La dette, un instrument colonial et impérialiste qui traverse les âges

Image

article publié dans le journal le Courrier : http://www.lecourrier.ch/107682/la_dette_un_instrument_colonial_et_imperialiste_qui_traverse_les_ages 

La dette a constitué au cours des âges et jusqu’à aujourd’hui l’un des principaux instruments de domination, d’exploitation et de pillage des pays en voie de développement par les pays industrialisés – Etats-Unis et Union européenne en particulier – et les organismes financiers mondiaux. Tout au long du XIXe siècle, les pays endettés étaient menacés par la «politique de la canonnière», qui consistait à tirer depuis la mer au canon sur les côtes des Etats qui ne payaient pas leurs dettes financières. Elle a été abolie par la convention Drago-Porter en 1907. Depuis le milieu du XXe siècle, les pays dominants et les organismes financiers mondiaux imposent, avec la collaboration des élites locales, des mesures tout aussi violentes pour les sociétés des pays endettés à travers d’autres moyens, sans faire usage de la force militaire.

Les pays du tiers monde ont été les premiers à souffrir des politiques néolibérales et d’ajustement structurel résultant de la dette, qui les ont plongés dans davantage de pauvreté, tandis que leurs créanciers rendaient impossibles l’émancipation, le développement et l’indépendance de leurs sociétés. Aujourd’hui, du bassin méditerranéen à l’Afrique, en passant par l’Amérique du Sud, la dette continue de servir les intérêts d’une minorité au détriment de ceux des populations. Elle permet aux pays dominants de l’Union européenne, comme l’Allemagne, d’imposer des mesures d’austérité drastiques aux Etats européens périphériques, comme la Grèce, l’Espagne, et le Portugal. Dans tous ces cas, on peut parler de dette odieuse, du fait de l’absence de consentement des populations des Etats débiteurs, de l’absence de bénéfices pour les peuples concernés, et de la connaissance de ces éléments par les créanciers1.

Le cas de la Grèce est l’exemple flagrant d’un tel cynisme, depuis que la troïka (FMI, Banque centrale européenne et Commission européenne) impose au peuple grec des violations de ses droits économiques et sociaux. D’ailleurs, ce n’est pas par hasard que la troisième rencontre du réseau international des initiatives d’audit citoyen de la dette (ICAN – International Citizen debt Audit Network) a eu lieu à Thessalonique du 15 au 18 février 2013.

Dans les processus révolutionnaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, la question de la dette a également pris une importance particulière. Dans ces pays, la dette a servi et continue à servir d’outil de soumission politique et de mécanisme de transfert de revenus du travail au capital local et, surtout, mondial. Les cas de l’Egypte et de la Tunisie, mais aussi du Liban et de la Jordanie, où des dettes astronomiques ont été accumulées, sont parlants. Rappelons que la dette continue à être utilisée par les Frères musulmans au pouvoir en Tunisie et en Egypte, avec l’appui des organismes internationaux, pour maintenir une économie dominée par les intérêts d’une élite locale et des puissances étrange`res, comme par le passé. Aujourd’hui, le refus ou non de payer la dette devient un des principaux points de clivage entre les tenants d’un changement radical et ceux s’y opposent. Ainsi, l’opposition entre les islamistes de Ennahdha et le parti Nidaa Tounes, qui rassemble des pôles proches de l’ancien régime de Ben Ali, s’estompe au niveau de leurs programmes économiques respectifs, les deux s’étant engagés à payer la dette et à promouvoir les politiques néolibérales, tandis que le Front populaire, qui réunit la gauche et les partis nationalistes, refuse de se soumettre à ce diktat. La situation est similaire en Egypte où, à part la gauche radicale, les Frères musulmans et l’opposition libérale du Front du salut national ont déclaré leur respect du paiement de la dette.

C’est dans un esprit de refus que les 23 et 24 mars, le week-end précédant le début du Forum social mondial de Tunis, des organisations politiques anticapitalistes et progressistes de treize pays du bassin méditerranéen ont participé, à l’appel du Front populaire, à la première rencontre méditerranéenne contre la dette, les politiques d’austérité et la domination étrange`re pour une Méditerranée libre, démocratique, sociale, solidaire et respectueuse de l’environnement. Un manifeste est sorti de cette rencontre, dans lequel les partis signataires s’engagent à soutenir les processus de lutte des mouvements sociaux pour un audit citoyen de la dette; à promouvoir des propositions d’annulation; à intégrer ces revendications dans leurs programmes politiques et à soutenir la lutte des peuples pour leur souveraineté et leur autodétermination. Dire non à la dette, c’est clairement se positionner pour le changement radical et refuser la soumission aux classes dominantes.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: