Lutter contre deux maux à gauche : l’islamophobie et l’orientalisme en retour (partie I)

version longue de l’article publié dans solidaritéS: http://www.solidarites.ch/journal/#article=d/article/5529/&sommaire=d/numero/0

La lutte contre l’islamophobie en Europe et pour le changement radical des sociétés au Moyen Orient et en Afrique du Nord nécessite encore et toujours des débats au sein de l’extrême gauche, car un certain nombre de camarades  ont parfois du mal à combiner les deux objectifs pour différentes raisons, souvent d’ailleurs contradictoires. Dans la première partie de cet article, nous traiterons de la nécessité de la lutte contre l’islamophobie comme objectif central de la lutte pour une société plus égalitaire et plus juste, particulièrement en période de crise économique et montée du racisme en Europe.   

Islamophobie : développement et dynamiques

L’islamophobie est tout d’abord le racisme contre la communauté musulmane, contre les citoyen-ne-s de confession musulmane qu’il ou elle soit pratiquant(e), simple croyant(e) ou athée mais portant un prénom musulman. L’islamophobie ne mesure pas la religiosité d’une personne, tout comme l’antisémitisme dans le passé, qui était bien pire à tous les niveaux. Au 19ème siècle, l’antisémitisme sévissait en effet contre les masses juives, irrespectueux de leur religiosité, qui vivaient pour leur très grande majorité dans une exclusion politique et misère social terrible en Europe central  et orientale, et qui à partir de 1882 subira une nouvelle vague d’antisémitisme et de pogroms.

L’islamophobie a connu une explosion en occident après les attentats en septembre 2011. Un nouvel ennemi avait été trouvé et les lois discriminantes à l’encontre des communautés musulmanes en Europe ont connu un boom. L’image de la religion islamique depuis le 11 septembre 2001 n’a en effet cessé de se détériorer, et les médias y ont joué un rôle important notamment en reproduisant des stéréotypes sur cette religion et sa communauté, lesquels ne serait pas entrés dans la modernité, n’ayant pas fait la séparation fondamentale du temporel sur le spirituel qui permet à l’individu de s’engager dans la voie de la raison et de l’autonomie. Un sondage récent du Figaro a d’ailleurs montré que l’opposition à la construction des mosquées a diminué tout au long des années 90 pour atteindre le taux de 22% en 2001 avant de remontre après les attentats du 11 septembre et jusqu’à aujourd’hui. Il n’y aucun doute que depuis la date du 11 septembre, la presse occidentale dans sa grande majorité a reproduit en masse la théorie du choc des civilisations, d’une guerre entre l’Islam, caractérisé par sa barbarie et le terrorisme, face à l’Occident Chrétien civilisé et démocrate.

Dans un rapport publié en 2012 et intitulé « Choix et préjudice: les discriminations contre les musulmans en Europe », Amnesty International s’alarme du climat islamophobe et de nombreux pays européens (France, Suisse, Autriche,..) sont pointés du doigt pour leurs pratiques, tandis que les partis politiques les encouragent bassement dans leur quête de voix électorales, ajoute le rapport. Le rédacteur du rapport décrit par exemple le fait que « Des femmes musulmanes se voient refuser des emplois et des jeunes filles sont empêchées d’aller en classe simplement parce qu’elles portent des vêtements traditionnels comme le foulard (…) Des hommes peuvent être licenciés pour porter des barbes associées à l’islam ».

La Suisse, laquelle se caractérise par des lois toujours plus sévères contre les migrant(e)s avec la 10ème révision du durcissement de l’asile depuis 1981, n’échappe pas à cette atmosphère islamophobe. Récemment à Bale, un couple s’est vu refuser un appartement parce que la femme porte le voile. Nous rappelons au passage que le Tribunal Fédéral avait interdit en 1997 à toutes femmes voilées d’enseigner.

La victoire de la loi sur l’interdiction de construction de nouveaux minarets en 2009 est néanmoins le symbole de cette islamophobie rampante depuis quelques années et menée par l’UDC, qui était à l’origine de cette initiative et dont un membre, Alexandre Muller, avait écrit sur son compte tweeter en avril dernier la phrase suivante : «Peut-être avons-nous besoin à nouveau d’une nuit de cristal, cette fois pour les mosquées», mais touche véritablement tous les partis politiques. Plusieurs membres du parti socialiste suisse, tel que Erika Shnyder, ont appelé à plusieurs reprises à l’interdiction du port du voile à l’école au nom soi disant de la défense de la femme et de la laïcité.

En 2009, la loi sur l’interdiction de construction de nouveaux minarets avaient encore davantage décomplexé partout en Europe des réactions de personnes ou de groupes avec des propos ouvertement racistes ou discriminatoires. Des partisans de Ligue du Nord en Italie  avaient manifesté   contre les mosquées en hissant le drapeau suisse devenu désormais un modèle à suivre après la votation, des félicitations de partis d’extrême droite comme le Front National et autres, et plus étonnant encore un parlementaire socialiste français Jean Glavany qui avait défendu l’interdiction des minarets et avait déclaré : «On aura compris, ces dernières semaines, que la lumière venait de la Suisse. Et les réactions négatives entendues en France sur cette votation citoyenne nous montrent que la démocratie française est bien malade».

Cause fondamentale : lutte contre l’islamophobie

La gauche radicale ne doit en aucun cas reléguer le problème de l’islamophobie et doit en faire une lutte essentielle dans la résistance contre les intérêts capitalistes qui veulent imposer des mesures d’austérités à travers l’Europe à travers l’outil principal de la dette, mais également du racisme. L’islamophobie, comme le racisme et le communautarisme, est un instrument des classes dirigeantes pour diviser les classes populaires et les détourner de leurs réels ennemis : la classe bourgeoise.

Par exemple en France, Une nouvelle étude menée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) a de nouveau pointé du doigt une discrimination flagrante des descendants d’immigrés, dont une grande majorité de confession musulmane, dans le marché de l’emploi. Ils sont trois fois plus nombreux que les « Français de souche » à être au chômage.

Trostky affirmait que même si une démocratie complète est illusoire sous le système capitaliste, le mouvement révolutionnaire ne doit en aucune façon renoncer  même sous l’impérialisme à la lutte pour les droits démocratiques.

Le combat contre l’islamophobie et le racisme en général et pour le droit à l’exercice de la liberté de conscience est fondamental dans la pensée marxiste. Dans sa critique du programme de Gotha du parti ouvrier allemand (1875), Marx expliquait que la liberté privée en matière de croyance et de culte doit être définie uniquement comme rejet de l’ingérence étatique. Il en énonçait ainsi le principe : « chacun doit pouvoir satisfaire ses besoins religieux et corporels, sans que la police y fourre le nez ». Le marxisme classique, celui des fondateurs, n’a d’ailleurs pas requis l’inscription de l’athéisme au programme des mouvements sociaux.

La question du voile ne concerne que les femmes, elles doivent décider par elle-même et en toute indépendance de son port ou non. Le voile imposé ou retiré par la force est un acte réactionnaire et qui va à l’encontre de tout soutien à l’auto-détermination de la femme.

Tactique et stratégies

Dans cette lutte contre l’islamophobie, nous devons trouver des partenaires avec les organisations se revendiquant de leur identité musulmane et qui combattent les discriminations dont la communauté fait face. Face à ceux et celles à gauche qui rejettent toute unité d’actions avec des groupes ayant une base ou se revendiquant de fondements religieux en faisant appel  à la fameuse phrase de Karl Marx la religion est « l’opium du peuple », sans faire référence à la suite du texte qui explique le réel sens à y donner. Mais Un certain nombre d’exemples historiques démontrent l’erreur de ce positionnement.  La gauche radicale a collaboré et a lutté côte à côte avec les adeptes de la théologie de la libération, qui avaient développé une critique radicale du capitalisme. Le parti bolchévique n’hésitait pas à coordonner des luttes avec le Bund, union générale des travailleurs juifs de Pologne, Lituanie et de Russie fondée en 1897, qui malgré son orientation athéiste, anti cléricale et fondamentalement socialiste, était basé sur un regroupement communautaire. Finalement Malcom X, qui tout en restant fidèle à ses convictions religieuses, particulièrement à la fin de sa vie évoluait à gauche. Il n’hésita pas à critiquer les dirigeant musulmans dans un interview en 1965 qu’il accusa volontairement maintenu les peuples et les femmes en particulier dans l’ignorance. Il ajouta aussi que l’état d’avancement d’une société se mesure à la situation faites aux femmes, en déclarant que « plus les femmes sont éduquées et impliquées.. plus le peuple entier est actif, lumineux et progressiste ».

L’intervention des forces progressistes et révolutionnaires permet la radicalisation des mouvements, et doit également empêcher toute dérive de confiscation « identitaire » des débats et des dynamiques politiques en inscrivant les luttes dans une perspective humaniste, universelle et révolutionnaire.

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