Pour aider les mouvements populaires, luttons contre nos classes dominantes!

Article publié dans le journal le Courrier: http://www.lecourrier.ch/102655/pour_aider_les_mouvements_populaires_luttez_contre_vos_classes_dominantes

«Comment pouvons-nous, en Suisse ou à l’étranger, soutenir les processus révolutionnaires et les luttes populaires au Moyen Orient et en Afrique du Nord?» La question revient souvent lors de lectures, conférences ou autres évènements en solidarité avec les soulèvements populaires. Il y a bien sûr les réponses habituelles: les collectes de fonds pour soutenir les peuples en lutte, les victimes de répressions, les réfugiés et les habitants restés sur les scènes de crime des régimes; les conférences publiques pour informer sur la situation et les dynamiques dans le développement des révolutions; ou encore la rédaction d’articles et l’organisation de manifestations de soutien. Tous ces moyens sont nécessaires pour venir en aide aux populations de la région et sont à encourager.
Il y a aussi une autre manière d’aider les révolutions et les luttes populaires, cela, sur le plus long terme: nous opposer aux politiques des classes dominantes et dirigeantes de nos propres pays qui n’influent pas en faveur des luttes populaires!
Cela peut surprendre. Il s’agit en fait d’une question fondamentale pour une solidarité internationaliste fondée sur l’idée que nous sommes tous et toutes liés dans nos combats pour l’émancipation de nos sociétés. Malgré leur soutien rhétorique aux différents processus révolutionnaires, les autorités suisses et les partis présents au Conseil fédéral poursuivent des politiques qui sont en contradiction totale avec cette rhétorique, et surtout avec les principes de droits humains et de la soi-disant «neutralité» helvétique sur la scène internationale.
En effet, comment peut-on concilier l’aide aux processus révolutionnaires et le nouveau durcissement – pour la dixième fois depuis 1981 – des lois sur l’asile, alors que le nombre de requérants d’asile a diminué de moitié entre 1999 et 2011, passant de 104739 à 40677 (admissions provisoires comprises)? La prétendue crise de l’asile, telle que présentée par le Conseil fédéral, n’est qu’un mensonge pour vider de manière continue le droit d’asile de son sens. Le lien avec les révolutions arabes? Dans les nouvelles dispositions de la loi sur l’asile déjà entrées en vigueur, la défection d’un soldat de l’armée de son pays ne sera plus comprise dans les motifs d’obtention de l’asile en Suisse. Ainsi, un soldat syrien voulant quitter l’armée du régime parce qu’il refuse de tirer et de réprimer son propre peuple ne pourra trouver refuge en Suisse! Par ailleurs, les requérants ne pourront plus demander l’asile depuis les ambassades suisses dans leurs propres pays, ce qui ce qui réduit à l’extrême la possibilité de venir en Suisse et les pousse, pour ce faire, à user de moyens dangereux et illégaux. Comment peut-on prétendre, dans ces conditions, soutenir les peuples en lutte, alors que nous leur refusons – ou leur rendons quasi impossible – le droit de s’établir en Suisse et, par conséquent, la possibilité de fuir la répression dans leurs pays? Il est nécessaire de s’opposer à ce genre de lois en s’investissant notamment dans le référendum contre le durcissement de la loi sur l’asile, mais pas uniquement. Il faut aussi organiser la résistance à ces politiques en construisant un mouvement de solidarité avec les demandeurs d’asile et en organisant des actions de résistance sur le terrain, comme l’occupation symbolique, fin septembre, du centre de détention administrative de Frambois, à Genève, accompagnée du lancement du Manifeste pour la fermeture des prisons de la honte.
Ensuite, l’exportation d’armes vers des régimes dictatoriaux et répressifs, comme la Jordanie, le Qatar, l’Arabie Saoudite, l’Egypte d’avant 2011, ou l’Etat d’Israël qui opprime au quotidien la population palestinienne, va également à l’encontre de toute logique de soutien aux luttes populaires de la région. Là encore, la contradiction avec toute considération humaniste, ou encore de «neutralité», que la Suisse prétend défendre, est manifeste.
Par ailleurs, la Suisse contribue elle aussi, de façon significative, à l’évasion fiscale internationale qui prive les pays en voie de développement de précieux fonds d’investissements en infrastructures et projets de développement. Selon le Boston Consulting Group, 980 milliards de dollars, soit près de la moitié de l’ensemble des avoirs étrangers déposés en Suisse, provenaient d’Asie, d’Amérique latine, du Moyen-Orient et d’Afrique, en 2011. Et quelque 490 milliards de dollars sont placés en Suisse pour échapper à l’impôt dans les pays émergents et en développement1. La perte fiscale qui en découle peut être estimée à au moins 7,35 milliards de dollars par an, soit plus du double de l’aide suisse au développement (3,1 milliards de dollars en 2011). Par exemple, en 2011, l’aide suisse pour le développement de la Tunisie s’est élevée à 12,5 millions de francs, tandis que le régime de Ben Ali avait déposé environ 60 millions de francs sur des comptes bancaires helvétiques… La rétrocession, souvent partielle, et le blocage de certains comptes de dictateurs étrangers ne changent pas la donne: ces sommes d’argent ne devraient pas trouver refuge en Suisse.
La solidarité internationale face aux politiques de nos pays est essentielle pour soutenir l’émancipation des sociétés et des peuples en lutte contre leurs propres dictatures.

 

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: