La Palestine : le mensonge de la Pax Economica


La Palestine est encore et toujours d’actualité essentiellement à cause du maintien de l’occupation israélienne et le refus de la création d’un Etat pour les palestiniens. Dernièrement , les récents articles et dépêches d’informations concernant la Palestine louent la croissance économique dans les territoires occupés de Cisjordanie et la bonne gouvernance du tandem Abbas / Fayyad qui accomplissent, selon la presse occidentale et de certains pays arabes, les réformes nécessaires pour redynamiser les institutions et l’économie palestinienne. Le Fonds Monétaire International (FMI) fait même l’éloge de la gestion financière et fiscale palestinienne de l’Autorité Palestinienne qui conduit des réformes institutionnelles courageuses. Le rapport du FMI prévoit également une croissance économique qui pourrait atteindre les environs de 7% en 2009, un chômage en baisse et une reprise de l’investissement et du tourisme[1]. Nous reviendrons plus tard sur ce rapport du FMI, qui répond davantage à des considérations politiques qu’économiques.

Les efforts américains à travers leur envoyé spécial George Mitchell pour réactiver un processus de paix, qui n’a finalement jamais commencé de manière effective et pour le moins moribond sont également généralement mis en avant. Mais en réalité la politique du nouveau Président américain Barack Obama, caractérisé par de nombreux d’observateurs comme ouverte et plus juste, n’a rien modifié dans les dynamiques du conflit israélo palestinien. Le Premier Ministre Salam Fayyad a tout de même déclaré au courant de cette année à Ramallah à la surprise générale son intention d’établir un Etat palestinien en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza avant la fin de 2011, quels que soient les résultats des négociations avec Israël[2]. La Palestine et ses habitants se dirigent ils donc enfin vers la paix et l’édification d’un Etat souverain? Les Etats-Unis seraient ils en train d’avoir une approche plus équilibré du conflit ? Rien n’est moins sûr, au contraire !

La « paix économique », soutenu par le gouvernement du Premier Ministre Netanyahu, devient le moyen de plus en plus évoqué pour développer les relations entre les palestiniens et les israéliens. Cette politique n’est pas sans rappeler les accords d’Oslo conclus en 1993 qui comportaient un volet économique très important tout en laissant de côté et à un futur incertain les aspects fondamentaux du conflit tel le que la question des réfugiés ou Jérusalem et aucune garantie écrite pour l’instauration d’un Etat palestinien souverain. Israël , comme à l’époque , oppose un refus catégorique au gel de la colonisation, le Premier Ministre Netanyahu a d’ailleurs confirmé son intention de construire des « centaines de logements » et de bâtiments publics tels que des écoles, des synagogues, des dispensaires dans les colonies de Cisjordanie occupée, malgré l’avalanche de critiques, ( mais sans menaces politiques à la clé ) , que ce projet a suscitée dans le monde[3]. L’Etat israélien s’est uniquement engagé à commencer le démantèlement d’une centaine de barrages en Cisjordanie, sur les plus de 600 existants, dans le but de favoriser un développement économique du territoire, qui répond à sa politique de paix économique[4]. L’Autorité palestinienne, devant le refus de tout règlement des colonies israéliennes et un apaisement des positions du premier ministre Netanyahu, martèle de son côté que les palestiniens ne reviendront pas à la table des négociations dans ces conditions. Pourtant , cela n’empêche pas les dirigeants palestiniens de rencontrer leurs homologues israéliens pour promouvoir des projets économiques telle que la rencontre entre le vice premier ministre et ministre de la coopération régionale, Silvan Shalom et le ministre de l’Economie de l’Autorité palestinienne, Bassim Khoury au début du mois de septembre de cette année pour permettre de favoriser la circulation des marchandises et des personnes à l’intérieur de la Cisjordanie et entre celle-ci et Israël. M. Khoury a d’ailleurs précisé que Palestiniens et Israéliens devaient désormais se réunir toutes les cinq semaines pour discuter des questions économiques[5]. Une Conférence doit également avoir lieu au courant du mois de septembre réunissant pour la première fois le Président palestinien Abbas et le Premier Ministre israélien Netanyahu sous la houlette du Président américain Obama, malgré le refus de la partie israélienne de considérer à nouveau la colonisation et le statut de Jérusalem.

L’Autorité Palestinienne, qui officiellement refuse toutes négociations diplomatiques tant que la colonisation ne cesse pas, ne rechigne pas, au contraire d’ailleurs, à des rencontres avec des dirigeants israéliens et aux développements de projets économiques en commun. Les dirigeants israéliens de leur côté n’ont jamais depuis les accords d’Oslo adopté aussi clairement des positions et des mesures aussi radicales envers les palestiniens qu’aujourd’hui au mépris de toute règle et pressions internationales, mais cela n’empêche pas le président Abbas à rencontrer le Premier Ministre israélien Netanyahu. Cette conférence fera également suite au rapport des Nations Unies du juge sud africain Richard Goldstone concernant l’offensive militaire israélienne sur Gaza du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009 qui est accablant pour Israël . E n effet il est décrit que « Des actes assimilables à des crimes de guerre et peut-être, dans certaines circonstances, à des crimes contre l’humanité ont été commis par les forces armées israéliennes »[6]. Le rapport ajoute qu’Israël a « fait un usage disproportionné de la force » et « violé le droit humanitaire international »[7]. L’autre point fort du rapport est qu’il analyse le lien entre l’offensive contre Gaza et l’ensemble de la politique israélienne. Ainsi, selon l e paragraphe 1674 du texte, cette opération est dans la continuité des « objectifs politiques israéliens concernant Gaza et les territoires occupés dans leur ensemble. » L’offensive israélienne ne peut dès lors être entendue comme un seul ensemble d’objectifs militaires. Le point 1675 explique que cette offensive ne peut être vue indépendamment de « la politique de blocus qui a précédé l’opération et qui représente, selon la commission, une punition collective infligée intentionnellement par le gouvernement israélien au peuple de Gaza ». Le point 1676 souligne : « Nombre de mesures adoptées par Israël en Cisjordanie durant et après l’opération militaire contre Gaza ont renforcé le contrôle israélien sur la Cisjordanie, y compris Jérusalem, et montrent une convergence d’objectifs avec les opérations militaires à Gaza. Parmi ces mesures, un accroissement de l’expropriation des terres, la destruction des maisons, des permis pour construire dans les colonies, des restrictions plus sévères aux procédures permettant à des habitants de Gaza de séjourner en Cisjordanie. »[8].

Le coût économique de cette campagne militaire israélienne contre Gaza est estimé à 4 milliards de dollars US – soit près de trois fois la taille de l´économie de Gaza[9]. Le blocus y est toujours imposé de manière très stricte et malgré l´annonce à la Conférence de Charm El-Sheikh en mars 2009 de 4,5 milliards de dollars de dons destinés à soutenir le plan de redressement et de reconstruction palestinien, aucun fonds n´a encore été débloqué; l´économie de Gaza est encore victime du blocus et attend que les travaux de reconstruction commencent[10]. Les conditions de vie et l´accès aux sources de revenus n´ont jamais été pires depuis 1967 à Gaza, où la pauvreté touche dorénavant 90 % de la population[11]. A Jérusalem-Est, les expulsions et expropriations de palestiniens continuent de manière systématique et hebdomadaire.

Sur la scène nationale israélienne, les choses sont allées de mal en pis pour les citoyens Arabes israéliens. La Knesset israélienne a récemment voté une loi qui entraînera l’emprisonnement de toute personne commémorant la Nakba [ou la Catastrophe] palestinienne de 1948 qui a vu l’expulsion de presque 800 000 Palestiniens de leur terre. Puis il y a eu la nouvelle loi qui impose le remplacement des dénominations arabes sur des panneaux routiers au profit de leur équivalent hébraïque, même si les lieux en question sont connus par leur nom arabe depuis des millénaires[12]. Ce climat politique de plus en plus discriminatif envers les Arabes Israéliens a poussé les dirigeants des1,3 millions de citoyens arabes du pays à appeler à la première grève générale depuis plusieurs années[13]. La grève d’une journée devrait avoir lieu le 1er Octobre, une date lourde de symboles car c’est le jour anniversaire d’une autre grève générale en 2000, au début de la deuxième Intifada, où 13 manifestants arabes avaient été tués par la police israélienne.

En juin de cette année, le Premier Ministre Netanyahu a clairement dit lors d’un discours à l’Université de Bar Illian que tout éventuel Etat palestinien devrait être démilitarisé et qu’Israël devra contrôler les frontières, les passages frontaliers, les ports, les aéroports, l’espace aérien, les eaux territoriales et les relations internationales d’un tel Etat[14].

Ces événements ne semblent pas émouvoir la direction de l’Autorité Palestinienne qui ne proteste pas de manière véhémente ou cesse tout simplement toute relation avec le gouvernement israélien. Elle poursuit au contraire une politique de collaboration avec ce dernier au niveau économique et particulièrement sécuritaire. Un Etat policier est en effet en train de prendre forme en Cisjordanie où les forces de sécurité palestiniennes, financées et entrainées par les Etats-Unis en totale coordination avec Israël, au service de l’Autorité palestinienne répriment systématiquement toute forme d’oppositions ou de résistances soit au gouvernement palestinien soit à l’occupation israélienne[15]. Pour la seule année passée, plus de 1000 membres du Hamas et du Jihad islamique ont été arrêtés et emprisonnés sans procès, un grand nombre ont été torturés et certains sont morts lors des interrogatoires par le personnel de sécurité palestinien formé par les Etats-Unis en Cisjordanie[16]. Amnesty International et de nombreuses autres organisations de défense des droits de l’homme ont condamné ces actions et appelé à la fin immédiate de tous les violations des droits humains des palestiniens détenus dans les prisons de l’Autorité Palestinienne. Durant la guerre de Gaza au début de l’année, ces mêmes forces de sécurité palestiniens ont empêché aux habitants de Cisjordanie d’organiser des manifestations de masse contre l’armée israélienne et ont permis par leurs actions une réduction de la présence militaire israélienne en Cisjordanie et un redéploiement de ces troupes à Gaza[17].

Pour revenir au rapport du FMI qui vante les mérites du gouvernement Abbas au niveau économique, ces résultats peuvent être relativisés au regard de la situation globale des palestiniens. Selon le dernier rapport de la CNUCED, l´économie du territoire palestinien occupé doit faire face à des obstacles sans précédent, à savoir: le bouclage strict des autorités israéliennes, leur politique restrictive d´occupation, la détérioration de l´outil productif et la dégradation structurelle de l´économie. Voici un extrait du rapport :

« Le déclin économique trouve son origine dans la politique israélienne de bouclage, dans la détérioration des capacités productives palestiniennes, dans la perte d´une partie des terres les plus fertiles et des ressources naturelles du territoire due au ‘mur de séparation’ israélien, et dans l´extension des colonies. En raison des restrictions systématiques imposées par la politique d´occupation, le chômage a augmenté de plus de 10 % entre 1999 et 2008 pour atteindre 32 %. La pauvreté continue de s´étendre et de s´aggraver: 57 % des ménages du territoire palestinien occupé vivaient dans la pauvreté en 2007 contre 20 % en 1998. Le déficit commercial a représenté pour la première fois 79 % du PIB. Le déficit commercial avec Israël équivalait à plus de 140 % de l´aide internationale consentie à l´Autorité palestinienne en 2008 et représentait plus de 70 % du déficit commercial global »[18] et il est ajouté « Les disparités économiques étaient telles que le revenu par habitant d´Israël représentait 14 fois celui du territoire palestinien occupé, contre sept fois il y a 30 ans. Le bilan de 40 ans d´occupation est caractérisé par l´extension des colonies et des contrôles israéliens, et par une réduction concomitante de la marge d´action économique des Palestiniens, de leur territoire physique et de leur accès aux ressources naturelles et économiques ». Ce rapport remet à nouveau en question le rôle du FMI sur la scène mondiale et comme instance économique de référence. Au cours de son histoire, le FMI a davantage rempli un rôle politique au service des Etats-Unis pour lui permettre de gagner de nouveau marché et contrôler des gouvernements étranger à travers leur endettement.

En conclusion, les dirigeants de cette Autorité Palestinienne, qui viennent essentiellement des rangs du Fatah, ont définitivement rejoint l’axe politique des régimes monarchiques du Golfe, en passant par la Jordanie et l’Egypte, qui se caractérisent par d’excellentes relations avec les gouvernements américains, opposition et répression à toute forme de résistance armée contre Israël, appel à une politique de coopération avec Israël et encouragement d’une économie libérale accroissant les inégalités sociales et favorisant les investisseurs étrangers. Ces élites, qui dépendent directement des Etats-Unis dans leur maintien au pouvoir, ont perdu toute légitimité devant leurs propres populations à cause de leur soumission aux intérêts étrangers et de leur politique économique ultra libérale développé afin qu’ils s’enrichissent personnellement. Le Fatah et ses élites rentrent dans cette classe et ils ont clairement perdu leur statut d’ancien mouvement de libération national pour devenir une autorité au service de l’occupant et des Etats-Unis. Ou à travers l’histoire a-t-on pu voir un mouvement de libération nationale abandonnant la lutte armée et politique avant d’avoir atteint son objectif principal : la création d’un Etat souverain? La paix économique lancé par Netanyahu n’est qu’un moyen de perpétuer l’occupation et de développer un forme de soumission des palestiniens. Le concept de paix économique répond en effet à la logique suivante : les facilités ou avantages économiques sont octroyés aux palestiniens selon le degré de soumission et de collaboration. L’Autorité Palestinienne en Cisjordanie pratique une politique collaborationniste et de soumission, elle a donc le droit de bénéficier des avantages de la paix économique, par contre la Bande de Gaza est soumis à un blocus total car le Hamas refuse de se soumettre au diktat israélien.

Enfin la voie de la soumission ne peut et ne pourra pas être pour les palestiniens une alternative à la Résistance quelle qu’elle soit, armée ou politique, et le vent du changement va bientôt souffler au détriment d’une Autorité palestinienne qui a oublié son rôle principal : Libérer la Palestine de l’occupant et créer un Etat souverain !

——————————————————————————–

[1] Zecchini L. ;La renaissance fragile de l’économie palestinienne en Cisjordanie ; mardi 15 septembre 2009
[2]Hasan Abu Nimah et Ali Abunimah, La libération, pas un “Etat” palestinien fictif, 2009
[3] Orient le Jour, Une normalisation avec Israël n’est plus possible, déclare Amr Moussa 07/09/2009
[4]Orient le jour, Début du démantèlement d’une centaine de barrages en Cisjordanie17/09/2009
[5] Orient le Jour Première rencontre ministérielle palestino-israélienne sous Netanyahu; 03/09/2009
[6] Orient le Jour, L’ONU publie un rapport accablant pour Israël; 16/09/2009
[7] Orient le Jour, L’ONU publie un rapport accablant pour Israël; 16/09/2009
[8] Gresh A., Gaza, crimes de guerre, crimes contre l’humanité, mercredi 16 septembre 2009
[9] La situation de l´économie palestinienne n´ont jamais été aussi mauvais qu´en 2009, rapport de la CNUCED, 9/9/2009
[10] La situation de l´économie palestinienne n´ont jamais été aussi mauvais qu´en 2009, rapport de la CNUCED, 9/9/2009
[11] La situation de l´économie palestinienne n´ont jamais été aussi mauvais qu´en 2009, rapport de la CNUCED, 9/9/2009
[12] Baroud R ; Pour les Etats-Unis, un gel de la colonisation juive en Palestine n’est plus un préalable, lundi 7 septembre 2009
[13] Cook J ; Les citoyens arabes d’Israël appellent à une grève générale ;10-09-2009
[14]Amayreh K. ; Révélations sur la visite de Moubarak à Washington : Analyse de la responsabilité des Arabes dans l’insolence des Israéliens
[15]Par Hasan Abu Nimah et Ali Abunimah La libération, pas un “Etat” palestinien fictif
[16] Esam Al-Amin, Des chefs de la Sécurité formés par la CIA élus à la direction du Fatah; dimanche 6 septembre 2009 Free Palestine
[17] Esam Al-Amin, Des chefs de la Sécurité formés par la CIA élus à la direction du Fatah; dimanche 6 septembre 2009 Free Palestine
[18] La situation de l´économie palestinienne n´ont jamais été aussi mauvais qu´en 2009, rapport de la CNUCED, 9/9/2009

Advertisements
Comments
One Response to “La Palestine : le mensonge de la Pax Economica”
  1. Tony says:

    Very nice analysis and good panoramic view. Since I haven't been keeping up with the issue this is a great post to introduce the issue also.I will comment on the following:"tout éventuel Etat palestinien devrait être démilitarisé et qu’Israël devra contrôler les frontières, les passages frontaliers, les ports, les aéroports, l'espace aérien, les eaux territoriales et les relations internationales d'un tel Etat[14]."So by saying that, one would clearly mean to not have a state, more or like a district of the initial state. This is a really a flagrant mockery.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: