Bahreïn: la révolution passée sous silence

article publié dans le journal Le Courrier: http://www.lecourrier.ch/101141/bahrein_la_revolution_passee_sous_silence

Le soulèvement populaire au Bahreïn débuté le 14 février 2011 n’a pas cessé jusqu’à aujourd’hui où des manifestations quotidiennes ont encore lieu, malgré la loi martiale. La répression du régime a causé la mort de plus de 80 civils, et entre 1600 et 4000 manifestants ont été arrêtés depuis le début du soulèvement. En novembre 2011, près de 3000 travailleurs dans les secteurs public et privé avaient été licenciés en raison de leur participation au mouvement populaire. Des médecins bahreïnis ont été condamnés à des peines allant de un mois à cinq ans de prison pour leur soutien aux contestataires. Dernière victime de cette justice aux ordres, le défenseur des droits de l’homme et opposant politique Nabil Rajab vient d’être condamné à trois ans de prison ferme pour sa participation à des manifestations non autorisées.

A écouter la machine de propagande du régime du souverain Al Khalifa, on ne serait pas face à un mouvement populaire mais confronté à une tentative de coup d’Etat, soutenue et organisée par l’Iran. Ce discours a été largement repris par les médias arabes tels qu’Al Jazeera et Al Arabya. Depuis le début du soulèvement, leur couverture alterne entre silence et complaisance envers le régime du Bahreïn. Une attitude qui reflète la position politique de leurs pays respectifs, le Qatar et l’Arabie saoudite, qui ont participé à la répression des manifestants à travers l’intervention militaire des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) dirigé par l’Arabie saoudite en mars 2011.

Pourtant, la thèse d’une subversion chiite manipulée par l’Iran est loin de décrire la vérité d’un mouvement populaire regroupant le peuple bahreïni dans sa diversité religieuse, chiite et sunnite, et luttant contre la dictature des Al Khalifa. Lors des manifestations, les pancartes et chants louant l’unité nationale entre chiites et sunnites et leur refus du sectarisme sont courantes et nombreuses. Ce mouvement populaire se situe dans la lignée des ceux, qui comme en Tunisie, en Egypte et en Syrie, s’opposent à une dictature, tout en réclamant démocratie et justice sociale.

En avril, les dirigeants du Bahreïn avaient essayé de faire de la tenue du Grand Prix de Formule 1 un événement fédérateur, la preuve d’un prétendu processus de réconciliation nationale, résumé par le slogan de la course «Unifiée: une nation dans la célébration». Le grand patron de la F1 Bernie Ecclestone avait abondé, soulignant que le retour de la F1 à Bahreïn après l’annulation de 2011 en raison des manifestations dans le pays «reflétait l’esprit de réconciliation» en vigueur dans le pays. Un discours lénifiant balayé par les manifs quasi quotidiennes qui ont marqué la compétition automobile et fait entendre la voix du peuple réprimé du Bahreïn…

De leur côté, les pays occidentaux se sont refusés à condamner l’intervention des forces du CCG pour mater le mouvement populaire et empêcher la propagation de la révolution à la région du Golfe. Et ils ne se contentent pas d’être silencieux face à la répression du régime, ils collaborent avec ce dernier. Le Bahreïn revêt en effet d’une importance particulière pour les Occidentaux et les Etats-Unis particulièrement, dont la 5e Flotte de l’US Navy est présente sur l’île. Washington considère sa base militaire comme le principal contrepoids aux efforts présumés de l’Iran pour développer ses forces armées et menacer le Golfe.
Cela ne s’arrête pas la. Plusieurs pays occidentaux participent de manière directe ou indirecte à la répression. Le gaz lacrymogène utilisé par les forces de sécurité provient des Etats-Unis, lesquels ont d’ailleurs trouvé le moyen de vendre plus d’armes à Bahreïn en 2012 qu’en 2011. Le Département d’Etat affirme que ces ventes ont pour vocation d’aider Bahreïn à «maintenir ses capacités de défense externes».

Le Bahreïn importe également des armes du Royaume-Uni et l’ex-commissaire adjoint de la police métropolitaine de Londres, John Yates, fournit des conseils aux dirigeants du Bahreïn. Le gouvernement britannique a en effet livré pour plus d’un million de livres sterling de matériel militaire aux autorités du Bahreïn durant les premiers mois du soulèvement. Des entretiens privés ont d’ailleurs eu lieu fin juin entre des officiels britanniques et du régime bahreïni, tandis qu’au même moment plus de vingt pays publiaient une déclaration aux Nations Unies exprimant leurs préoccupations au sujet de la situation des droits humains dans le pays. Inutile de signaler que la Grande-Bretagne a refusé de se joindre et de signer cet appel. Des sources ont indiqué que l’objectif de l’ambassadeur du Bahreïn à Londres était d’en apprendre davantage sur les méthodes de police en Irlande du Nord. Le régime des Al Khalifa a également dépensé des millions pour améliorer son image ternie à la suite des troubles importants l’an dernier, en particulier par le biais d’entreprises de relations publiques basées en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.

Indéniablement, le Bahreïn illustre parfaitement cette faculté qu’ont les pays occidentaux d’appliquer le deux poids deux mesures aux mouvements populaires.

Vidéo sur la révolution du Bahrain 1ère partie: http://www.youtube.com/watch?v=u796jYI7IVI&feature=player_embedded

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