Elections iraniennes : une victoire pour qui ?

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La victoire du candidat dit modéré, Hassan Rohani, par 50,6% des voix, au premier tour des élections présidentielles de la République islamique d’Iran est apparue comme un camouflet cinglant au guide Ali Khamenei. Ce dernier est le réel détenteur du pouvoir avec son bureau et les Gardiens de la Révolutions, qui contrôle en effet près de 40 % de l’économie iranienne. Ces trois acteurs contrôlent notamment la politique étrangère, le dossier nucléaire et la redistribution des ressources.

Des foules d’Iraniens et d’Iraniennes ont fêté dans les rues de plusieurs villes à travers le pays la victoire de Rohani, mais ils ont surtout crié leur revanche sur les élections frauduleuses de 2009 qui avait permis la réélection d’Ahmadinejad. La population a voté pour le candidat le moins fondamentaliste en apparence, mais cette élection appelle-t-elle pour autant une nouvelle ère d’ouverture et de luttes pour les classes populaires iraniennes ? On peut en douter.

Présenté comme « modéré », Rohani a été de 1982 à 1988 un membre influent du Conseil suprême de défense puis Secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale, l’un des principaux organes répressifs du régime. Il a été également le négociateur en chef du dossier nucléaire sous la présidence de Khatami entre 2003 et 2005. Membre du Conseil des experts, l’une des plus hautes instances du pays, Rohani est un homme du sérail, garant des institutions dictatoriales de la République islamique. En 2009, il n’a pas dit un mot en faveur des protestations populaires et n’a pas dénoncé la répression terrible du régime.

Dés pipés d’avance ?

Il est également nécessaire de rappeler que les élections en Iran sont loin d’être démocratiques. Selon la constitution iranienne, « le président doit être élu parmi les hommes versés dans la religion et la politique et possédant les qualifications suivantes: Iranien d’origine, nationalité iranienne, capacité à diriger, avisé, justifiant d’un passé sans tache, honnête et pieux, croyant et adhérent aux fondements de la Républiques islamique d’Iran ainsi qu’à la religion officielle du pays.» Parmi les 800 candidatures présentées, le régime en a retenu seulement 8. Les candidatures de Rahim Mashaie, dauphin d’Ahmadinejad, et de Rafsandjani, l’un des hommes clés de la République islamique, ont été refusées. La victoire de Rohani a également été facilitée par la division du camp fondamentaliste, qui avait six candidats, et le ralliement du camp dit réformateur.

L’objectif principal du régime, du Guide et des Gardiens de la Révolution, était d’éviter un nouveau soulèvement populaire similaire à celui de 2009 et de canaliser les frustrations du peuple à travers un candidat loyal au régime. 

La volonté exprimée par Rohani de diminuer les tensions avec l’Occident pour régler la question du nucléaire et trouver une solution qui permettrait un allègement des sanctions commerciales et économiques, tout en écartant les risques d’une intervention israéliennes sur les sites nucléaires convient parfaitement au Guide et aux Gardiens de la Révolution. Après huit années de fortes tensions, ces derniers entendent en effet apaiser les relations avec l’Occident.   

De même au niveau interne, le régime désire se servir de Rohani pour désamorcer les frustrations sociales et économiques des classes populaires.  Le chômage des jeunes a dépassé les 60%, et l’inflation a atteint les 40% ces derniers mois, tandis que les politiques néolibérales du régime se poursuivent incluant leur lot de privatisations des services publics et baisse ou suppressions de subventions. Les licenciements massifs ont augmenté les résistances sociales et les grèves, toujours plus importantes et nombreuses, malgré une répression féroce.  La politique étrangère iranienne a également été source d’oppositions au sein de la population qui a dénoncé à plusieurs reprises, à travers des manifestations populaires spontanées, les interventions aux côtés de la dictature syrienne.

La crise du régime n’a cessé de se développer, renforcée aussi par le détournement de la rente pétrolière et les divisions au sommet de la République islamique, notamment entre l’ancien président et Khamenei.

Les élections ne permettront pas de satisfaire les besoins de justice sociale et de liberté des couches populaires iraniennes ; seul un soulèvement populaire pourra renverser le régime réactionnaire et bourgeois de la République Islamique d’Iran. 

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