Les travailleurs (euses) et les révolutions arabes.

Les processus révolutionnaires dans les pays du Moyen Orient et d’Afrique du Nord continuent malgré les difficultés et les tentatives nationales et internationales de limiter au maximum les objectifs des peuples de la région que ce soit au niveau démocratique et socio économique.  Dans cette mesure l’importance de la lutte des travailleurs-euses dans les soulèvements est souvent négligée, tandis que la profondeur de la question sociale et son impact sur le déclenchement des révolutions est sûrement la dimension la plus occultée par les médias occidentaux. Ces soulèvements populaires, survenant à la suite de la crise financière et économique mondiale, sont en effet aussi une révolte contre les politiques néolibérales imposées par les régimes autoritaires, et encouragées par les institutions financières internationales, comme le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale (BM).
Les mesures néolibérales ont servi au démantèlement et à l’affaiblissement croissant des services publics dans ces pays, à la suppression de subventions, notamment pour des biens de première nécessité, tout en accélérant les processus de privatisation, très souvent au profit des classes dirigeantes et bourgeoises liées au pouvoir politique.
Ces politiques néolibérales ont appauvri l’ensemble des sociétés concernées. Cependant, deux groupes ont été plus gravement atteints : les étudiant·e·s et les travailleurs·euses. Ils·Elles sont aujourd’hui à la tête des mouvements de contestation.
En Tunisie, l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT) a souvent joué un rôle moteur d’opposition aux régimes autoritaires, malgré le fait que la centrale syndicale ait été gravement affaiblie par une combinaison de répression, de privatisation des emplois publics et parfois même de compromission de la direction syndicale avec le régime.
En 2008, ce sont des membres de l’UGTT qui ont été à la base des soulèvements des ouvriers des mines dans la région de Gafsa. Ils ont soutenu le mouvement pendant plus d’un an.
En Egypte, vers la fin des années 2000 le pays a connu le plus grand mouvement social depuis la Seconde Guerre mondiale, avec des grèves et des occupations de différents secteurs de la société. Les grèves dans les usines de Mahala el Kubra, en 2008 mêlant travailleurs-euses et activistes, ont ainsi été une répétition générale pour beaucoup avant 2011 et témoignaient aussi de la vigueur du mouvement ouvrier malgré la répression des forces de sécurité.
Le mouvement des syndicats et des travailleurs-euses a joué un rôle important dans les révolutions, en particulier en Tunisie et en Egypte. La grève générale proclamée le 11 janvier en Tunisie et les journées de grèves générales menées dans toute l’Egypte ont été décisives pour faire chuter les dictateurs de ces pays.
En Egypte en janvier 2012, plus de 300 syndicats indépendants avaient été formés comprenant plus de 2 millions de travailleurs-euses) depuis la chute de Moubarak. Les occupations et les mouvements de grèves, ainsi que leur participation dans de nombreuses manifestations n’ont pas cessé depuis un an démontre l’intensité du rôle des travailleurs-euses dans la révolution. Plusieurs entreprises qui avaient été nationalisées, souvent de manière occulte, sont revenues dans les mains de l’Etat suite à des grèves des ouvriers.
En Tunisie, l’activisme de l’UGTT sur la question sociale et démocratique a été la cible d’attaques par le gouvernement contrôlé par le mouvement El Nahda. Ce dernier a répété à plusieurs reprises depuis la chute de Ben Ali que les demandes socio économiques sont contre révolutionnaires et a accusé la centrale syndicale d’être le responsable de la crise économique du pays à cause de son activisme et ses demandes.
En Egypte, les travailleurs-euses ont été durement attaqués par l’élite dirigeante également, l’institution militaire en particulier, et par leurs alliés les Frères Musulmans. Le Conseil de Sécurité des Forces Armées (CSFA) a en effet mis en œuvre une loi criminalisant les grèves, protestations, manifestations et occupations qui affectent l’économie. Les mouvements des Frères musulmans ont soutenu ces lois.
Dans les autres pays également les mouvements des travailleurs sont importants depuis longtemps.
En Syrie, à partir de 2006, la dégradation du niveau de vie de la majorité de la population, couplée à la répression politique, a conduit à une ère de protestations, souvent sur des questions économiques. En mai 2006, des centaines de travailleurs de la Compagnie de construction publique organisaient une manifestation à Damas, provoquant des affrontements avec les forces de sécurité, tandis que les chauffeurs de taxi à Alep faisaient grève à la même période.
La réussite des campagnes de grèves générales et de désobéissance civile en Syrie durant le période de décembre 2011 paralysant des pans entiers du pays démontre également l’activisme de la classe ouvrière et des exploités qui sont en effet au cœur de la révolution syrienne. Pour cette raison, la dictature a licencié plus de 85 000 ouvriers de janvier 2011 à février 2012, et a fermé 187 usines (selon des chiffres officiels), pour casser cette dynamique contestataire.
Le mouvement syndical au Bahreïn a été un fer de lance contre la dictature du régime, tandis que de nombreux syndicalistes ont été condamnés à de lourdes peines de prison pour leur participation active au mouvement de contestation. C’est d’ailleurs à la suite des grèves des différents syndicats qui ont paralysé, le 14 mars dernier, la capitale Manama, que les troupes saoudiennes, suppléées par les forces de sécurité du Bahreïn, interviennent pour réprimer le mouvement populaire.  La détermination des travailleurs et travailleuses du Bahreïn n’ont pas diminué et continuent jusqu’à aujourd’hui. 
La fête des travailleurs-euses qui a eu lieu comme chaque année le 1er mai doit nous rappeler à tous le caractère internationaliste de cette célébration et donc nous solidariser avec nos camarades dans ces processus révolutionnaires ! Cette célébration est aujourd’hui plus que d’actualité face aux attaques néo libérales contre les travailleurs-euses du monde entier. Cette fête nous remémore le rôle primordial de la classe travailleuse pour la défense d’une société progressiste et non asservie au profit! Le drapeau rouge ne sera pas abaissé, comme le déclarait l’ex président Sarkozy, bien au contraire il s’agit aujourd’hui de le hisser haut!
Version courte publiée dans le journal le Courrier: http://www.lecourrier.ch/98288/revolutions_democratiques_et_ouvrieres
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