La Palestine Aujourd’hui: Conférence au Salon du Livre Francophone de Beyrouth

Pour moi, la Palestine est un choix. Je suis d’Ashrafieh, mon père et mon granp-père étaient d’Ashrafieh, maintenant même plusieurs habitants d’Ashrafieh pensent que je suis Palestinien, mais je pense tout simplement que l’on ne peut pas être humain et négliger la Palestine. Donner la parole aux victimes, voilà le plus grand droit que je puisse donner. 
Elias Khoury 

Le 17ème salon du livre francophone de Beyrouth a ouvert ses portes du 29 octobre au 7 novembre 2010 au Biel. Une fois arrivé, le lecteur a pu se perdre dans les dédales des stands de maisons d’édition libanaises éditant des livres en français telles que Tamyras ou Dergham, se plonger dans le monde de la presse écrite sur papier ou en ligne, comme le journal en ligne iloubnan.info, flâner devant l’exposition de photographies sur Alep des étudiants de l’ALBA, ou encore se présenter à l’espace Agora au centre de la salle d’exposition afin d’y suivre l’un des débats ou conférences qui s’y succèdent toutes les heures.

Une moitié de Café Thawra s’est donc rendue à l’une de ces conférences, tenue le dimanche 31 octobre autour du thème de la Palestine Aujourd’hui. Elias Sanbar, Elias Khoury et Henry Laurens se sont donc réunis autour de Farouk Mardam Bey, modérateur de la session et directeur des éditions Actes Sud, afin de présenter leur actualité littéraire et de commenter sur la situation actuelle de la Palestine.

Henry Laurens ouvrit donc le bal en présentant son ouvrage La Question de la Palestine, publiée en plusieurs tomes. Au cours de cette entreprise sans équivalent, Laurens s’est attaché à l’histoire de la Palestine jour après jour, afin d’en faire ressortir des séquences temporelles courtes et d’en obtenir par conséquent une succession , successions qui ont été mises au point par l’auteur en collaboration avec feu Samir Kassir. A travers cette oeuvre colossale, l’auteur s’est attaché à la progression géographique de l’implantation sioniste et à la question de comment l’on est passé d’une carte de la Palestine à une autre: la distribution séquentielle du temps a permis à l’auteur d’extrapoler des constantes et par là, d’expliquer les évolutions de la carte palestinienne et de l’avancée sioniste.
Elias Sanbar a pour sa part présenté son Dictionnaire Amoureux de la Palestine, ouvrage singulier de part sa forme et la subjectivité que celle-ci implique. “Cet ouvrage n’a pas la prétention de présenter la Palestine dans son intégralité, mais seulement la mienne” a déclaré l’auteur, avant d’ajouter que selon lui la forme du dictionnaire était adéquate pour le sujet palestinien dans la mesure où elle est d’une part éclatée et de l’autre unique, comme la Palestine elle-même. En effet, selon Sanbar la Palestine est unique car liée entre elle, et éclatée de par la diversité des situations que sa condition implique. Le but principal de cet ouvrage est de redonner une dimension humanien au peuple palestinien. “Les Palestiniens sont perçus soit comme des héros soit commes des victimes ou des terroristes, mais leur humanité même avec toutes les aspérités que celle-ci comporte semble être passée à la trappe”, précise l’auteur pour qui “le travail du fascisme, c’est de déshumaniser”, le but de la politique sioniste selon Sanbar étant le remplacement. De là semble être donc parti ce besoin de parler des choses personnelles, afin de redonner une dimension humaine à un peuple que l’ont tente de réduire à l’état de non-existence.
Pour Elias Koury, auteur, entre autres, de la Porte du Soleil, la Palestine n’est pas abordée sous un angle politique mais plutôt sous un angle littéraire. L’auteur raconte son histoire d’amour pour un pays et pour un peuple, pour cette terre et sa population en “Nakba Continuelle”.

“Pour aimer la Palestine, il faut d’abord aimer les palestiniens. Ainsi, Samir Kassir, mort pour avoir voulu défendre la liberté au Liban, n’était pas seulement un amoureux du Liban mais également de la Palestine. Quand on aime le Liban, on aime aussi la Palestine et vice-versa, ce que certains au Liban ont du mal à comprendre”.

 En rappelant les grands noms de la littérature palestinienne Ghassan Kanafani et Mahmud Darwish, l’auteur enjoint le public à réinventer la Palestine, à ne pas se laisser entraîner par la tentation de la nostalgie. Il faut redécouvrir la Palestine à travers la vie quotidienne des Palestiniens. “Les vainqueurs se permettent de réécrire la grande Histoire: il nous appartient d’écrire la “petite” histoire, d’autant plus que même dans la littérature israélienne, les Palestiniens ont été annihiliés”.  En effet, l’auteur cite à titre d’exemple les ouvrages d’Amos Oz, dans lesquels les Palestiniens n’existent pas: L’expulsion des palestiniens a donc lieu à tous les niveaux, non seulement sur le territoire mais également dans le champ littéraire.

Selon l’auteur, il faut se séparer du discours redondant de l’Autorité Palestinienne et de celui, trop vague, du Hamas, pour retrouver un discours de résistance. Existons donc, et résistons.

Comments
One Response to “La Palestine Aujourd’hui: Conférence au Salon du Livre Francophone de Beyrouth”
  1. Café Thawra says:

    Juste un Commentaire: Messieurs, la prochaine fois que vous organisez un panel, rappelez-vous qu'il y a des femmes qui sont extraordinairement calées sur le sujet, ainsi que des personnes plus jeunes au fait des campagnes actuelles. Un panel mixte est un panel riche!

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