29/11/2009, la votation anti-minaret ou la Journée de la Honte!

.hmmessage P { PADDING-BOTTOM: 0px; MARGIN: 0px; PADDING-LEFT: 0px; PADDING-RIGHT: 0px; PADDING-TOP: 0px } BODY.hmmessage { FONT-FAMILY: Verdana; FONT-SIZE: 10pt } La Suisse si discrète d’habitude a été au centre de l’attention mondiale depuis la victoire à une majorité populaire de 57,5% de la votation en faveur de l’interdiction de la construction de nouveaux minarets. Le résultat est sans appel, 22 cantons sur 26 ont soutenu cette initiative. Les critiques internationales pleuvent désormais sur la Suisse, à juste titre d’ailleurs, la haut-commissaire aux droits de l’homme dénonçant un scrutin «clairement discriminatoire». Pour de nombreux citoyens suisses, dont je fais partie, plusieurs sentiments s’entremêlent en commençant par la honte à l’incompréhension en passant par la colère. Le refus de cette loi dans les cantons  dans lesquels je vis , Vaud et Genève, n’y change rien,  et me  j’en viens à me poser   des questions sur la société dans laquelle je vis. La Suisse, garante des Droits de l’Homme et des Conventions de Genève, est elle xénophobe ? Islamophobe ? Cette loi, laquelle il est vrai ne remet pas en question la liberté de culte comme le clame ses initia teurs , mais est clairement et tout simplement discriminatoire et raciste, et rappelle des périodes sombres de l’Europe où en lieu et place de la menace de l’islamisation de la société, les populistes mettaient déjà en garde le bon peuple contre le danger de l’ « enjuivement » de la société. Hier les juifs, aujourd’hui les musulmans. N’avons-nous rien appris ?
Il est en effet dangereux de constater que cette loi votée en Suisse a permis de décomplexer partout en Europe des réactions de personnes ou de groupes qui s’expriment devant nos caméras avec des propos ouvertement racistes ou discriminatoires. Nous avons notamment vu des partisans de Ligue du Nord en Italie  manifester   contre les mosquées en hissant le drapeau suisse devenu désormais un modèle à suivre après la votation, des félicitations de partis d’extrême droite comme le Front National et autres, et plus étonnant encore un parlementaire socialiste français Jean Glavany qui a défendu l’interdiction des minarets et a déclaré : «On aura compris, ces dernières semaines, que la lumière venait de la Suisse. Et les réactions négatives entendues en France sur cette votation citoyenne nous montrent que la démocratie française est bien malade». Il est clair que la Suisse aurait pu se passer de ce genre de félicitations et de cette soi disant lumière, mais au-delà de cela ces réactions démontrent un réel fossé d’incompréhension et même d’animosité envers la religion islamique et sa communauté en Europe et aux Etats-Unis également.
Revenons tout d’abord sur les raisons du résultat de cette votation populaire, considérée comme une défaite pour toutes les personnes qui soutiennent une société du vivre ensemble sur un pied d’égalité et s’oppose à toute forme de discrimination. Les raisons sont à la fois profondes et pas forcément  liées directement à cette initiative, tandis que d’autres s’inscrivent dans le contexte national et à la dynamique de la campagne politique.
Premièrement, la raison profonde à la réussite de cette initiative parlementaire contre les minarets est sans aucun doute le climat d’attaque perpétuelle envers l’Islam entretenu depuis le 11 septembre 2001 par les médias occidentaux. Notre premier article dans Cafe Thawra (Le monde Arabe dans les médias occidentaux ou la réalité déformée) portait justement sur le rôle des médias et de la déformation des faits ou des événements en rapport avec le Monde Arabe, mais également avec l’Islam, en effet ce dernier et l’épithète Arabe étant très souvent mélangé par la presse occidentale. L’image de la religion islamique depuis le 11 septembre 2001 n’a cessé de se détériorer, et les médias y ont joué un rôle important notamment en reproduisant des stéréotypes sur cette religion et sa communauté, lesquels ne serait pas entrés dans la modernité, n’ayant pas fait la séparation fondamentale du temporel sur le spirituel qui permet à l’individu de s’engager dans la voie de la raison et de l’autonomie. Un sondage récent du Figaro a d’ailleurs montré que l’opposition à la construction des mosquées a diminué tout au long des années 90 pour atteindre le taux de 22% en 2001 avant de remontre après les attentats du 11 septembre et jusqu’à aujourd’hui. Il n’y aucun doute que depuis la date du 11 septembre, la presse occidentale dans sa grande majorité a reproduit en masse la théorie du choc des civilisations, d’une guerre entre l’Islam, caractérisé par sa barbarie et le terrorisme, face à l’Occident Chrétien civilisé et démocrate.
Deuxièmement, nous pouvons constater que les effets de la mondialisation et de la crise économique font peur à la population suisse, laquelle perçoit de plus en plus chaque étranger ou nouveaux nationaux comme des sources de danger pour leur emploi ou leur identité. A travers l’histoire, il n’est en effet pas rare de constater que les étrangers ou les nouveaux nationaux sont souvent la cible de la population « indigène » dans un pays connaissant des difficultés économiques. La stratégie de  certains   devient alors le repli sur soi et le refus de l’autre ou de la différence, car considéré comme dangereux et problématique. Nous avons vu le succès à Genève lors des dernières élections législatives du Mouvement citoyen Genevois qui a basé sa campagne sur la stigmatisation des frontaliers français, et période de crise économique aidant, cela a malheureusement fonctionné. L’Islam, phénomène relativement récent en Suisse, est dans un cas similaire et est perçu comme un danger pour l’identité suisse pour certain dans un environnement de plus en plus mondialisé ou les acquis sociaux sont en dangers. Les populistes, tel que l’UDC en Suisse, profitent de ce climat pour s’en prendre à l’Islam et aux immigrés, des thèmes émotionnels porteurs dans une population appauvrie et effrayée, afin d’augmenter leur popularité pour ne pas s’attaquer aux véritables problèmes sociaux économiques, dont ils ne veulent pas traiter, car souvent alliés aux grands patrons.
Ces deux causes profondes ont permis aux i nitiateurs  de surfer sur une vague de peur de l’autre et de difficulté économique favorisant ce genre d’initiatives discriminatoires, mais cela étant il y a également des fautes de la part des opposants à cette votation au niveau suisse. Deux éléments ont été à mon avis déterminants dans cette campagne, tout d’abord le manque de clarté des opposants sur l’Islam et le rapport avec la communauté musulmane, et ensuite comme l’a déclaré David Hiller président du Conseil d’Etat genevois « lorsque nous délaissons le terrain les effets se font sentir ».
Les partis politiques opposés à la votation anti minaret ont dans leur ensemble tenu tout au long de la campagne politique un double discours qui d’un côté dénonçait cette loi, mais de l’autre laissaient cours aux généralités réductrices concernant l’Islam et la communauté musulmane et les reproduisaient même. Durant cette bataille politique, plusieurs parlementaires au niveau cantonal ont notamment proposé de bannir le voile islamique à l’école pour préserver la neutralité de l’école en matière de religion et pour empêcher la domination de l’homme sur la femme. Nous rappelons que les cas de filles voilées à l’école en Suisse sont très rares et ne posent habituellement aucun souci aux directions d’institutions concernées qui gère au cas par cas. Nous avons constaté par exemple récemment au parlement vaudois une alliance entre la socialiste Erika Schnyder et l’UDC Pierre Yves Rappaz pour débattre de l’interdiction du port du voile dans les écoles sans que cela soit contesté de manière véhémente par les autres partis. Rappelons d’ailleurs que plusieurs membres du parti socialiste suisse ont soutenu ce genre de propositions à l’interne et à l’externe au nom de la défense de la femme. Nous avons d’ailleurs vu après les votations du 29 Novembre de nombreux partis prendre des positions plus tranchées envers le voile ou d’autres questions relatives à la communauté musulmane. Nous rappelons au passage que le Tribunal Fédéral a interdit en 1997 à toutes femmes voilées d’enseigner. Le voile est toujours considéré comme le symbole de la soumission de la femme par rapport à l’homme, sans distinction quelle qu’elle soit. Cette vision est très fortement dépassée et ne s’inscrit plus dans l’ère du temps, malgré l’existence il est vrai de certain cas d’obligation du port du voile sur certaines filles, un grand nombre de femmes l’ont fait en leur âme et conscience et en toute indépendance. Ces dernières affichent leur foi au grand jour mais sans se départir des idéaux et principes dans lesquels elles ont grandis en Suisse. Nous observons d’ailleurs une nouvelle forme de féminisme dans certains pays, mais cette fois musulman, qui tout en se différenciant des mouvements féministes traditionnelles clament leur égalité et leur indépendance à travers et par l’Islam. Les femmes voilées dans leur grande majorité désirent comme les autres l’éducation, l’égalité des salaires, les congés octroyés aux femmes enceintes et autres droits importants. Les partis politiques, des socialistes aux libéraux, ont ainsi une responsabilité énorme dans les amalgames faits contre la communauté musulmane car ils les reproduisent constamment. Nous pouvons également constater ce manque de compréhension et d’acceptation de l’autre face aux durcissements constants des lois en matière d’immigrations.
En second lieu, les partis politiques n’ont pas investi le terrain comme l’UDC et ses alliés. Ces derniers étaient en effet présents partout dans les villes et les campagnes, alors que les opposants à l’initiative sont souvent restés cloitrés dans leurs cercles débattant avec des convaincus. Ils n’ont également pas assez séparé des sujets soi disant en relations avec cette votation pour certain comme l’affaire Kadhafi ou le sort de communautés chrétiennes dans quelques pays à majorité musulmans. Nous avons effet entendu à plusieurs reprises des personnes avoir voté pour l’interdiction des minarets car « chez eux ils n’ont pas d’églises alors pourquoi des minarets ici » ou pour prendre une revanche ou punir Khadafi. Il ne suffit en effet pas de rappeler le caractère démocratique de la Suisse et non de ces derniers comme différence fondamentale, mais marteler encore et encore l’impossibilité de lier ces dossiers.
Nous avons analysé les raisons de la défaite des opposants à cette votations anti minaret et qui selon nous ont été déterminants. Nous ne voulons en aucun cas à travers cet article déresponsabiliser les votants du oui qui ont agi de manière discriminatoire par ce geste, une valeur contraire à la Suisse. La population a parlé mais dans chaque démocratie il existe des garde-fous contre la tyrannie de la majorité sur la minorité, et les opposants devraient les utiliser au plus vite pour « casser » cette loi qui nous fait honte.
Mais au-delà de cela et même de la votation, c’est la visibilité de l’Islam pose problème à la société suisse et plus généralement européenne. Lorsque les suisses ou étrangers de confessions musulmanes se comportaient comme la population « indigène », cela ne posait pas de problème car le statu quo n’était pas modifié. Mais au moment que les différences s’affichent au niveau du comportement, de l’habillement et des mœurs cela dérange une partie de la population laquelle souvent par méconnaissance de l’autre affiche dès lors des positions extrêmes. Un réel débat est donc nécessaire sur la place de l’autre, et pas seulement de l’Islam, dans notre société sans peur et sans tabou. Si nous ne devons retirer qu’une chose positive de cette votation, c’est la nécessité de poursuivre au niveau gouvernemental, de la société civil et de la population le travail pour faire taire la peur et le racisme. Une proposition très intéressante par exemple dans laquelle je m’inscris totalement a été proposée par le groupe zurichois Secondos Plus qui a plaidé pour que les enseignants aient la liberté de porter des signes religieux, mais sans pouvoir «faire de la propagande» pour leur religion. Cette proposition permet en effet de respecter le cadre et le contenu laïque de l’école publique sans prosélytisme et respecter la croyance de tout un chacun.
Il est du devoir de tout Suisse, musulman ou non, d’expliquer à notre concitoyen que l’autre n’en est finalement pas un et qu’il est au contraire partie du nous et de la communauté de citoyens. Chacun de nous est responsable du vivre ensemble et de tirer les leçons de cette défaite pour contrer les populistes. Ces derniers ont en effet annoncés depuis longtemps que cette votation n’est que le début d’autres campagnes stigmatisantes et racistes envers les musulmans et peut être par la suite envers d’autres communautés comme les migrants ou les homosexuels.
L’identité de la Suisse s’est modifiée au cours des ages et se modifiera encore dans le futur, notre identité n’est pas fixe mais au contraire mouvante. Ne l’oublions pas!

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Comments
One Response to “29/11/2009, la votation anti-minaret ou la Journée de la Honte!”
  1. Rachel says:

    Très bon post!!La peur est à l'origine de toutes les pages noires de notre histoire!

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