Conférence autour du thème « antisionisme, antisémitisme, islamophobie » par Gilbert Achkar.

Ce vendredi soir 5 mars à la maison des associations, nous nous sommes rendu avec Paola à la Conférence du Professeur Gilbert Achkar de l’Université de SOAS autour du thème suivant : « Antisionisme, Antisémitisme, Islamophobie ». Cet événement est organisé par le groupe politique de la gauche anticapitaliste, avec le soutien de plusieurs associations dont le Collectif Urgence Palestine.
A la suite d’une brève présentation de Gilbert Ackhar par l’organisateur de la soirée, le professeur de SOAS commente tout d’abord son dernier livre « les Arabes et la Shoah ». Il décrit les difficultés entourant la publication d’un tel livre, notamment de la peur d’une certaine presse d’écrire sur un ouvrage critique envers Israël. En réponse aux commentaires qu’il a pu recevoir, il se défend d’avoir voulu dédouaner le Monde Arabe à travers ce livre, et au contraire critique de manière très détaillée et très sévère toute personnalité ou groupe ayant participé à la Shoah, rendant par là même caduque l’accusation d’antisémitisme dont il a pu faire l’objet.

Après ce bref aparté sur son dernier livre, il commence sa présentation qu’il va diviser à travers la définition de chacun des termes inclus dans le titre de la conférence.

Il débute par l’antisémitisme, une notion apparue à la fin du 19ème siècle qui se réfère à une certaine idéologie raciale hostile aux sémites. Il existe d’ailleurs à cette époque l’élaboration d’un classement racial selon les langues. Les peuples de langues sémites, les Arabes et les Juifs, sont jugés inférieurs aux peuples de langue indo-européenne selon ce classement. Cet antisémitisme, nous le retrouvons d’ailleurs chez Renan, rappelle Gilbert Achkar. L’antisémitisme de nos jours renvoie exclusivement aux juifs dans l’entendement consacré actuellement, le concept selon lui n’est plus englobant comme au 19ème siècle. L’antisémitisme est ainsi la haine raciste du juif, à distinguer de l’antijudaïsme beaucoup plus ancien existant dans les religions monothéistes, que ce soit dans la religion chrétienne ou islamique. Dans les deux livres nous pouvons trouver beaucoup de critiques envers les juifs, ainsi que dans l’histoire de l’Eglise Catholique. La littérature anti-juive est en effet très présente dans la littérature chrétienne. Les juifs ont été frappés d’ostracisme et ont été des victimes dans le monde chrétien, alors qu’en terre d’Islam les juifs vivaient plus paisiblement et étaient mieux traités. La haine du juif sur une base raciale remonte au 19ème siècle et culminera avec le Nazisme. Ce dernier a systématisé et mis en pratique la haine du juif au 20ème siècle. Il y a une propagation de l’antisémitisme à une échelle de masse en Europe à la fin du 19ème siècle et durant la période de l’entre deux guerres. Le monde Arabe en comparaison ne connait rien de similaire à la même période. L’antisémitisme à cette période est intimement lié aux grandes dépressions et aux crises économiques que ce soit durant l’affaire Dreyfus ou durant les pogroms. La deuxième grande dépression en 1929 a précipité l’arrivée des Nazis aux pouvoirs, lesquels encouragent un antisémitisme exacerbé. A. Léon, un marxiste belge décédé à Auschwitz analyse et montre comment les bouleversements économiques, capitalistes et le déboulonnement des structures ont amené une immigration des juifs dans les villes, lesquels ont été assimilés pour la grande majorité. Cette immigration sur fond de crise économique va alors accroitre la montée de l’antisémitisme. Selon A. Léon, le rapport entre crise économique et racisme est évident. La xénophobie et le syndrome du bouc émissaire augmentent considérablement en période de crise économique où toute immigration est combattue de manière raciste. La cristallisation contre les juifs en France et en Allemagne s’est effectué durant l’entre deux guerres, une période durant laquelle ces pays connaissaient une crise économique ou des grandes difficultés dans ce domaine.

Nous vivons actuellement la première grande crise économique depuis les années 1970 et nous constatons une montée de l’extrême droite à l’échelle européenne. Il y a une augmentation générale de la xénophobie, laquelle se cristallise dorénavant sur l’Islam Nous passons alors de l’antisémitisme à l’islamophobie.

Les effets de la crise économique qui a éclaté en 2008 se font encore ressentir et nous ne savons pas encore quand une véritable amélioration de la situation verra le jour. Les chiffres du chômage ont augmenté et le montant de la dette en général également. Il y a une causalité imparable qui se produit, selon le Professeur Gilbert Achkar, avec cette situation de crise et la montée du racisme qui se cristallise aujourd’hui sous forme d’islamophobie. Les exemples sont nombreux : le vote interdisant les minarets en Suisse, la montée dangereuse de l’extrême droite en Hollande, un sondage paru en France montre que 41 % des Français sont contre l’existence des minarets. Au Royaume Uni, un sondage a révélé que 44% des personnes interrogés considéraient que l’Islam, même modéré, présentaient un danger pour la civilisation.

Il y a également un opportunisme de la part de politiciens de bas étages qui exploitent la crise comme Nicolas Sarkozy qui lance des débats artificiels sur l’identité nationale ou sur la Burka. Le gouvernement italien actuel est encore plus à droite que le gouvernement autrichien dans lequel Haider a participé, il utilise des méthodes racistes qui rappellent la période fasciste par exemple avec les Roms avec les mesures de fichages ou par des discours Islamophobes.

La crise du capitalisme engendre le barbarisme, le système fonctionne ainsi.

Nous passons maintenant au concept d’antisionisme. L’antisionisme signifie avant tout le refus du sionisme, lequel est défini dans l’ouvrage de Théodore Herzl, qui est devenu sioniste lorsque l’antisémitisme a pris une grande ampleur et que l’idée du juif assimilé reculait en Europe. Il fallait donc selon T. Herzl créer un Etat pour les juifs à la place d’alimenter l’antisémitisme en Europe. C’est donc la création d’un Etat juif qui est prôné par Herzl, mais ce dernier dans son ouvrage parle également du rôle de l’Etat d’Israël comme celui de l’avant-garde occidentale contre la barbarie. C’est un projet de colonisation de peuplement et dans ce contexte colonial de l’époque Herzl désire trouver le soutien d’une puissance coloniale. Cette dernière lui donnerait une terre pour fonder le nouvel Etat d’Israël. La Palestine va dès lors être choisie pour des raisons idéologiques et religieuses, même si le mouvement sioniste a cherché dans d’autres régions du globe avant tel qu’en Afrique ou en Amérique du Sud.

A la fin de la première guerre mondiale, le mouvement sioniste obtient la promesse des britanniques pour la création d’un Etat. La déclaration Balfour énonce en effet l’établissement d’un foyer national juif sur les dépouilles de l’Empire Ottoman. La Palestine était l’objectif du mouvement sioniste depuis sa fondation au Congrès mondiale sioniste en 1889 à Bâle. L’antisionisme est par définition donc contre ce projet.

A l’époque le sionisme était un courant minoritaire chez les juifs, le Bund, très populaire au sein de la communauté juive, était par exemple antisioniste. Au départ l’antisionisme concernait surtout les juifs, il y avait d’ailleurs des débats au sein de la communauté juive sur ce sujet. L’antisionisme était tout d’abord tous les courants qui refusaient ce projet.

L’antisionisme aujourd’hui est dans cette même continuité et même approche, c’est-à-dire sur le refus d’un Etat basé sur une ethnie ou une religion, et dans notre cas sur la religion juive. De manière générale le refus d’un Etat basé sur l’ethnie ou la religion est considéré comme positif, à l’exception faite du cas Israël, où l’on est traité d’antisémite. Un Etat basé sur une religion est raciste, c’est tout.

Les gouvernements israéliens successifs ont glissé de plus en plus à droite, il y a d’ailleurs des racistes déclarés dans le gouvernement actuel. Le glissement raciste de la société israélienne est clair. Le parti Travailliste qui est le parti fondateur d’Israël arrive seulement en 4ème position à la Knesset. Trois partis le devancent, le Likoud, crée par Jabotinski et dont le héros était Mussolini et était comparé à Hitler par Ben Gurion. Il y a ensuite Kadima, qui est une émanation de Sharon, et Beitouna, dont le chef Lieberman est ouvertement raciste et encourage le nettoyage ethnique en appelant au départ forcé des Arabes d’Israël.

Il y a des distinctions dans l’antisionisme :

– sionisme non étatiques, M. Buber est un sioniste mais il n’était pas en faveur d’un Etat sur une base ethnique ou religieuse. Noam Chomsky également est un sioniste, mais qui refuse l’Etat d’Israël dans ses structures actuelles.

– les post sionistes, se prononcent pour la transformation de l’Etat d’Israël vers un Etat de tous ces citoyens, un Etat sur une base citoyenne et non religieuse.

Ces derniers rejoignent donc les antisionistes.

Il y a une masse de littérature qui cherche à démontrer que l’antisionisme est l’équivalent de l’antisémitisme ou qu’à la suite du nazisme nous avons dorénavant l’antisionisme comme idéologie similaire. La définition de l’antisémitisme élaborée en séance de travail, et heureusement non officielle, de la Commission européenne stipulait que l’antisémite est celui qui nie aux juifs le droit d’un Etat pour un peuple juif en Israël. Il faut donc selon cette définition accepter le concept d’un Etat basé sur une religion, ainsi que le droit au peuple juif d’avoir un Etat. Il est également accepté toutes les formes de manifestations et d’autodéterminations en relation avec cet Etat. Cet élargissement de l’antisémitisme est fait de manière à parer contre toute critique d’Israël. Ce système est d’ailleurs très effectif et d’actualité en France et en Allemagne pour empêcher toute discussion critique envers Israël.

En même temps, il ne faut pas nier qu’il y a des gens antisémites qui se cachent derrière l’antisionisme et qui ont une attitude judéophobe. Mais le problème est sa généralisation à toute forme d’antisionisme qui est totalement faux. Parfois, certains groupes ou personnes se servent du féminisme, du pacifisme et du laïcisme comme paravent pour l’islamophobie, mais de la même manière on ne va pas tout interdire ou généraliser ce problème à tous ceux qui se réclament de ces mouvements. On devrait donc avoir la même attitude envers l’antisionisme.

Aujourd’hui l’antisionisme n’est plus majoritaire au sein de la communautaire juive comme par le passé avant la fondation d’Israël, mais il existe des juifs antisionistes qui sont d’ailleurs souvent accusés d’entretenir une haine de soi et d’être antisémite.

On observe tout de même depuis ces trente dernières années une augmentation du thème et de l’argumentaire de l’antisionisme. Cela est essentiellement dû à la détérioration de l’image de l’Etat d’Israël. A ses débuts, l’Etat d’Israël a réussi à se créer une image favorable et positive en Europe, les socialistes étaient attirés par l’organisation des kibboutz et la droite le percevait comme le premier bastion occidental contre la « barbarie ». Cette image positive a fonctionné au sein de la population européenne jusque dans les années 1980. La guerre des six jours en 1967 était en effet perçue comme la victoire de David contre Goliath et la guerre d’octobre en 1973 comme une défense de l’Etat d’Israël. La guerre du Liban va détériorer l’image d’Israël dirigé à l’époque par un gouvernement du Likoud composé par M. Begin et Ariel Sharon. Cette guerre n’est en effet pas perçue comme défensive, au contraire il y a un changement de perspective et des analogies se font entre le siège de Beyrouth et les ghettos. L’image d’Israël se détériore encore davantage avec la première Intifada, où le monde se rend compte (finalement) qu’il s’agit d’une armée d’occupation. La réthorique antisioniste va dès lors s’accélérer, de même qu’en parallèle les accusations d’antisémites envers toute critique d’Israël. Les Arabes intensifient alors leur principal argument contre l’entreprise sioniste depuis ces débuts : « Nous Arabes et Palestiniens pourquoi devrions nous payer pour vos crimes commis en Europe ». L’astuce d’Israël contre cet argument sera d’accuser les Arabes d’être des Nazis, 1948 devient donc le dernier soubresaut de la 2ème Guerre mondiale. La guerre d’indépendance d’Israël en 1948 devient donc une victoire sur les Nazis. La preuve de cet argument est celle du Mufti de Jérusalem al Husseini et de sa collaboration avec le régime Hitlérien. Un rôle disproportionné est dès lors donné à Al Husseini par les Israéliens, comme le démontre le texte consacré au Mufti de Jérusalem au Mémorial en Israël uniquement dépassé en longueur par celui de Hitler, alors que dans l’histoire arabe il est discrédité. Son exil et ses discours à Berlin n’ont eu aucun écho en Palestine ou chez les Palestiniens. Les Arabes ont été bien plus nombreux en comparaison à participer à la deuxième guerre mondiale aux côtés des Alliés que des Nazis.

Al Husseini est un personnage exécrable sans aucune forme de contestation selon Gilbert Achkar, mais il ne représente en tout cas pas tous les Arabes et les Palestiniens. La propagande qui compare les Arabes aux Nazis continue malheureusement, par exemple avec un livre de deux auteurs allemands qui a pour démarche d’expliquer cela en utilisant comme unique source les archives Nazis.

L’Arabie Saoudite qui ne souffre pas d’accusations de la Communauté internationale sur ce sujet, a par contre un discours officiel clairement antisémite.

En 2001, la montée de l’Islamophobie coïncide avec l’arrivée de Sharon au pouvoir, de la réoccupation des territoires palestiniens et de manière générale avec l’augmentation des tensions au Proche Orient. Le juge Goldstone a été taxé d’antisémite à cause de son rapport critique envers Israël, alors que lui-même est de confession juive.

Il y a une politique d’exacerbation de la violence par Israël, mais qui a de plus en plus de mal à se faire accepter ainsi qu’une multiplication d’ouvrages et une augmentation de la propagande qui diabolise les Arabes et toute critique envers la violence d’Israël.

Pour sortir de ces débats circulaires, il existe une réelle nécessité de sortir des caricatures, des généralisations faciles et de permettre la critique si l’on veut tenter de faire avancer les choses et les idées.

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Comments
One Response to “Conférence autour du thème « antisionisme, antisémitisme, islamophobie » par Gilbert Achkar.”
  1. Anonymous says:

    Merci pour ce très bon article Pao et Joe!keep on this way!bizChaouki

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