique pour gérer le domaine de la formation professionnelle est à l’étude. Cette initiative permettra ainsi d’augmenter l’employabilité de la main-d’œuvre syrienne et de promouvoir la formation permanente, offrant donc des opportunités d’apprentissages plus flexibles.
Un programme soutenu par l’Union Européenne intitulé « Améliorer le secteur de l’enseignement supérieur en Syrie », a pour objectif d’assister les efforts du gouvernement syrien pour une meilleure adaptation du secteur de l’éducation supérieure aux besoins de l’économie nationale. Il s’agit d’améliorer la gouvernance du secteur de l’éducation supérieure, d’établir des régulations en termes de qualité à tous les niveaux de ce secteur et d’améliorer l’efficacité et le rendement des universités [13].
Parallèlement, l’UE finance un programme pour la modernisation de la formation pédagogique et professionnelle nommé MVET. Ce dernier est doté d’un budget de 21 millions d’euros qui a déjà permis la modernisation 187 instituts de formation pédagogique et professionnelle dans les gouvernorats de Damas, d’Alep et de Homs, en formant des professeurs, en finançant des équipements et en travaillent les curriculums de ces instituts pour qu’ils répondent aux demandes du marché.
Le Ministère de l’Education s’est également attelé à dans de nombreux projets dans le but d’accomplir les plans de « l’Education pour tous », nous pouvons en citer quelques uns tel que :
– l’engagement de 72 000 enseignements ces trois dernières années,
– disséminer l’éducation en zone rurale, augmenter et améliorer ses infrastructures
– l’éducation basique et obligatoire augmenté à une durée de 9 ans à la place de 6 ans.
– la contribution des écoles privées à une éducation de qualité selon le décret législatif n 55 de 2004
– augmenter le nombre et le pourcentage de filles l’école [14]
Ces mesures seront-elles suffisantes pour permettre à la Syrie de remplir ses obligations internationales de « l’Education pour tous » et surtout envers sa population qui serait la première bénéficiaire de l’amélioration de l’éducation ? Les défis sont nombreux à relever et les difficultés à tous les niveaux ne cessent d’augmenter pour une grande partie du peuple syrien. Au niveau social par exemple, 11, 4% de la population, soit près de deux millions d’individus, n’ont pas les moyens de subvenir à leurs besoins alimentaires et non alimentaires de bases [15]. La croissance économique enregistrée par le pays ces dernières années ne bénéficie pas aux pauvres et les inégalités en matière de richesse se sont accrues considérablement depuis 1997[16]. L’écart de richesse n’a cessé d’augmenter entre les riches et les pauvres dans le pays, dans un sondage effectué par le Centre économique syrien (CES) en 2008 auprès de 1000 personnes à Damas, 70% des sondés pensaient que leur situation financière s’était « sérieusement aggravée » au cours des deux dernières années [17]. Safi Shoujaa, le directeur du SEC, déclare à cet effet : « En Syrie, le taux de croissance s’élève à pas moins de six pour cent, mais la question est de savoir à qui profite cette croissance. Selon certains économistes, 70 pour cent du produit intérieur brut profitent à seulement 30 pour cent des Syriens »[18]. La situation ne cesse d’ailleurs de se détériorer selon de nombreux économistes qui observent la transition et la progression de la Syrie vers une économie de marché qui a pour conséquence la montée en flèche de l’inflation des prix des vivres, du carburant et des loyers sans que les salaires ne suivent. Le secteur de la santé a également souffert ces dernières années de cette transition vers une économie de marché, en effet, la qualité et la quantité des services de santé publique ont diminué, ce qui a contraint les populations à se tourner vers le secteur privé, plus cher, pour pouvoir bénéficier des services de base[19].
En conclusion, le gouvernement syrien doit donc s’atteler à la tâche car la situation est loin d’être satisfaisante pour une majorité de la population. L’éducation est certainement un des principaux moyens, avec des mesures sociales pour soutenir les populations les plus pauvres, qui permettra aux syriens de faire face aux défis et difficultés du monde du 21ème siècle. La richesse d’un pays est la possibilité d’accorder au plus grand nombre une éducation de qualité, sans cela la Syrie ne pourra pas entrer complètement dans la modernité. Une inégale répartition des richesses et une mauvaise redistribution de la croissance économique ajouté à une éducation de qualité moyenne est la pire des tares pour un pays qui se veut progressiste. Ne l’oublions pas, une éducation de qualité est un moteur vers la modernité et la clé de voûte à tout projet politique basé sur le long terme. Enfin l’amélioration de l’éducation ne pourra être complète qu’avec un processus de réformes menant la société vers la démocratie, car cette dernière est également une école où l’on apprend tous les jours.

________________________________________
[1]National report about the state of the adult education development in Syria ( Brazil, May 2009)
[2] Unesco.org
[3] INSTRUMENT EUROPÉEN DE VOISINAGE ET DE PARTENARIAT, RÉPUBLIQUE ARABE SYRIENNE, PROGRAMME INDICATIF NATIONAL REVISE 2008 – 2010
[4] INSTRUMENT EUROPÉEN DE VOISINAGE ET DE PARTENARIAT, RÉPUBLIQUE ARABE SYRIENNE, PROGRAMME INDICATIF NATIONAL REVISE 2008 – 2010
[5] Labaki. B, Enseignement supérieur et marché du travail dans le monde arabe, Syrie, Abdel Wahid N, 2009, p195
[6] Labaki. B, Enseignement supérieur et marché du travail dans le monde arabe, Syrie, Abdel Wahid N, 2009, p196
[7] Labaki. B, Enseignement supérieur et marché du travail dans le monde arabe, Syrie, Abdel Wahid N, 2009, p196
[8] Unesco.org
[9] Labaki. B, Enseignement supérieur et marché du travail dans le monde arabe, Syrie, Abdel Wahid N, 2009, p211
[10] Labaki. B, Enseignement supérieur et marché du travail dans le monde arabe, Syrie, Abdel Wahid N, 2009, p212
[11] INSTRUMENT EUROPÉEN DE VOISINAGE ET DE PARTENARIAT, RÉPUBLIQUE ARABE SYRIENNE, PROGRAMME INDICATIF NATIONAL REVISE 2008 – 2010
[12] INSTRUMENT EUROPÉEN DE VOISINAGE ET DE PARTENARIAT, RÉPUBLIQUE ARABE SYRIENNE, PROGRAMME INDICATIF NATIONAL REVISE 2008 – 2010
[13] http://www.eurojar.org
[14] National Report on the Development of Education in Syria, 2008
[15] Étude du PNUD sur la pauvreté en Syrie, 2005
[16]IRIN, Syrie : L’inflation creuse l’écart entre les riches et les pauvres, 11 février 2008
[17] IRIN, Syrie : L’inflation creuse l’écart entre les riches et les pauvres, 11 février 2008
[18] IRIN, Syrie : L’inflation creuse l’écart entre les riches et les pauvres, 11 février 2008
[19] IRIN, Syrie : L’inflation creuse l’écart entre les riches et les pauvres, 11 février 2008

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