L’Egypte après le vote sur la constitution ou la lutte continue

traduction de la photo : à gauche le grand “monstre” dit “je suis les Frères Musulmans” et à droite l’enfant dit “je suis la révolution”

version allongée de l’article publié dans le Journal Solidarités : http://www.solidarites.ch/journal/d/article/5646

Le projet de Constitution défendu par les islamistes au pouvoir en Égypte a été approuvé par 63,8 % des votant(e)s, mais le taux de participation a été de seulement 32,9 %. Par rapport aux précédentes élections, le référendum constitutionnel a connu un taux de participation nettement plus faible. Le référendum  de Mars 2011, les élections législatives de fin 2011 et l’élection présidentielle de juin dernier ont vu des taux de participation d’environ 50%. De plus, ce taux est très bas comparé à des es pays qui ont subi processus similaire de transition vers la démocratie, comme en Europe de l’Est et en Amérique latine, où les taux de participation avaient atteint les 60 et 70%.

Le faible taux de participation peut être interprété comme un signe d’un manque croissant de confiance dans le processus démocratique et le manque de réel changement socio économique. Les opposant(e)s s’insurgent aussi contre les dérives autoritaires et les tentatives de dominations de tous les rouages de l’Etat par le parti des Frères Musulmans (FM). A la suite du vote, le secrétaire général des FM Mahmoud Hussein a d’ailleurs dénoncé les appels de l’opposition à annuler la nouvelle constitution, avertissant que de tels appels étaient illégaux et punis par la loi.

Pour rappel, durant les manifestations contre le projet de constitution en Décembre, les FM n’ont pas hésité d’utiliser de milices pour réprimer les manifestant(e)s, ciblant particulièrement les femmes, et déloger les tentes des opposant(e)s aux abords du palais présidentiel démontre les penchants autoritaires, de même d’après le quotidien égyptien Al-Masry Al-Youm les manifestant(e)s arrêtés ont été envoyés dans des “salles de torture”, en face du palais.

Au niveau politique, la quasi-totalité des nouveaux gouverneurs de provinces sont issus des FM, tandis que la nouvelle constitution, boycottée par de tous les secteurs de la société égyptienne excepté les FM et les salafistes, tout en islamisant la société menaçant ainsi particulièrement les droits des minorités, des femmes et des travailleurs (euses), avait surtout pour principal objectif de placer l’autorité du président et du gouvernement – ainsi que l’Assemblée constituante en charge de rédiger une nouvelle constitution pour l’Egypte – en dehors du contrôle de la justice ou toute autre personne. C’est ce dernier élément qui a été le principal grief des manifestant(s) contre le nouveau gouvernement, à savoir la volonté de mainmise du pouvoir politique. Un exemple de cette opposition à ces nouvelles mesures est la décision de 11 journaux privés dans le pays de suspendre leur publication, le 4 décembre, contre les tentatives de limitations de la liberté d’expression possible avec la nouvelle constitution et la direction prise par ce nouveau gouvernement. Le jour d’après c’était le tour des télévisions privés d’effectuer une action similaire. De manière symbolique plusieurs villes ont également déclaré leurs indépendances du gouvernement des FM, comme la ville industrielle de Mahalla symbole de la résistance ouvrière pendant les années Moubarak et pendant la révolution.

En même temps, l’alliance entre les FM et l’armée, symbole de l’ancien pouvoir de Moubarak, n’a en effet pas été remis en cause depuis la chute de Moubarak et continue  comme nous pouvons le constater dans les articles de la nouvelle Constitution égyptienne, où les prérogatives de base de l’armée sont garantis : un budget secret, le contrôle des officier sur le ministère de la Défense, une forte influence dans les décisions de sécurité nationale et le droit de juger des civils devant des tribunaux militaires. Le président égyptien Mohamed Morsi a aussi accordé à l’armée le 10 décembre le pouvoir d’arrêter des civils, en lui demandant d’assurer la sécurité jusqu’à l’annonce du résultat d’un référendum.

La continuation des politiques néolibérales sur le modèle des anciens pouvoirs, la non résolution de la question sociale et surtout l’attaque et la répression sur les acteurs sociaux comme les syndicats nourrissent également les manifestations. Le gouvernement dirigé par les Frères Musulmans est en effet en négociation constante avec le FMI et autres institutions pour se voir accorder de nouveaux prêts dépassant plusieurs milliards et qui enferment ce sociétés dans de nouvelles politiques d’austérité économique et mesures néo libérales. Les mobilisations contre le prêt du FMI et des politiques d’austérité qui les entoure sont continues.

En même temps l’offensive contre les milieux sociaux et syndicaux refusant ces mesures est toujours plus forte[1]. Un décret portant sur le travail, le 25 novembre 2012, a été critiqué par de nombreux syndicalistes comme une tentative d’hégémonie des FM sur les syndicats, par la suppression de membres âgés de plus de 60 de la Fédération égyptienne des syndicats et de les remplacer par des membres nommés. Les FM ont aussi abandonné le projet de loi “les libertés des syndicats” qui a été finalisée en Septembre 2011, et sont en train d’élaborer leurs propres lois qui régissent les syndicats et les syndicats professionnels bien plus réactionnaires. Avec l’adoption de la nouvelle constitution,  les militant(e)s syndicaux ont exprimé leur consternation par rapport à l’article 14, qui lie les salaires à la production – par opposition à la hausse des prix et de l’inflation. Des réserves ont également été exprimées au sujet des articles constitutionnels 63 et 70, qui permettent certains types de travaux forcé et le travail des enfants d’être réglementés par la loi. En outre, l’article 53 stipule qu’il ne peut y avoir qu’un seul syndicat par profession – conçu pour être un frein au mouvement syndical indépendant en pleine croissance.

Dans cette situation, les anciens de membres du régime de Moubarak (feloul) se divisent dans leurs choix, certains ont rejoint le camp des FM, et comme un certain nombre de ministres du gouvernement  des FM, tandis que d’autre ont rejoint l’opposition comme Amr Moussa qui est présent dans le Front du Salut National composé du libéral M. Baradei et du nassériste H. Sabbahi, qui a été ministre des Affaires étrangères de 1991 à 2001, puis secrétaire général de la Ligue arabe de 2001 à 2011. Dans les deux cas, les révolutionnaires condamnent  la présence des feloul, qui jouissent d’une nouvelle virginité dans les deux camps, et souhaitent la continuation de la révolution.

Le mot d’ordre est sans aucun doute la révolution continue, car les objectifs de la révolution «liberté, justice sociale et indépendance » sont loin d’avoir été accomplis et le gouvernement actuel en en Egypte ne s’y dirige pas du tout, bien au contraire continuant à bien des égards les mêmes politiques dans divers domaines que leurs prédécesseurs.  La phrase du révolutionnaire français St Just sonne et résonne aujourd’hui d’une actualité criante pour le peuples égyptien: « Ceux qui font des révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau». Le peuple égyptien pour la poursuite de la révolution ne s’y trompe pas et appel déjà pour des mobilisations importantes pour le mois de janvier et les deux ans de la révolution le 25.

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