Liban, entre sexe et argent


Le Liban est en vogue. Partout dans les médias, ce ne sont qu’éloges et louanges qui pleuvent sur le Pays du Cèdre et sa capitale Beyrouth. Venez profiter de l’hospitalité libanaise légendaire! Mangez nos Mezzés et buvez notre arak! Il semblerait que pas un journal, pas une obscure chaîne de télévision n’ait omis de clamer haut et fort le nombre de 2 millions de touristes venus profiter cet été de ce petit pays moyen-oriental si proche de l’Occident. Apparemment, tout le beau monde, Paris Hilton y compris, s’est précipité à Beyrouth cet été pendant qu’il en était encore temps, comprenez pendant que le pays ne s’adonnait pas à son sport favori, la guerre. Aristote pensait en son temps que l’homme était un animal politique: pauvre Aristote, le touriste, nouvelle espèce d’homme que tu ne connaissais pas, est un animal apolitique, et qui pour le coup semblerait pleutre par-dessus le marché. Oui Beyrouth sait et aime faire la fête, oui, le Liban est un pays fier et généreux, qui aime se parer de ses plus beaux atours et s’offrir aux regards du monde, non il n’y a aucun mal à ça, au contraire.
Je n’en reste pas moins perplexe quant à ce chiffre de 2 millions. L’un des grands débats de cet été avec mes amis Libanais vivant à l’étranger était de savoir s’il nous comprenait, nous les Libanais qui rentrons au pays au moins deux fois l’an et qui préférerions avaler deux kilos de haléwé plutôt que de subir l’affront de se faire traiter de touristes. Que recouvre ces deux millions? Après un été merveilleux au Liban, où j’ai pu observer la faune touristique, une partie de moi est bien évidemment heureuse pour le pays, mais je ne peux m’empêcher de m’interroger sur la « qualité » de ce tourisme, sur ce qui attire les gens au Liban et surtout quelles personnes se précipitent à Beyrouth et pour y faire quoi. Je veux donner un visage à ce nombre. Paris a les amoureux du monde entier, Prague les intellectuels romantiques Kafkaiens et les tribus d’anglais venus enterrer leur vie de garçon, Londres les artistes, fêtards et branchés de tous poils. Quid de Beyrouth?

Force nous est de constater que la majorité des touristes au Liban vient de la région : Saoudiens, Emiratis, Jordaniens et Irakiens constituent la première catégorie d’individus attirés par le Pays du Cèdre. Viennent ensuite les Européens et les Asiatiques, sans oublier les Libanais de la Diaspora. Le Liban n’est pas (encore?) une destination bon marché comme la Tunisie ou le Maroc, qui attirent chaque année de nombreux touristes Européens venus chercher leur dose annuelle de chaleur et de soleil. La grande majorité des touristes européens attirés par le Liban sont souvent des amis de Libanais éclatés à travers le monde, ou encore des personnes attirées par la riche culture du Liban et curieux d’en savoir plus, sans compter que le Liban est « à la mode » comme l’attestent les nombreux articles parus dans divers magazines et journaux, avec bien entendu comme point culminant le sacrement par le New York Times Travel de Beyrouth comme première destination à découvrir en 2009. Comme l’a très bien analysé Muriel Kahwagi dans son article paru dans le Daily Star, du 31 août 2009, les Occidentaux visitent le Liban pour l’aventure, la culture et la fête, alors que les Arabes viennent au Liban avant tout pour le climat, mais aussi pour la plus grande liberté dont ils peuvent jouir à Beyrouth :

« Lebanon is by far the most broadminded and liberal in the region, which surely attracts people from numerous less forward-thinking Middle Eastern countries. Lebanon becomes a sort of haven to those who feel restrained by the limitations of their homelands, be it for legal, social or religious reasons. Alcohol is more readily available, and the night life is constantly booming, meaning that Lebanon is certainly the answer. »

Le Ministère du Tourisme semble faire ce qu’il peut pour faciliter la venue de touristes au Liban, et promouvoir le pays, même si le fort coût des sorties, plages et restaurants, ainsi que les coupures de courants et le manque de civisme des Libanais (comme le démontre la déplorable façon de conduire de bon nombre d’entre eux) ne sont pas vraiment des facteurs d’attraction. Il est vrai que les excellents festivals de Byblos, Baalbeck, Beiteedine et Batroun pour ne citer que les plus connus tempèrent le côté clinquant de la vie nocturne Beyrouthine, montrant par-là une image plus culturelle, plus profonde, du pays, que la traditionnelle équation mezzés-sorties-plage.

Mais permettez-moi de revenir au postulat selon lequel le Liban est plus « ouvert » que ses voisins arabes. C’est certes vrai, l’alcool est disponible partout, les travailleuses du sexe aussi, et ceci est un fait bien connu. Bien connu, et qui me dérange beaucoup. En tant que Libanaise, je réagis assez mal à ce qui semble être le credo de beaucoup d’hommes du Golfe qui présupposent que, et pardonnez-moi l’expression, « toutes les Libanaises sont des prostituées ». Si ces hommes sont à blâmer, ils me semblent qu’il est également temps pour les Libanais de faire leur mea culpa et de se demander pourquoi un tel préjugé en est venu à être commun et banalisé dans toute la région. Des réseaux de prostitution, libanais et très bien organisés, offrent des filles de l’Est pour 1000$ la nuit, mais également des Libanaises, des Syriennes et des Irakiennes. Le trafic humain ne semble jamais très loin, pas plus que les mauvais traitements : en effet, certaines filles sont forcées à la prostitution par leurs parents mâles proxénètes, alors que d’autres, attirées par l’argent facile, se retrouvent prises dans un cercle vicieux et ne peuvent en sortir par peur de se faire battre, violer ou tuer. La législation libanaise interdisant la prostitution, ces travailleuses du sexe sont dans l’impossibilité de recourir aux autorités pour avoir de l’aide si quelque chose leur arrive. Les ONGs semblent se désintéresser de leur sort, tandis que la société libanaise préfère pratiquer la politique de l’autruche face à ce problème rampant, dans la mesure où le sexe reste un élément très tabou. Les « Super Night Club » fleurissent un peu partout et surtout dans la région de Maalmetein, devant ce qui semble être l’indifférence la plus totale de la part des autorités. Les tenanciers de ces clubs et les grands patrons de la prostitution, figurespersonnifiées du crime organisé, s’enrichissent sur le dos de jeunes filles essayant de se sortir de la misère, et prospèrent tranquillement à l’ombre des pétrodollars et des livres libanaises, faisant ainsi de l’industrie du sexe une des raisons principales de l’attirance des Arabes des pays du Golfe principalement pour le Pays du Cèdre.
Il est grand temps que le gouvernement, si nous parvenons un jour à en former un, prennent des mesures musclées pour faire respecter la loi en vigueur. Reste à savoir si nos gouvernants ont véritablement envie de se priver de la manne touristique qui séjourne au Liban pour profiter de « l’ouverture d’esprit » du pays. Il me semblerait pourtant que les gendarmes et policiers affectés au contrôle des jeunes libanais vivant à l’extérieur pour vérifier s’ils sont en règle par rapport au service militaire pourraient être utilisés autrement et feraient bien de faire quelques descentes du côté de certains clubs.
Personnellement, la réputation de Charmata Club que se traîne mon pays depuis quelques années ne me plaît guère, comme j’imagine qu’elle déplaît à la plupart des Libanais. Cependant, cet argument ne fait malheureusement pas le poids devant les millions de dollars du mépris pour la dignité humaine et de la suffisance de certains.
J’aime à penser que le Liban est plus que ça, et j’aimerais penser que ce point de vue est partagé par plus de personnes que ce que je vois durant mes étés à Beyrouth. Il est de notre responsabilité à tous de créer le Liban que nous voudrions connaître.

Ressources
http://www.lebanon-tourism.gov.lb/
http://www.libanvision.com/index.htm
http://travel.nytimes.com/gst/travel/travsearch2.html?kwtype=geo&term=keyword%3ABEIRUT%20%28LEBANON%29
http://yalibnan.com/site/archives/2009/08/tuesday_news_br_55.php
http://www.dailystar.com.lb/article.asp?article_ID=105594&categ_ID=3&edition_id=1
http://www.ennaharonline.com/en/society/1945.html
http://www.ft.com/cms/s/0/12c00bfa-90d9-11de-bc99-00144feabdc0.html?nclick_check=1
http://www.zawya.com/story.cfm/sidDS310809_dsart78/lok064520090831
http://www.dailystar.com.lb/article.asp?article_ID=105887&categ_ID=31&edition_id=1
http://www.thenational.ae/apps/pbcs.dll/article?AID=/20090830/BUSINESS/708309990/1042
http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5h2XlalCbxYafhMpaM6uCYWjHpZPw

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Comments
4 Responses to “Liban, entre sexe et argent”
  1. Maya says:

    Merci d'avoir soulevé ce problème. Ça me gène profondément de voir l'image qu'a le Liban au Moyen Orient. J'espère que ce post fera plus de gens penser au problème.

  2. Anonymous says:

    Est-ce que la fille sur la photo fait partie de ces effeuilleuses que tu decries tant?Heku.

  3. @Maya le prochain sera sur le traffic humain au Moyen orient@Heku Heku c'est déplorable, lol

  4. anastacia says:

    thanks for the information on this blog! I find it very interesting and entertaining! hopefully soon have updates that I love your post! I thank you too!order viagraorder viagra online

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