Islamophobie continue et rampante

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MERCREDI 23 OCTOBRE 2013, publié dans le journal Le Courrier : http://www.lecourrier.ch/115732/islamophobie_continue_et_rampante

THAWRA!

Le 22 septembre dernier, l’initiative «Interdiction de la dissimulation du visage dans les lieux publics», lancée dans le canton du Tessin par le mouvement «Trouble-fête» (Il Guastafeste) et soutenue ouvertement par la Lega tessinoise et l’UDC, a été acceptée avec plus de 65% des suffrages. Au-delà de son libellé, cette initiative visait à interdire le port du voile intégral (burqa) et, partant, à relancer les attaques contre la communauté musulmane en Suisse.

L’animateur du mouvement Giorgio Ghiringhelli n’a d’ailleurs jamais caché, durant la campagne, le fait que l’initiative visait les voiles musulmans. En prohibant le port du voile, le Tessin suit l’exemple de la France et de la Belgique. L’interdiction tessinoise se trouve de plus inscrite dans la Constitution du canton, si bien que seule une votation populaire pourra désormais l’en retirer. S’il ne concerne pour le moment que le Tessin, l’objet fait déjà débat au plan national. L’Assemblée fédérale aura du reste à s’en saisir pour décider si elle donne ou non la garantie fédérale à la modification de la Constitution tessinoise.

L’UDC et la droite populiste ont profité des résultats des urnes pour renforcer leur discours xénophobe et islamophobe. L’actuel président de la Confédération et membre de l’UDC, Ueli Maurer, a d’ailleurs déclaré que «le résultat montre un certain malaise de la population, comme celui perçu lors de la votation pour l’interdiction des minarets».

Cette votation se situe dans une campagne permanente contre les étranger-e-s, en particulier contre la communauté musulmane suisse et étrangère. Elle fait suite à l’affiche des jeunes UDC lucernois, montrant l’image d’une femme voilée menaçant un enfant, pour promouvoir leur initiative en faveur de l’usage exclusif du suisse allemand à l’école enfantine. Tandis qu’en Europe les campagnes islamophobes occupent une place toujours plus importante dans les médias et s’expriment par une violence physique croissante. C’est notamment le cas en France, où les actions et menaces islamophobes ont enregistré une hausse de 35% au premier semestre 2013, selon les derniers chiffres de l’Observatoire contre l’islamophobie, avec notamment l’apparition d’un phénomène en forte augmentation: les agressions physiques ciblant les femmes portant un foulard.

Les partis populistes d’extrême droite, en Suisse et ailleurs, ne cessent d’instrumentaliser la question de l’émancipation des femmes dans leurs campagnes contre les étrangers et la communauté musulmane en particulier. Ceci alors qu’ils promeuvent des politiques conservatrices, antisociales et néolibérales qui affectent en premier lieu les femmes et les poussent dans la précarité.

Ce sont ainsi les mêmes qui, en Suisse, s’opposent aujourd’hui au droit à l’avortement par le lancement de l’initiative populaire «Financer l’avortement est une affaire privée», laquelle propose d’exclure l’interruption volontaire de grossesse des prestations remboursées par l’assurance de base.

Les initiatives de ce type jouent la carte du populisme en surfant sur la vague de l’islamophobie rampante en Europe. Par ailleurs, elles ne font que renforcer la stigmatisation et l’isolement des femmes musulmanes. Il est important de souligner que les «féministes» qui soutiennent ces initiatives se retrouvent dans des alliances contre-nature avec l’extrême droite et les droites populistes qui attaquent quotidiennement les droits démocratiques et sociaux des femmes. De plus, de telles orientations sont en porte-à-faux avec l’idée d’autodétermination des femmes par elles-mêmes, en jetant l’anathème sur les femmes qui portent la burqa, en parlant en leur nom et en les déclarant oppressées, sans leur donner la parole.

La question du voile et de la burqa ne concerne que les femmes, elles doivent décider par elles-mêmes et en toute indépendance de son port ou non. Imposer ou retirer le voile et laburqa par la force sont des actes réactionnaires qui vont à l’encontre du soutien à l’autodétermination des femmes.

Malheureusement une partie de la gauche reste passive face aux campagnes islamophobes menées sous couvert de laïcité, laquelle est d’ailleurs assez mal interprétée1. La gauche radicale doit s’investir sans hésitation dans le combat contre l’islamophobie, qui cible des jeunes femmes pour la plupart issues des classes populaires. L’islamophobie est, comme le sexisme et le racisme, un moyen pour diviser les classes populaires.

Dans cette lutte antiraciste, la nécessité de construire un front commun large rassemblant progressistes, démocrates, organisations et individus musulman-es dans une démarche de défense des droits démocratiques de base se fait sentir davantage chaque jour.
 

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