3 ans après, nous sommes encore au commencement…

 

Article publié le 20 décembre 2013 dans le journal le Courrier 

Au mois de décembre et janvier de chaque année depuis 3 ans, et de la date d’anniversaire du début du soulèvement populaire tunisien le 17 décembre 2010 et qui a ensuite enflammé toute la région par des mobilisations populaires de grandeur variée et avec des conséquences différentes, la même question revient : quel bilan tiré des révolutions au Moyen Orient et en Afrique du Nord ?

La réponse est bien sûr différente selon le point de vue par lequel nous débutons l’analyse. Certains n’ont vu que des mobilisations pour la démocratie, d’autres des contestations pour plus de justice sociale ou pour se procurer des aliments à bon marché, ou encore ces évènements sont réduits à des combats géopolitiques régionaux et internationaux dans lesquels les mouvements populaires ne sont que des instruments de certaines puissances. Les médias et les analyses dominantes séparent les causes et raisons sous jacentes des ces mobilisations, notamment la question démocratique et sociale, ou bien en d’autres termes la question du capitalisme et de l’autoritarisme,  les empêchant d’avoir une analyse profonde des mouvements populaires et de leur dynamisme jusqu’à aujourd’hui.  La plupart des médias dominants sont par exemple incapable d’expliquer les raisons de la continuation des révolutions en Egypte, Tunisie,  et Syrie par exemple ou les réduise à des dichotomies simplistes du type islamiste vs laics. 

Mais ce qui nous intéresse de développer dans cette chronique c’est la dernière question des analyses géopolitiques et de blocs qui s’opposeraient de manière sans fin,  qui reste (malheureusement) très dominante dans certains milieux de gauche. Cette analyse les pousse dans des positions dans lesquelles les dynamiques du processus révolutionnaire sont ignorées et de rester muet lorsque des grandes puissances soi disant viscéralement opposées collaborent ensemble sur différents thèmes.  Le récent rapprochement entre l’Iran et les Etats Unis en est un parfait exemple et a démontré, à nouveau, la futilité de ces secteurs de la gauche dans une telle analyse et qui considèrent notamment la Russie et l’Iran comme un bloc anti impérialiste. Les différentes puissances impérialistes mondiales et les puissances régionales bourgeoises, en dépit de leur rivalité, ont un intérêt commun dans la défaite des révolutions populaires de la région, et l’exemple le plus patent est celui de la Syrie. La conférence de Genève 2, soutenu par toutes les puissances internationales et régionales sans exception, a en effet les mêmes objectifs que la précédente et les autres conférences dites de «paix»: parvenir à un accord entre le régime d’Assad et une section de l’opposition bourgeoise et opportuniste liée à l’Occident et aux monarchies du Golfe. Cette fois la différence notable est qu’elle se prépare sur fond de rapprochement entre les Etats-Unis et la République Islamique d’Iran sur la question nucléaire, renforçant encore davantage la volonté des deux régimes de mettre fin au processus révolutionnaire syrien en prenant en compte leurs intérêts respectifs. En même temps, le Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui est composé de l’Arabie saoudite, du Koweït, du Qatar, de Bahreïn, des Émirats arabes unis et d’Oman, a publié une déclaration le 28 Novembre 2013 affirmant l’importance de renforcer le soutien international à l’opposition syrienne représentée par la Coalition nationale, considérée comme le seul représentant légitime de l’opposition syrienne par le CCG pour la conférence de Genève 2.

 Nous ne devons en effet pas imaginer les rivalités impérialistes à l’échelle mondiale entre les Etats-Unis, la Chine et la Russie ou en plan régional entre l’Iran et les monarchies du Golfe comme impossibles à surmonter lorsque leurs intérêts sont en en jeu et que les relations d’interdépendances sont en fait très présentes. D’ailleurs le ministre des Affaires Etrangères iranienne Mohammad Javad Zarif s’est rendu dans quatre des pays du CCG (Émirats, Oman, Qatar et Koweït) après l’a accord de Genève début décembre tandis que, tandis que les dirigeants du CCG ont salué la nouvelle orientation de la direction iranienne à l’égard des pays CCG, et a accueilli favorablement” l’accord sur le nucléaire conclu en novembre à Genève entre les grandes puissances et l’Iran. 

 Tous ces régimes  sont des pouvoirs bourgeois et autoritaires qui sont et seront toujours des ennemis des révolutions populaires, uniquement intéressés par un contexte politique stable qui leur permet d’accumuler et de développer leur capital politique et économique au mépris des classes populaires.

Conclusion

Aucune puissance régionale et internationale n’est l’amie des révolutions populaires, mais seules les classes populaires en lutte dans le monde. Aucune solution ne pourra être atteinte dans les pays en proie à des mobilisations populaires importantes tant que les enjeux démocratiques et sociaux ne sont pas traités ensemble. En d’autres termes, les demandes sociales ne peuvent être séparées de revendications démocratiques, ni subordonnées. Elles sont inséparable et c’est pour cette raison que les mouvements populaires se sont opposé à la fois aux représentants des anciens régimes et des islamistes qui s’opposent aux revendications des droits démocratiques et sociaux. N’enterrons pas les processus révolutionnaires et les peuples en lutte, ils sont loin d’avoir dit leurs derniers mots…

Et oui nous sommes encore d’une certaine manière au commencement de processus long et non linéaire

 

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