Intégrer les questions féministes dans nos luttes

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Les questions féministes, ou en d’autres termes la défense des droits des femmes sur le terrain de l’égalité politique, sociale et économique par rapport aux hommes, sont encore trop souvent mise de côté dans l’analyse des faits sociaux et politiques, même au sein des mouvements progressistes. Certains considèrent même que les féminismes ne sont plus d’actualité dans les pays occidentaux, car ces derniers auraient atteint l’égalité homme femme et donc l’inégalité ne serait qu’un vieux souvenir. Cela est bien loin de toute réalité.

Une illustration de cet exemple est l’analyse des conséquences des politiques néo-libérales sur les femmes des classes populaires qui sont souvent les premières victimes des politiques d’austérités qui s’attaquent aux acquis et droits sociaux comme les services publics ou les systèmes de protection sociale. Ces mesures pénalisent en effet en particulier les femmes car cela renvoie sur elles ce qui relève de la reproduction de la force de travail, en raison également des offensives contre les services publics de la petite enfance ou de santé. Un autre facteur de pression consiste à faire de l’emploi et des salaires une variable d’ajustement. La précarisation croissante du travail avec le développement du temps partiel touche très majoritairement les femmes, qui sont les principales concernées.

En Suisse, les femmes touchent toujours en moyenne environ 20% de moins que leurs collègues masculins pour un travail similaire. A cause de la discrimination salariale, les femmes perdent ainsi 7,7 milliards de francs par an. Ce sont elles aussi qui, à leur retraite, paient une deuxième fois cette perte “illégale” en touchant des rentes trop faibles. Plus d’un million de femmes professionnellement actives sont concernées. Outre l’inégalité salariale, un rapport du Bureau fédérale de l’égalité relevait en 2014 d’autres domaines qui stagnaient également. Concilier une vie de famille avec le travail reste difficile, le nombre de femmes en politique a peu bougé depuis 2007. La violence domestique reste importante tandis que les choix professionnels restent très stéréotypés. C’est sans parler du projet d’Alain Berset qui veut notamment relever l’âge de la retraite des femmes et qui constitue à bien des égards la pire attaque politique portée contre les intérêts des femmes depuis la 10e révision de l’AVS en 1994.

En plus des politiques d’austérité, on a constaté à travers l’Europe ces dernières années une montée inquiétante des mouvements d’extrêmes droites et populistes qui appellent à un retour à l’ordre moral et aux valeurs traditionnelles de la famille, dont le discours remet en cause principalement les droits des femmes et de leurs acquis. En décembre 2013, au parlement européen, les forces de droite conservatrices ont rejeté le rapport Estrella qui proposait que l’avortement soit de la compétence de l’Union européenne et encourageait tous les États membres à l’autoriser. L’avortement est actuellement interdit en Irlande, Pologne et Malte, tandis qu’en Espagne, le gouvernement a imposé une loi qui le remet en cause, tout comme la Lituanie et la Macédoine ont introduit des modifications législatives qui restreignent le droit à l’avortement. Dans d’autres pays, comme en France, ce sont les politiques d’austérité qui fragilisent l’accès à l’IVG, alors que dans le même temps le Parlement supprime la référence «à la situation de détresse». En Suisse, une initiative populaire, qui a été refusé par le peuple en 2014, demandait que l’interruption volontaire de grossesse ne soit plus remboursée par l’assurance maladie obligatoire.

De même dans le cadre de la lutte contre l’islamophobie, il faut en effet voir comment les premières victimes de ce racisme sont les femmes voilées. Les actes islamophobes en France en 2013, comme les années passées ont touchées principalement des femmes musulmanes qui constituent 78 % des victimes d’actes islamophobes et la quasi – totalité́ des personnes agressées, avec plusieurs attaques très violentes. Les femmes portant un foulard demeurent la première cible des agresseurs et des discriminants islamophobes.
L’islamophobie touche principalement les femmes musulmanes et empêche leur émancipation, notamment au niveau des multiplications des lois répressives visant les femmes voilées les empêchant de poursuivre leur éducation et de trouver un travail. L’UDC au Valais a décidé par exemple de lancer une initiative qui vise directement les femmes voilées en voulant interdire le voile à l’école, alors que le Tribunal fédéral en juillet 2013, contre l’avis d’une école thurgovienne, pourtant soutenue par le département de l’éducation, a en substance autorisé deux jeunes filles macédoniennes à porter le voile à l’école secondaire publique de leur commune. Cette jurisprudence a été suivie plus récemment par le Tribunal administratif de Saint-Gall, qui a tranché dans le même sens dans un arrêt qui, toutefois, a été porté au TF.

Il ne s’agit pas de séparer la question des femmes et de leur libération de l’analyse globale des méfaits du capitalisme et d’autres problèmes majeurs comme le racisme, mais de savoir comment ils influent sur les conditions des femmes.

De manière générale en Europe par exemple, le concept de « plafond de verre » est toujours d’actualité. Les hautes sphères du monde du travail et politique sont toujours et d’une manière écrasante majoritairement masculines et également blanches. C’est une conséquence directe du racisme et du sexisme de nos sociétés dans lesquelles les femmes et les minorités sont toujours en grande majorité discriminées et exclus de ces sphères.

L’objectif est de comprendre comment les différentes formes d’oppressions (de classe, de « race », de genre, etc…) convergent et s’entrecroisent et non de les hiérarchiser en donnant une priorité à une sur l’autre. L’important est de ne pas tomber dans une forme « d’économisme » qui suppose que la lutte des classes résoudra d’elle-même le problème du sexisme ou donnera en révélant les véritables intérêts de classe en opposition à toute fausse conscience. La fin du capitalisme donnera les conditions matérielles pour la fin du sexisme ou aussi du racisme, mais non leur fin.

En conclusion les mots d’Inessa Armand, la première dirigeante du Département des Femmes dans la révolution russe de 1917, sont dans cette optique d’une actualité criante: « Si la libération des femmes est impensable sans le communisme, le communisme est également impensable sans la libération des femmes ».

Joseph Daher

article en version courte publiée dans le journal le Courrier le vendredi 6 mars

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