Sissi, leader de la contre révolution

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Plus de 3 ans après la chute de Moubarak, le processus révolutionnaire en Egypte vit des jours difficile. L’élection présidentielle qui vient de débuter le 3 mai 2014, va très certainement voir la victoire du maréchal Sissi, véritable leader et représentant de la contre révolution et soutenu à coup de milliards par l’Arabie Saoudite, centre de la contre révolution dans la région.

 

Sissi, le menteur

Le Maréchal Sissi qui après avoir juré qu’il ne se présenterait pas aux élections présidentielles a finalement décidé d’y participer après avoir raconté lors d’un entretien accordé au journal Al-Masri Al-Youm qu’il avait vu en rêve qu’il deviendrait président de l’Egypte…

Le major général de la troisième Division de l’armée Ahmed Wasfi avait déclaré il y a quelque mois que si quelqu’un du Conseil militaire obtient un jour une promotion ou si Sissi se présente à la présidence, là vous pouvez dire que ce qui s’est passé est un coup d’Etat… Mal s’en pris d’avoir déclaré cela sans savoir que cela se réaliserait, la Sécurité de l’Etat a entamé une enquête sur les allégations d’abus commis par le général Wasfi. Les opposants détenus dans la prison militaire placée sous son autorité auraient été torturés. Largement tolérée par le pouvoir, la torture des opposants est généralement l’œuvre de la police.

Au début du mois de mai, lors des premiers jours de sa campagne présidentielle Sissi promettait déjà que l’armée ne jouerait aucun rôle au pouvoir en Egypte s’il était président… Cela ne l’empêche pas d’avoir soutenu une nouvelle constitution en Janvier 2014 qui place l’Etat égyptien sous la tutelle de l’armée et autorise le jugement des civils par les cours martiales.

La route pour l’élection de Sissi est en plus facilité et favorisé par toutes sortes de moyen: soutien sans équivoque de l’armée et des rouages de l’Etat, le Conseil militaire a d’ailleurs apporté le 27 janvier 2014 son soutien à la candidature de Sissi à la présidence, avant que ce dernier se présente officiellement, les médias publics et privés font campagne en faveur du maréchal, la loi électorale limite les recours contre les résultats, soutien totale de la bourgeoisie égyptienne, répression de l’opposition, agressions des partisans de Hamdeen Sabahi – qui vont au-delà de sa formation le Courant populaire –, le challenger de Sissi à la présidentielle, etc…

Des supporters de l’armée se sont également lancés dans une campagne de diffamation de H. Sabahi en l’accusant d’entretenir des relations proches avec les Frères Musulmans et que ces derniers ont appelé à voter pour lui, tandis que Sabahi était également accusé d’avoir reçu de l’argent du Qatar pour sa campagne.

 

Sissi et le retour du régime de Moubarak

Le nouveau gouvernement égyptien désigné en Février a marqué un retour au premier plan de nombreuses personnalités connues pour leur collaboration avec le régime Moubarak., tandis que les ministres nommées après la chute de Morsi et ayant un lien avec les groupes ayant participé aux diverses mobilisations populaires depuis le 25 janvier 2011 disparaissaient comme Kamal Abou Eita, syndicaliste historique et nassérien, qui a d’ailleurs perdu un certain crédit au sein de la base syndicale pour sa participation au pouvoir.

Le nouveau Premier ministre Ibrahim Mehleb est un ancien cadre du parti de Moubarak, le Parti national démocrate (PND). La nouvelle ministre du Travail Nahed Elachry a été quand à elle adjointe au ministre du travail sous Moubarak, et décorée le 1er mai 2013 par Morsi.

Le coordinateur de la campagne de Sissi à Alexandrie pour les élections présidentielles, Mostafa Kadri, a d’ailleurs démissionné début mai pour protester contre ce qu’il décrit comme la domination des vestiges du régime Moubarak au sein de l’équipe de la campagne.

Le soutien de l’appareil d’Etat et de l’armée à Sissi ne doit néanmoins pas cacher le fait que ce dernier jouit d’une certaine popularité au sein de la population et au sein de certains partis politiques et personnalités ayant participé ou soutenu le processus révolutionnaire. Parmi les forces organisées soutenant Sissi, il n’y a pas que les anciens Moubarak et des ultra-libéraux, mais il y a également des nassériens, des Salafistes et des militants du mouvement social notamment des syndicalistes et des féministes.

La division au sein du mouvement syndical est en effet assez visible. Le nassérien et ancien syndicaliste indépendant Kamal Abou Aïta a par exemple participé jusqu’au 24 février au gouvernement de Belbawi.

Au début du mois d’avril, Yousry Maarouf, président de l’EDLC (Egyptian Democratic Labour Congress), une des centrales syndicales indépendantes, a apporté son soutien à la candidature de Sissi. Cette déclaration n’a néanmoins pas manqué de provoquer les protestations de ses camarades et par la suite plus de 80 syndicats indépendants ont signé une déclaration commune le 9 mai, dans laquelle ils refusaient de soutenir un candidat particulier à l’élection présidentielle et répétaient leur indépendance totale de tout candidat. Ils ajoutaient finalement qu’ils n’étaient les esclaves de personnes et n’acceptaient pas qu’on leur donne des ordres.

Au niveau régional, le principal soutien du régime est l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabe Unis, qui ont donné plus de 20 milliards de dollars depuis juillet 2013.

 

Sissi et la répression

Depuis le 3 juillet 2013, jour de la chute de l’ex président Morsi, le régime de Sissi a tué plus de 2 660 membres du mouvement des Frères Musulmans et arrêté environ 21 000. Le régime militaire a également déclaré l’organisation des Frères Musulmans comme une organisation terroriste, et a ordonné la fermeture de manière arbitraire des bureaux, de ses moyens de communications (télévisions et radios), centre de charités de l’organisation.

Aujourd’hui, la plupart des dirigeants de premier rang (le bureau politique du Guide), deuxième rang (Conseil de la Choura) et troisième rang (chefs des municipalités et des bureaux administratifs) sont soit en prison, en exil ou dans la clandestinité. De nombreux dirigeants politiques et publics connus ont été réprimés, arrêtés et poursuivis, y compris les membres du parlement et les membres du comité supérieur du Parti de la Liberté et de la Justice. Les membres féminins du mouvement des Frères Musulmans n’ont également pas été épargnés par les arrestations.

Sissi a également déclaré récemment dans une interview qu’il finirait les Frères Musulmans si il était élu…

Cette répression ne sait néanmoins pas arrêter aux membres des Frères Musulmans, la soi-disant campagne continue de la « guerre contre le terrorisme» lancé par le régime militaire égyptien a été en fait un outil pour attaquer le processus révolutionnaire et sert clairement de prétexte à limiter les libertés et droits de toutes et tous ; des journalistes, étudiant-es, et syndicalistes sont arrêtés ou poursuivis, des ouvriers-ères et militant-es également. Dans le seul mois de Janvier 2014, 96 journalistes ont été torturés par les services de sécurité égyptiens, tandis que les étudiant-es ont été la cible d’une campagne de répression terrible durant ces derniers mois à cause de leur opposition au régime militaire. Les attaques perpétuelles sur nos camarades du Front de la voie révolutionnaire (qui s’oppose à la fois à l’armée et aux Frères Musulmans et qui réunit le Front Démocratique du 6 avril, le Mouvement de la jeunesse du 6 avril, Le Parti de l’Egypte Forte, les Socialistes révolutionnaires, le mouvement de jeunesse de Justice et Liberté, et un certain nombre d’autres militant- e-s révolutionnaires) illustrent bien cette situation. Le Front a d’ailleurs tenté de manifester dans les rues du Caire en direction de la place Tahrir le 25 janvier 2014, mais peu après le début de leur manifestation, les manifestant-es ont été dispersés par les policiers à coups de gaz lacrymogènes qui ont causés la mort de 5 personnes. La propagande officielle égyptienne a accusé de manière mensongère les partisans du Front d’être des membre de la « Confrérie terroriste des Frères Musulmans», et que c’était la raison pour laquelle la police les avait dispersés. Sur l’ensemble de l’Egypte, 89 manifestant-es ont été tués le 25 janvier 2014, et plus de 250 personnes ont été blessées.

Le célèbre activiste et opposant Alaa Abdel-Fattah a été libéré fin Mars après plus de 100 jours en prison pour avoir violé la nouvelle loi sur les manifestations. Son cas est néanmoins toujours en cours de jugement.

Plus récemment, un tribunal a interdit le mouvement du 6 Avril en l’accusant d’espionnage et d’avoir diffamé l’Etat, mouvement d’opposition de longue date, et un de ses principaux leaders, Ahmed Maher, est déjà en prison pour avoir participé à une manifestation non autorisée l’an dernier.

Le retour en force de l’Etat policier et de son impunité totale sous le régime de Sissi démontre bien que ce dernier est le représentant par excellence de la contre révolution.

 

Luttes politiques et sociales

Les résistances politiques et sociales contre le retour de l’Etat policier n’ont néanmoins pas cessé. Un certain nombre de manifestations et mobilisations ont eu lieu, notamment en premier lieu pour dénoncer les nouvelles lois promulgués le 24 novembre 2013 par le président par intérim Adly Mansour, marionnette du régime militaire sur les manifestations, obligeant notamment les organisateurs à prévenir les autorités trois jours avant la tenue de leur rassemblement et réservant au ministère de l’Intérieur le droit d’interdire une manifestation, et les grèves, et exiger également la libération de tous les détenu-es politiques.

Des actions variées ont été organisées depuis le début de l’année, à la suite des mobilisations de Novembre 2013, comme par exemple un marathon sous le titre de « “Révoquer la loi, les rues sont les nôtres” ou bien des chaines humaines au Caire entre le pont du 6 Octobre jusqu’à l’Opéra du Caire, et dans d’autres villes également, tandis que des conférences expliquant que la nouvelle loi sur les manifestations violaient la constitutions et le principe des libertés fondamentales. Comme point d’orgue de cette campagne, une grande manifestation a eu lieu le 26 avril devant le palais présidentiel.

Les étudiant-es et les universités ont joué un rôle central depuis plus de six mois dans la résistance populaire au régime militaire. Selon des rapports, en moyenne mensuelle ce sont 230 manifestations qui ont été organisées sur les 24 campus dans la première partie de l’année universitaire en cours. Selon l’Association pour la liberté de pensée et d’expression (AFTE), 692 étudiants des universités à travers l’Égypte sont actuellement détenus suite à une répression largement orientée contre la composante islamiste du mouvement d’opposition, mais également contre les militants étudiants libéraux.

De leur côté, les membres des Frères musulmans n’ont cessé d’organiser de manière hebdomadaire des manifestations pour protester contre le régime de Sissi et demander le retour de Morsi au pouvoir.

Depuis la fin de l’année 2013 et début de l’année 2014, les protestations pour des raisons socio économiques étaient à nouveau à la hausse dans divers secteurs après plusieurs mois de baisse relative des grèves et mobilisations.

En janvier, les médecins, pharmaciens et vétérinaires se sont engagés dans des grèves partielles revendiquant l’amélioration de leurs salaires, une échelle des salaires progressive, des hôpitaux / installations médicales / conditions de travail plus sûrs et une augmentation du budget national de santé. En février, les travailleurs de l’usine textile de Mahalla se mettaient grève pour revendiquer le salaire minimum à 1200 LE, paiements en retard de partage des bénéfices (d’un montant deux mois de salaire par travailleur), le licenciement d’un haut fonctionnaire de l’usine, et l’élection de représentants de travailleurs au conseil d’administration de la société. Ils ont également occupé les locaux de leurs compagnies et organisé des manifestations dans le gouvernorat. Cette mobilisation s’est par la suite étendue à 13 autres usines textiles, représentant environ 47 000 travailleurs-euses et a provoqué une dizaine d’autres protestations sociales.

Salariés des transports publics (bus) du Grand Caire et Alexandrie qui bloquent totalement les deux villes et menacent d’une grève nationale fin février. L’armée a loué des minibus privés et mis ses bus militaires à disposition des usagers. Ainsi, après plusieurs semaines de grèves locales, la poste égyptienne est partie en grève générale reconductible le 23 mars, à environ 80 %.

Des grèves partielles de policiers dans les gouvernorats de Alexandrie, Gharbiya, Sharqiya, Minya et Wadi al-Gadeed ont également eu lieu en Février pour les demandes suivantes: l’augmentation des primes et indemnités, un salaire minimum, et (dans certains endroits) la disposition du ministère de l’Intérieur d’armes à feu à tous les policiers.

Pendant ce temps protestations de police – pour les demandes presque identiques – ont été mis en scène dans les gouvernorats de Gharbiya et Alexandrie.

La raison principale de la multiplication de ces mobilisations à revendications sociale à partir de janvier est la conséquence de la non résolution de la question sociale par le régime de Sissi. L’adoption de la nouvelle Constitution mi-janvier 2014 n’a en effet pas été suivie d’annonces de mesures sociales. Les travailleurs-euses attendaient au minimum à recevoir le salaire minimum promis depuis six mois, qui est une des revendications principales de la révolution et cela depuis 2011. N’oublions pas que les Frères Musulmans arrivés au pouvoir en juillet 2012 avaient ignoré cette revendication, comme d’ailleurs la quasi totalité des exigences sociales, ce qui a été une des principales raisons de leur chute.

Le régime a bien adopté un salaire minimum en janvier 2011, mais la mesure ne concerne que l’essentiel de l’appareil administratif de l’Etat et non les entreprises publiques, soit seulement 2% des employé-es de la fonction publique. Donc l’attente de 6 mois sans aucun résultat concret à mener à une nouvelle mobilisation importante des travailleurs-euses. Ces mobilisations concernaient des secteurs aussi vitaux que les transports publics, la poste, les offices notariaux ou les hôpitaux publics.

Cette explosion sociale à mener le régime des militaires à pousser à la démission le gouvernement de Hazem El-Beblawi car ce dernier souffrait d’une grosse impopularité et aurait pu avoir des conséquences néfastes sur la candidature de Sissi aux éléctions présidentielles.

Cependant, la plupart des revendications n’ont pas été satisfaites et restent encore en suspens.

Les revendications des travailleurs-euses sont restées lettre morte depuis le début du processus révolutionnaire en Janvier 2011, malgré très souvent l’acceptation orale par les différents gouvernants de certaines demandes comme le salaire minimum ou la légitimation des syndicats indépendants toujours non reconnu officiellement. . Une figure du syndicalisme égyptien, Fatma Ramadan déclarait d’ailleurs que «des dizaines de milliers d’employés et d’ouvriers ont créé des syndicats indépendants, mais la loi sur la liberté syndicale n’a jamais été approuvée par les trois régimes qui se sont succédé depuis 2011».

Il est important de comprendre que le lien intrinsèque qui existe entre les intérêts des travailleurs-euses et le processus révolutionnaire. Comme l’expliquait la syndicaliste Fatma Ramadan « C’est comme si la trajectoire de la révolution et les droits du travail étaient juxtaposés. Nous témoignons à présent d’une pente descendante pour les deux».

Pour rappel c’est à la suite de la chute de Moubarak en février 2011, que les employeurs étaient plus disposés à répondre aux demandes ouvrières et que les syndicats indépendants se multipliaient comme des champignons.

 

La position des Frères Musulmans

Comme nous l’avons dit, malgré la répression terrible qui frappe les membres des Frères Musulmans, ces derniers continuent de manifester leur opposition au régime de Sissi. Leurs demandes n’étaient par contre limités jusqu’à récemment qu’au retour de l’ex président Morsi, et c’est seulement maintenant qu’on voit des tentatives chez les partisans des Frères Musulmans d’élargir leur cadre de revendications pour tenter de créer des alliances avec d’autres groupes, mais toujours dans une relation dans laquelle ils jouent les premiers rôles comme au sein de la Coalition nationale pour le soutien de la légitimité, alliance de partis politique islamistes contre le régime Sissi. Dans un communiqué daté du 9 mai, ils ont déclaré notamment leur désir de voir les institutions de l’Etat réformé pour davantage de démocratie et de justice sociale, que les institutions de l’Etat devaient appartenir au peuple et non confisqué par l’armée et une clique au pouvoir.

En même temps, les membres des Frères Musulmans ont accueilli favorablement la «  déclaration de principes Bruxelles » de Mai rédigé par des personnalités politiques pro Frères Musulmans, islamistes et quelques libéraux, notamment Ayman Nour, qui appellent au retour des valeurs de la révolution égyptienne du 25 Janvier et que l’armée ne devrait plus être impliquée dans la vie politique. La déclaration appelle également à la réconciliation nationale et politique entre tous les partis et forces politiques; la réalisation des exigences de la classe ouvrière; l’établissement de la justice sociale; déterminer le rôle des femmes, de la jeunesse et de la société civile; parvenir à l’indépendance de l’Etat; et déterminer la position stratégique et régional de l’Egypte. Les initiateurs de cette déclaration appellent toutes les forces s’opposant aux militaires de se joindre à cette coalition.

Ces dernières initiatives et déclarations des Frères Musulmans sont certes louables, mais ont de la peine à dépasser pour beaucoup des paroles de bonnes intentions sans réelle crédibilité. Ces déclarations n’ont en effet pas permis aux Frères Musulmans de faire une auto critique de leur année pouvoir et continue à caractériser le mouvement populaire de masse du 30 juin comme un complot interne et externe, utilisant tous les moyens à sa disposition (médiatique et autres) pour préparer un coup d’Etat contre un pouvoir civil s’engageant dans des réformes pour démocratiser l’Etat (communiqué du 9 mai). Face à cette position de déni de la réalité, même si il est vrai que l’armée est intervenu dans le mouvement populaire du 30 juin, mais c’est pas cette dernière qui poussé les plus de 20 millions de manifestant-es dans les rues sans parler des protestations sociales massives que connaissaient le pays dans les mois précédents, mais bien l’échec politique des Frères Musulmans et leurs tentatives de mettre fin aux objectifs de la révolution. Car tout en rappelant à nouveau notre défense des droits démocratiques et sociaux de tous et toutes, y compris des membres des Frères Musulmans, nous devons également rappeler que leur passage au pouvoir a démontré sa nature contre révolutionnaire en cherchant l’alliance avec son bourreau d’aujourd’hui l’armée, en nommant notamment comme ministre de la Défense le Maréchal Sissi et en préservant ses prérogatives et pouvoirs, pour tenter de mettre fin au processus révolutionnaire et par ces politiques anti démocratiques et anti sociales contre le mouvement populaire, reprises aujourd’hui par l’armée, mais de manière plus violentes. L’utilisation d’un discours communautaire agressif, particulièrement envers la minorité chrétienne copte qu’elle a accusé à plusieurs reprises d’être un des principaux instigateurs d’un complot contre les musulmans et dans le renversement de l’ex président Morsi, jusqu’à aujourd’hui démontre également son caractère réactionnaire.

Les manifestations populaires de masse de plus de 20 millions de personnes du 30 juin 2013 et des jours qui suivirent pour renverser l’ex président Morsi témoignèrent d’ailleurs de la volonté des masses égyptiennes de se débarrasser d’un gouvernement qui luttait contre la continuation du processus révolutionnaire et de ces demandes : démocratie et justice sociale. La frustration et la mobilisation populaire des masses, qui a mené à la chute de l’ex Président Morsi et de son gouvernement, ont malheureusement été récupérées par l’armée égyptienne, en l’absence d’un parti révolutionnaire de masse pouvant donner une direction au mouvement populaire et de la trahison et de la position opportuniste des partis libéraux, nationalistes et certains partis de gauche à soutenir l’armée. L’armée aujourd’hui tente de mettre fin au processus révolutionnaire malgré une propagande mensongère qui veut la présenter comme le garant de la révolution et de ses demandes.

Le caractère réactionnaire et les politiques contre révolutionnaires du mouvement des Frères Musulmans durant son année au pouvoir est un des éléments qui expliquent également la difficulté aujourd’hui d’unifier un mouvement populaire contre la répression de l’armée.

La clarté de notre position envers le mouvement des Frères Musulmans ne nous empêche pas comme nous l’avons dit de défendre leurs droits démocratiques et de dénoncer les crimes commis à l’encontre des ses membres par l’armée égyptienne.

Hamdeen Sabahi et les élections

Une partie des forces révolutionnaires qui s’opposent à la fois aux militaires et aux frères musulmans ont apporté un soutien au candidat nassérien Hamdeen Sabahi, qui était arrivé en troisième place lors du premier tour des élections présidentielles de juin 2012 et est une figure historique du mouvement d’opposition que ce soit contre le régime de Sadate et de Mubarak. Il a été à plusieurs reprises au cours de sa vie emprisonné pour son opposition à ces deux régimes. Il représente dans certains aspects une voie réformiste appelant aux réformes des institutions pour tendre vers davantage de démocratie, et il appelle également à plus de justice sociale et d’équité en appelant notamment au renforcement de l’Etat et de son administration pour garantir des services sociaux et refuse son démantèlement au profit d’intérêts privés.

Il a notamment déclaré dans sa campagne qu’il n’y aura pas de rôle politique de l’armée sous sa présidence. L’armée protègera le pays, mais ne gouvernera. Il a également dénoncé le fait que l’ancien régime gouverne toujours le pays, tandis qu’il accusait le Conseil Suprême des Forces Armées et le gouvernement par intérim de n’avoir pas réalisé les objectifs de la révolution.

Ce soutien pour la candidature de H. Sabahi ne se fait néanmoins pas sans critique à ce dernier et cela s’explique pour plusieurs raisons. Tout d’abord H. Sabahi n’a cessé de tergiverser dans ces alliances et ses positions politiques par opportunisme abandonnant à plusieurs reprises les objectifs de la révolution et les révolutionnaires. Lors des élections législatives de 2011-2012, plusieurs membre de son parti « Karama » étaient entrés à l’Assemblée nationale en tant que candidats des listes conduites par les Frères musulmans, avant que l’Assemblée ne soit dissoute par une décision de justice.

A la suite du 30 juin 2013, H. Sabahi s’est caractérisé par son silence sur les violations du ministère de l’Intérieur et de l’armée aux libertés, les massacres, les arrestations, la torture, l’assaut contre les universités, jusqu’à son soutien au mensonge de la « guerre contre le terrorisme » utilisé par l’Etat comme un prétexte pour permettre le retour de l’Etat policier. Il a d’ailleurs récemment blâmé les dirigeants des Frères musulmans pour les « incidents » du sit-in Rabaa, qui avait causé la mort de plus de 1400 membres des Frères Musulmans à la suite de l’assaut des forces de sécurité égyptienne, en déclarant : “Les dirigeants de ce groupe qui ont prêché la violence et l’extrémisme sont responsables de verser le sang des milliers de personnes innocentes qui se sont réunis là».

De plus, il a juré de maintenir l’interdiction sur les Frères musulmans s’il est élu président, en déclarant que “Les Frères musulmans n’existeront pas en tant qu’organisation dont la loyauté va à des entités étrangères, ou en tant que parti politique. Ceci est en accord avec la constitution 2014 qui interdit les partis fondés sur la religion “. Il a néanmoins ajouté que les activistes de courants d’inspiration islamiques ne seraient pas poursuivis tant qu’ils restent pacifiques.

Sabahi a ensuite appelé à voter en janvier 2014 pour la nouvelle Constitution, qui place l’Etat égyptien sous la tutelle de l’armée et autorise le jugement des civils par les cours martiales. De plus, à la suite de l’annonce de la candidature de Sissi pour les élections présidentielles de mai, Sabahi a déclaré qu’en cas de victoire du maréchal, il pourrait soit participer au pouvoir, soit mener une « opposition constructive ». Il a par ailleurs expliqué que l’enjeu de l’élection était de choisir entre un bon et un meilleur candidat. Sur le champ économique et social, il a déclaré envisager d’accepter un prêt du Fonds monétaire international (FMI), si celui-ci était sans conditions.

Dans une interview début mai 2014, il a assuré vouloir maintenir l’accord de Paix de Camp David avec Israel.

Conclusion

En conclusion, H. Sabahi n’est pas un candidat révolutionnaire et ses limites, notamment au niveau de la défense des droits démocratiques et sociaux de tous et de toutes sans exception, y compris des forces islamistes, sont manifestes, mais le vote pour le candidat nassérien représente malgré tout la possibilité de renforcer un espace démocratique dans cette campagne et pour la suite, dans laquelle il est possible de mettre en avant des idées radicales, et une forme d’opposition, parmi d’autres comme les grèves et autres manifestations, à Sissi représentant de la contre révolution et du retour au régime de Moubarak.

Sissi remet d’ailleurs sur la table l’équation « liberté ou stabilité », comme Moubarak dans le passé et estime que compte tenu des spécificités du pays, incomparable selon lui aux démocraties occidentales, il faudrait « 20 à 25 ans pour instaurer une véritable démocratie »…

De plus il serait faux de présenter Sabahi comme similaire à Sissi ou bien même comme pire, comme l’ont fait les Frères Musulmans et la Coalition nationale pour le soutien de la légitimité (alliance de partis politiques islamistes menée par les Frères Musulmans) et qui appellent au boycott des élections. Cette position des Frères Musulmans et de ses alliés islamistes reflète sa volonté d’empêcher toute force alternative ou même message sortant de la dichotomie Armée vs Islamistes, car c’est bien Sissi qui dispose des moyens de l’Etat et de répression, du soutien des médias, etc… et qui est le représentant par excellence de l’Etat profond égyptien, de l’armée, des services de sécurité et de la bourgeoisie égyptienne et des anciens moubaraks.

De même, la position du boycott des élections pourrait être justifié si un mouvement de masse avec un message progressiste dans la rue appelait à cela, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Les élections sont un moyen et non une fin, le vote pour H. Sabahi est un vote contre Sissi et non un vote pour les idéaux politiques de ce dernier.

En même temps le soutien critique à H. Sabahi ne doit en aucun cas laisser la place à des illusions aux révolutionnaires que le candidat nassérien pourrait représenter les intérêts et objectifs de la révolution et des classes populaires, cela est loin d’être le cas, même si ce dernier le clame haut et fort en se présentant comme le candidat de la révolution et de ses objectifs.

Il n’y a en effet pas d’alternative à la construction d’un front progressiste qui représente les intérêts des classes populaires et clairement indépendant de l’armée et des islamistes. Le Front du chemin de la Révolution qui aspire à jouer ce rôle doit encore se développer et créer des liens avec les syndicats indépendants et les féministes, et autres milieux progressistes pour représenter l’alternative radicale qui permettra de faire face au vent de contre révolution mené par Sissi et ses soutiens régionaux comme l’Arabie Saoudite.

La construction de ce front progressiste et démocratique est le véritable challenge pour les révolutionnaires en Egypte.

Comme l’affirmait, la syndicaliste et militante politique Fatma Ramadan: « Les ouvriers en Egypte n’ont jamais réussi à obtenir leurs droits sans protestations, il n’y a pas de droits sans révoltes. »

L’émancipation des classes populaires ne sera l’œuvre des classes populaires elle même est en effet une certitude à répéter.

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