L’Egypte ou la construction de la 3ème voie pour la continuation de la révolution

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“Les demandes sont sont… dignité, pain et liberté” 

Une version plus courte a été publié dans le journal solidaritéS n 237: http://www.solidarites.ch/journal/ 

Face aux pouvoirs des militaires et à l’organisation des Frères musulmans, une troisième voie, le Front du chemin révolutionnaire, tente de se construire pour continuer la lutte et réaliser les objectifs de la révolution : la démocratie, la justice sociale et l’indépendance nationale.

Le Front du chemin révolutionnaire réunit le Front Démocratique du 6 avril, le Mouvement de la jeunesse du 6 avril, Le Parti de l’Egypte Forte, les Socialistes révolutionnaires, le mouvement de jeunesse de Justice et Liberté, et un certain nombre d’autres militant- e-s révolutionnaires. La gauche radicale joue un rôle important et de leader dans ce Front.

Le Front s’est fixé de nombreux objectifs :  

– la redistribution des richesses afin de parvenir à la justice sociale;

– barrer la route à l’émergence d’un régime autoritaire par la réorganisation et la refondation des institutions de l’Etat sur une base démocratique et l’approfondissement de la démocratie des urnes pour qu’elle devienne une véritable démocratie participative qui permette aux citoyens de participer aux prises de décision et la mise en œuvre du contrôle populaire sur les institutions de l’Etat;

– assurer la pleine égalité entre les individus en éliminant toutes les formes d’oppression et de discrimination, affronter l’incitation confessionnelle et la violence contre les femmes, lutter contre la marginalisation dont souffrent des secteurs de la population en raison de la race ou de la classe sociale, ou encore de l’appartenance géographique, religieuse, culturelle ;

– l’adoption d’une politique extérieure basée sur les intérêts des masses qui garantit l’indépendance nationale, brise les chaines de la dépendance politique et économique et bâtit des ponts de soutien et de solidarité avec tous les mouvements révolutionnaires qui luttent pour la démocratie et la liberté.

Le Front rejette également le paiement de la dette, instrument de soumission du pays aux intérêts étrangers et de l’accroissement de la pauvreté dans le pays.

Le Front annonce dans son appel de fondation son objectif de continuer « la révolution et faire face à la contre-révolution, en luttant contre la répression du pouvoir militaire et contre l’autoritarisme, la violence et le confessionnalisme des Frères musulmans ».

Le Front rejette totalement le pouvoir de l’armée, qui a malheureusement le soutien de large secteurs de la société égyptienne dont certains pans de la gauche, des nationalistes et des libéraux et des institutions religieuses musulmanes comme Al Azhar, et coptes, et dénonce son autoritarisme et sa soi disante « campagne contre le terrorisme » qui vise à réprimer sévèrement le mouvement des Frères Musulmans, mais surtout à mettre fin à toute mobilisation populaire. Le Front tout en dénonçant le rôle du mouvement des Frère Musulman comme acteur de la contre révolution, démontré durant son année au pouvoir par son autoritarisme et ses nombreuses attaques contre différents secteurs combatifs de la société, particulièrement les organisations de femmes et syndicales,  tout en s’alliant avec l’armée ( bien mal s’en est pris) et aujourd’hui avec sa propagande confessionnelle contre les minorités religieuses, a néanmoins condamné à plusieurs reprises les meurtres, attaques, exactions et emprisonnements arbitraires contre les membres des Frères Musulmans et la fermeture de ses médias, organisations de charités et bureaux. Plus de 1000 membres des Frères musulmans ont été tués depuis le mois d’aout suite à la répression de l’armée. Les militaires se sont également attaqués à d’autres secteurs de la société critiques et qui s’opposent à ses pratiques autoritaires, comme certains médias, opposant-es politiques ou encore en interdisant le programme télévisé du célèbre comique Bassem Youssef qui s’est notamment moqué du général Sissi, auparavant critique du pouvoir autoritaire Frères Musulmans.

Le Front est en effet à la pointe de la défense des droits démocratiques et sociaux de tous et de toutes sans distinction.

Le Front a notamment participé aux mobilisations contre la répression de l’armée dans les universités dirigées contre de nombreux étudiant-es, islamistes, libéraux et de gauche, qui manifestaient contre la présence des militaires sur les campus. De nombreuses mobilisations étudiantes ont été réprimées par l’armée depuis la chute de Morsi le 30 juin dernier. De même c’est le Front qui a appelé à l’organisation de manifestations à la fin octobre sous le nom «  la rue est à nous » pour protester contre la nouvelle loi sur l’interdiction de manifester et les slogans «  le peuple veut la chute du régime militaire » foisonnaient dans les cortèges.

En même temps, le Front a soutenu les nombreuses grèves de travailleurs et travailleuses qui continuent à secouer le pays. Fin septembre, la principale confédération syndicale indépendante EFITU a d’ailleurs menaçé d’une troisième révolution ouvrière, si le gouvernement ne tenait pas compte des réelles revendications populaires. Malgré les promesses de l’armée d’établir pour janvier un salaire minimum à 1200 livres égyptiennes dans certaines administrations publiques, une demande importante des syndicats, les travailleurs-euses continuent à se mobiliser pour une amélioration générale de leur conditions salariales et de travailles. Le nombre de grèves a néanmoins connu une baisse importante à la suite du départ de Morsi en juin, celles ci s’élevaient à 900 par mois durant les 3 derniers du règne de ce dernier. C’est en partie le résultat de la terrible répression du mois d’aout contre les membres des Frères Musulmans visait à effrayer les masses révolutionnaires et arrêter les protestations sociales. Les tanks contrôlaient les rues et pouvaient souvent être vus aux portes des usines. Les patrons en ont profité pour lancer des campagnes de licenciements et de menaces contres les travailleurs en lutte. Malgré cette situation, les syndicats et travailleurs continuent à se mobiliser pour réclamer leur dignité, et on a vu ces dernières semaines une montée des mobilisations sociales à nouveau.

Le Front se développe rapidement à travers le pays et a constitué de nombreux groupes dans de nombreuses villes et universités. La troisième voie n’est pas un espoir rêveur ou utopique, comme on le voit avec la création de ce front, mais elle est surtout une nécessité politique pour permettre la continuation de la révolution. Sortons de la dichotomie armée et islamiste, pour porter nos espoirs et notre soutien sur ceux et celles qui désirent réellement réaliser les objectifs de la révolution.

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