Femmes en lutte, ou l’espoir du changement radical

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Article publié dans le journal le Courrier : Vendredi 8 mars http://www.lecourrier.ch

Depuis le début des processus révolutionnaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, le rôle des femmes en lutte pour un changement radical est souvent mis de côté, voire ignoré. Les médias dominants occidentaux se réfèrent à un soi-disant «hiver islamiste» pour évoquer des «dangers» qui guettent aujourd’hui les femmes, au moment même où les Etats occidentaux renforcent leur convergence avec les gouvernements dirigés par les Frères musulmans (FM) sur de nombreuses questions politiques et économiques et ce, en dépit de la vision réactionnaire projetée par ces derniers du rôle des femmes dans la société. Ainsi, la presse mainstream continue à présenter les anciens régimes comme des moindres maux, en regard des gouvernements actuels, sur les questions concernant les femmes et leurs droits, en oubliant qu’ils ont mené en leur temps des politiques péjorant la condition des femmes.

Mettons également en doute la sincérité des médias et des gouvernements occidentaux qui justifient des guerres au nom de la protection des droits des femmes –aujourd’hui au Mali, hier en Afghanistan– tout en poursuivant des politiques qui, trop souvent, ne favorisent pas l’égalité réelle entre femmes et hommes (égalité des salaires…) ou qui collaborent avec des pays (l’Arabie Saoudite) et des mouvements qui sont loin de faire des droits des femmes leur priorité. Les Hillary Clinton, Margaret Thatcher et Angela Merkel ne sont pas des féministes, mais représentent le détournement de cette cause à des fins impérialistes et réactionnaires qui débouchent sur des politiques affaiblissant les droits des femmes, dans leurs pays comme à l’étranger. De nombreuses études ont démontré que les politiques antisociales et néolibérales affectent en premier lieu les femmes et les poussent vers davantage de précarité. Il ne suffit en effet pas de s’autoproclamer féministe pour améliorer la situation des femmes, mais bien de lutter contre les conditions matérielles qui asservissent les femmes pour permettre une égalité réelle et non purement formelle.

Relevons par ailleurs que les femmes au Moyen Orient et en Afrique du Nord sont toujours décrites comme victimes et spectatrices des évènements. Certes, leur condition et leurs droits sont dans l’absolu moins bonnes dans cette région-ci qu’en Occident, malgré une remis en cause de plus en plus fréquente sur certains acquis, ou considérés comme tel. Il est cependant inexact de les réduire à un rôle de victimes persécutées et passives. Comme il est tout aussi inexact –et islamophobe se surcroît– d’expliquer cette situation comme une résultante de l’Islam, alors qu’elle est le fruit de la situation économique, politique et sociale de ces pays.

Les femmes sont bien des actrices du changement radical qui s’opère au Moyen Orient et en Afrique du Nord et leur implication n’est d’ailleurs plus à démontrer. En Tunisie, le mouvement féministe et progressiste de l’Association tunisienne des femmes démocrates continue de jouer un rôle dans la poursuite de la révolution, tout en militant pour garantir et faire avancer les droits des femmes. Ce même mouvement a été l’un des fers de lance de l’opposition au régime de Ben Ali.

Concentrer les attaques sur les femmes en lutte a d’ailleurs fait partie des moyens utilisés par les anciens régimes pour casser les mouvements populaires. Comme en Egypte, par exemple, où le Conseil Suprême militaire n’avait pas hésité à s’attaquer d’abord aux femmes lors des manifestations de 2011 contre le dictateur Moubarak. En les arrêtant et en les soumettant à des «tests de virginité» comme forme d’intimidation. Durant les manifestations contre le projet de Constitution, en décembre 2012, les FM n’ont pas hésité à utiliser des milices pour réprimer en particulier les manifestantes.

Aujourd’hui, les Egyptiennes, les Tunisiennes et les autres sont présentes sur tous les fronts de lutte de la société: syndicats, mouvements féministes, avocates progressistes, etc. En Egypte, une campagne contre le harcèlement sexuel sur les lieux de rassemblement a été lancée par des groupes de femmes pour mettre fin à ces pratiques. En Syrie, les deux comités de coordination populaires les plus répandus sont dirigés par des femmes –Razan Zaitouneh et Souheïr Al Atassi. Sans parler du rôle des femmes dans la résistance populaire –voire parfois militaire– dans toutes ses composantes contre le régime Assad.

Si les femmes en lutte du Moyen Orient et d’Afrique du Nord sont le plus souvent à la pointe des processus révolutionnaires, c’est qu’elles savent mieux que quiconque que la chute des piliers des régimes ne permettra pas le changement radical auquel elles aspirent. La volonté de continuer la révolution devient pour toutes une évidence. Non, ces femmes courageuses et en lutte ne sont pas des victimes, mais l’avant-garde du changement radical, et comme l’écrivait le révolutionnaire russe Léon Trotski, il s’agit pour nous de comprendre que «pour changer les conditions de vie, nous devons apprendre à les voir à travers les yeux des femmes».

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