Les luttes syndicales dans les révolutions arabes

(Tunisie )

article publié dans le journal SolidaritéS : http://www.solidarites.ch/journal/#article=d/article/5601/&sommaire=d/numero/0

Depuis le déclenchement des processus révolutionnaires en janvier 2011 et même avant, les syndicalistes, comme les travailleurs et travailleuses de la région, ont joué un rôle important dans les luttes et dans la chute des dictateurs.

Pour rappel, c’est la grève générale organisée par le syndicat UGTT en Tunisie le 14 janvier qui provoquera le départ de Ben Ali du pouvoir après des semaines de contestations, tandis qu’en Egypte le mouvement ouvrier et les grèves massives pousseront les dirigeants militaires à sacrifier Moubarak pour sauver leur pouvoir, contesté jusqu’à aujourd’hui par le peuple. Au Bahreïn, c’est à la suite des grèves des différents syndicats qui paralysèrent la capitale Manama le 14 mars 2011 que les troupes saoudiennes, appuyées par les forces de sécurité du régime, interviennent pour réprimer le mouvement populaire.

Aujourd’hui, le mouvement syndical des différents pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord continue ses luttes quotidiennes pour de meilleures conditions de vie et de travail, mais aussi pour approfondir le processus révolutionnaire.

Tunisie : mobilisations constantes

En Tunisie, des vagues de grèves et de manifestations contre la politique du parti islamiste Ennahdha ont eu lieu ces derniers mois. Dans la région de Kasserine, par exemple, il y a eu des grèves générales dans Majel Bel Abbès en août, à Thala, Sbiba, Hassi Frid et à Laayoune en octobre. Toutes les semaines, des manifestations et des sit-in sont organisés à Kasserine et de manière régulière dans différentes régions.

Cet été, un grand nombre de mobilisations ont eu lieu pour le droit à l’eau, le droit à l’électricité, ainsi que pour la défense des droits des femmes. De nombreux syndicalistes ont également été arrêtés à plusieurs reprises à cause de leur opposition aux politiques du gouvernement et de leurs activités syndicales. Mentionnons Abdesslem Hidouri, syndicaliste et coordinateur des sit-in de la Casbah 1 et 2, membre de la Ligue de la Gauche ouvrière, arrêté dans le village d’El Omrane avec Menzel Bouzayeinne, à la suite d’une manifestation revendiquant le droit à un travail digne et à un développement équitable entre les régions. Dans la nuit du 27 septembre, les forces de l’ordre ont attaqués ces manifestant·e·s avec une brutalité qui rappelle celle de l’ère Ben Ali?; le pillage des maisons a été suivi de l’arrestation de 25 personnes, dont Abdesslem Hidouri. Ce dernier a été libéré depuis.

Les syndicats des journalistes et de la presse se sont aussi mobilisés pour dénoncer le gouvernement, dominé par les islamistes d’Ennahda, qui a nommé, sans consultation des rédactions et des organisations professionnelles, de nouvelles directions à la tête de télévisions, radios et journaux publics depuis le début de l’année. Les autorités sont accusées de chercher ainsi à contrôler les lignes éditoriales de ces médias.

Les syndicalistes jouent un rôle moteur dans ces mobilisations, une véritable dynamique existe entre le syndicalisme et le reste du mouvement social. Le rôle de l’UGTT est décisif pour que cette articulation se développe.

Egypte : contestations et organisations

En Egypte, la première moitié du mois de septembre a vu se dérouler plus de 300 manifestations. C’est le nombre le plus élevé enregistré depuis le début de cette année. La majorité de ces manifestations réclamait de meilleures conditions de vie et de travail, des contrats de longue durée et des nominations. En octobre, grèves et manifestations se sont poursuivies à une vaste échelle.

Durant le même mois, deux groupes de travailleurs indépendants et plusieurs partis politiques ont uni leurs forces pour former un Front national pour la défense des droits du travail et des libertés syndicales.

Les objectifs de ce Front comprennent l’annulation de la loi restrictive sur les syndicats 35/1976, la mise en place du projet de loi de liberté syndicale promouvant la liberté d’association pour les travailleurs et travailleuses, la protection des syndicalistes et des salarié·e·s contre les licenciements en représailles, la lutte contre les violations du droit du travail perpétrées par l’Etat ou des employeurs et l’établissement d’une échelle des salaires équitable, basée sur un salaire minimum et maximum (pas plus de 15 fois le salaire minimum).

Ces avancées notoires ne sont pas appréciées des nouvelles autorités égyptiennes (Frères musulmans) ni des anciennes (les forces armées), qui s’allient à nouveau. La répression continue en effet de manière très forte à l’encontre des syndicalistes sous la présidence de Mohamed Morsi. De nombreuses lois et décrets interdisant les grèves et manifestations de travailleurs ont été promulgués. Le nouveau régime tente de briser la volonté des salarié·e·s en grève, tandis que le ministère du Travail s’emploie simultanément à affaiblir et contrôler le mouvement syndical indépendant.

Bahreïn : résistance malgré la répression

Dans le royaume, les syndicats des enseignants ont été particulièrement touchés par la répression. Ils avaient lancé massivement leurs forces dans les mobilisations populaires et la résistance, toujours active, contre le régime autoritaire en place. Mahdi Abu Dheeb et Jalila al-Salman, respectivement président et vice-présidente du syndicat des enseignants, ont été condamné l’un à cinq ans et l’autre à six mois de prison le 21 octobre 2012. Ils ont été accusés «d’incitation à la haine du régime»et de «tentative de renversement du système de décision par la force». Plus de 5000 enseignant·e·s ont été interrogés par des conseils de discipline mis en place illégalement?; plus d’un millier ont été envoyés devant les tribunaux. De nombreux enseignant·e·s ont aussi été suspendus ou licenciés, un processus toujours en cours aujourd’hui, simplement pour avoir exprimé des opinions politiques.

Le mot d’ordre «Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!» n’a jamais été autant d’actualité.

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