La situation des Réfugiées Palestiniennes dans les camps de réfugiés au Liban




This Presentation was given at the Conference on Palestinian Refugees in Lebanon and in the Occupied Palestinian Territories on Thursday November the 11th in Geneva at the Librairie Arabe l’Olivier. The papers will be made public through Café Tahwra. 

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Dans toutes les situations de crise, que ce soit des conflits armés, des déplacements de population ou des catastrophes naturelles, les femmes se retrouvent dans une situation de vulnérabilité accrue par-rapport aux hommes, et les femmes dans les camps de réfugiés palestiniens n’y  font pas exception.
Cependant, remontons quelque peu dans le temps, et adressons la question de la vulnérabilité des femmes palestiniennes dans les camps au Liban à la lumière de leur rôle pendant la guerre civile libanaise qui a duré de 1975 à 1990.
Il est par conséquent intéressant de noter que pendant la guerre, alors que la plupart des hommes en âge de travailler étaient au combat, ce sont les femmes qui ont pris le relais de la survie du camp, de la logistique, mais également du soutien aux combattants et du travail de plaidoyer pour la cause palestinienne. Il est également évident qu’un certain nombre de femmes participaient activement aux hostilités.
Ce passage du règne de la maison à la vie active s’est fait automatiquement, sans que personne et surtout pas les hommes ne le remette en question, comme exprimé par exemple dans les témoignages contenus dans le livre de Butheina Shaaban Arab Women Speak About Their Lives.

Ce qui est intéressant, c’est cette transition opérée entre une femme palestinienne dans le camp très active, sûre d’elle, travaillant pour la communauté et prenant des initiatives, à un retour à la vie civile en temps de paix. Est-ce que l’émancipation apportée par la crise s’est traduite par  une évolution des mentalités envers les femmes palestiniennes des camps de réfugiés ?

Situation actuelle
Les femmes dans les camps de réfugiés se retrouvent exposées à des problèmes de violences domestiques, la société patriarcale perdure et l’émancipation de la guerre ne semble pas avoir apporté de changements. A cela s’ajoute le  problème de ce que j’appellerai « la stratégie d’évitement ». En effet, la cause palestinienne prend le pas sur tout, on estime que la violence contre les femmes est un concept  importé par l’ouest et que le vrai – et le seul-  problème des femmes reste l’occupation de la Terre de Palestine par Israël. Ce qui est tt à fait vrai mais ne devrait pas occulter le fait que oui les femmes sont plus vulnérables, que le chômage catastrophique entraîne un stress plus important dans la société des camps et par la même une vulnérabilité accrue pour les femmes. D’autre part, la société patriarcale qui prévaut dans la région n’épargne pas les femmes palestiniennes dans les camps, comme en témoigne cette jeune femme :

« Au début, ma famille a été surprise lorsque je leur ai annoncé que je voulais continuer mes études car j’étais la première fille à le faire. Personne n’est allé à l’université dans ma famille. Ils pensent que lorsqu’une femme a atteint un certain âge elle doit se marier. Je veux leur prouver qu’il existe des choses plus importantes dans la vie que le mariage. »

Le chômage (40% de la totalité des réfugiés sont en situation de chômage) joue un rôle extrêmement important dans la situation des femmes réfugiées palestiniennes. Ainsi la situation économique précaire des foyers de réfugiés ne permet pas l’accès à l’éducation supérieure, ce qui prend une proportion accrue pour les filles et les jeunes femmes dans la mesure où si les fonds sont disponibles, les familles auront tendance à envoyer les hommes à l’université, car ce sont eux qui sont perçus comme les pourvoyeurs de la famille.
L’étude « Palestinian Refugee Women in Lebanon : Conditions and Challenges in Burj El Barajneh Camp » produite par la Palestinian Women’s Humanitarian Organisation indique d’autre part clairement que les femmes sont doublement discriminées, d’une part à cause de leur statut de réfugié, dont les conditions de vie et la discrimination qu’ils subissent au Liban a été démontrée par Wissam et Rola, mais également en tant que femmes. Cette étude, qui se base entre autres sur de nombreux témoignages, montrent clairement que les femmes palestiniennes doivent affronter non seulement la société libanaise, mais également les violences au sein de la sphère privée. Cette marginalisation des femmes palestiniennes et ce manquement à leurs droits se concentrent surtout au niveau des possibilités de travail, de l’éducation comme mentionné plus haut, de la représentation politique et des droits au sein de la sphère privée. Par exemple, au niveau de la représentation politique, l’étude susmentionnée indique que non seulement les femmes palestiniennes ne peuvent pas participer à la vie politique libanaise, mais qu’en plus elles étaient mises à l’écart au sein des comités populaires et du processus de prise de décision interne aux camps.
Au sein de la sphère privée, 93% des femmes interrogées ont indiqué qu’elles demandaient la permission à un homme de la maison avant de sortir de la maison, 41% déclarent qu’elle-mêmes ou des femmes qui leur sont proches sont exposées à la violence physique (incluant se faire battre, gifler ou secouer). La mentalité qui prévaut étant la loi du silence, les femmes ont pour habitude de ne rien révéler de ce qui se passe à l’intérieur de leurs foyers. D’autre part, quand bien même elle le ferait, ni les autorités du camp ni les autorités libanaises ne leur porteraient secours. Le fait de ne pas avoir accès au marché du travail entraîne un mouvement de cercle vicieux dans la mesure où les femmes se retrouvent en situation de vulnérabilité économique. D’autre part, le travail étant un facteur de prise de confiance en soi, maintenir les femmes à l’écart revient à les maintenir en position de faiblesse, aux yeux de la société comme aux leurs.
La Convention sur L’Elimination de Toutes Formes de Discrimination à l’égard des Femmes stipule à son article 9 :
Article 9
1. Les Etats parties accordent aux femmes des droits égaux à ceux des hommes en ce qui concerne l’acquisition, le changement et la conservation de la nationalité ils garantissent en particulier que ni le mariage avec un étranger, ni le changement de nationalité du mari pendant le mariage ne change automatiquement la nationalité de la femme, ni ne la rend apatride, ni ne l’oblige à prendre la nationalité de son mari ce qui concerne la nationalité de leurs enfants.
2. Les Etats parties accordent à la femme des droits égaux à ceux de l’homme en ce qui concerne la nationalité de leurs enfants.
Et à son article 16


Article 16
1. Les Etats parties prennent toutes les mesures nécessaires pour éliminer la discrimination à l’égard des femmes dans toutes les questions découlant du mariage et dans les rapports familiaux et, en particulier, assurer, sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme :
a) Le même droit de contracter mariage;
b) Le même droit de choisir librement son conjoint et de ne contracter mariage
que de son libre et plein consentement;
c) Les mêmes droits et les mêmes responsabilités au cours du mariage et lors de sa dissolution;
d) Les mêmes droits et les mêmes responsabilités en tant que parents, quel que soit leur état matrimonial, pour les questions se rapportant à leurs enfants; dans tous les cas, l’intérêt des enfants sera la considération primordiale;
e) Les mêmes droits de décider librement et en toute connaissance de cause du
nombre et de l’espacement des naissances et d’avoir accès aux informations, à l’éducation et aux moyens nécessaires pour leur permettre d’exercer ces droits;
f) Les mêmes droits et responsabilités en matière de tutelle, de curatelle, de garde et d’adoption des enfants, ou d’institutions similaires, lorsque ces concepts existent dans la législation nationale; dans tous les cas, l’intérêt des enfants sera la considération primordiale;
g) Les mêmes droits personnels au mari et à la femme, y compris en ce qui concerne les choix du nom de familles d’une profession et d’une occupation;
h) Les mêmes droits à chacun des époux en matière de propriété, d’acquisition, de gestion, d’administration, de jouissance et de disposition des biens, tant à titre gratuit qu’à titre onéreux.
2. Les fiançailles et les mariages d’enfants n’auront pas d’effets juridiques et toutes les mesures nécessaires, y compris des dispositions législatives, seront prises afin de fixer un âge minimal pour le mariage et de rendre obligatoire l’inscription du mariage sur un registre officiel.
Le gouvernement Libanais, signataire de la Convention, a néanmoins émis les réserves suivantes relatives aux deux articles susmentionnés :

Réserves
Le Gouvernement de la République libanaise formule des réserves à l’égard du
paragraphe 2 de l’article 9 et des alinéas c), d), f) et g) du paragraphe 1 de
l’article 16 concernant le droit au choix du nom de famille.
Le Gouvernement de la République libanaise déclare, conformément au
paragraphe 2 de l’article 29 de la Convention,

Ces réserves diminuent la portée et l’impact du traité et rendent la vie familiale des femmes libanaises et palestiniennes sur le sol libanais plus compliquée. Ainsi, par exemple, la femme réfugiée palestinienne ayant la nationalité libanaise ne pourra pas la transmettre ni à son mari ni à ses enfants. Un rapport spécial concernant l’application de la convention aux femmes palestiniennes réfugiées au Liban est en cours de dissémination par l’association Najdeh.


Programmes mis en place : les organisations libanaises depuis la guerre civile ne peuvent plus rentrer dans les camps de palestiniens, sauf si leur affiliation politique est approuvée par les autorités du camp (ask joe). Cependant, il existe des organisations de femmes internes aux camps ainsi que l’UNRWA qui sont soutenus par différents partenaires afin d’offrir des possibilités d’éducation aux familles les plus démunies. Ainsi, par exemple, il existe un Fonds pour les Femmes Palestiniennes Réfugiées au Liban qui est exclusivement réservé aux jeunes femmes venant des familles de réfugiées les plus démunies et qui est entre autres soutenu par les gouvernements du Qatar, du Canada, de l’Espagne, de la France et des Etats-Unis.
Un autre exemple de programme est celui mis en place par la Palestinian Human Rights Organisation soutenu par UNIFEM visant à accroître le leadership des femmes palestiniennes dans les camps de réfugiés au Liban à travers des séances de formation sur leurs droits et des ateliers de développement des facultés de leadership. L’avantage de ce programme est sa façon de lier les organisations de femmes libanaises travaillant pour les droits civiques des palestiniens au Liban avec les organisations de femmes palestiniennes, créant ainsi des ponts entre communauté autour d’un programme intégré. D’autres associations grassroots telles que Kafa our Najdeh travaillent également dans les camps et mettent en place des formations pour les femmes.

Conclusion
On observe donc que la prise de confiance et de responsabilités des femmes palestiniennes durant le conflit libanais en s’est pas traduite par un mouvement plus général d’émancipation, comme cela a pu par exemple être le cas pour les femmes européennes au sortir de la seconde guerre mondiale, après que celles-ci aient pris des responsabilités jusque là considérées comme masculines. Quelles sont les raisons de cette absence de rebondissement suite à la fin de la guerre ? Serait-ce à cause des lois libanaises civiles qui mettent tous les pouvoirs entre les mains des communautés religieuses qui dans leur ensemble ne mettent pas sur le même pieds d’égalité hommes et femmes ? Seraient-ce à cause de leur isolation et exclusion à tous les niveaux ou encore à cause de leur situation économique ? La question reste ouverte, et la réponse repose certainement dans un ensemble complexe de tous ces éléments.

Sources
         Shaaban Butheina, Both Right and Left Handed, Arab Women Speak About their Lives
         Entretien avec Ms Mona Khauli, Activiste Droits de la Femme et Secrétaire Générale de la YWCA du Liban
         New Hope for Palestinian Refugee Women in Lebanon, www.IDRC.ca
         http://www.wluml.org/node/5560
         http://www.wluml.org/node/5560
          

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