Quelques réflexions: organiser et construire la résistance

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Les cercles de gauche, en Suisse et ailleurs, s’interrogent sur la nécessité ou non de constituer des mouvements larges, démocratiques et antilibéraux sur le modèle des mouvements Syriza, en Grèce, et Podemos, en Espagne. Certains, rebutés par la nature «réformiste» des leaderships de ces partis, ne perçoivent pas le potentiel de radicalisation d’une base populaire qui se mobilise et vote pour ces mouvements sur des revendications démocratiques et sociales, telles que le refus de l’austérité, ou la volonté de démocratie réelle. Pendant ce temps, d’autres s’immergent au sein de ces mouvements, sans la distanciation nécessaire pour appréhender les contradictions existant entre la base populaire et le leadership, et soutiennent aveuglément les mesures entreprises comme la seule voie de salut.

Il semble, pour ma part, que les organisations anticapitalistes auraient raison, quand le contexte politique le permet, de prendre part à ces mouvements larges puisque leurs bases émanent en grande majorité des classes populaires, portent des revendications démocratiques et sociales et renferment un potentiel de radicalisation tout en gardant une totale indépendance dans leur liberté d’organisation, leur sens critique, et en restant ouvertes à toutes les classes populaires, y compris celles du dehors. Car s’il est vrai que les luttes sociales, économiques, politiques et l’organisation des travailleurs-euses constituent le ferment de la construction d’une alternative radicale socialiste, la nécessité d’opposer via les urnes une alternative politique à l’actuel système capitaliste est tout aussi fondamentale, sans y avoir des illusions stratégiques et connaissant les limites des parlements libéraux. La gauche doit en effet se construire dans tous les secteurs de la société, ce qui nécessite une variété de luttes et de tactiques, et de même développer une hégémonie sur les classes populaires en défendant un programme politique défendant les classes travailleuses et tous les opprimé-es, c’est à dire dépasser une ligne économiste, réduisant les luttes aux luttes syndicales et dans les lieux de travails, pour comprendre également les luttes féministes, LGBT, migrant-es, écologie, questions internationales et anti-impérialistes, etc… Il est en effet important de comprendre que les luttes économistes ne sont pas suffisantes pour développer une conscience anti capitatiste et socialiste. Le syndicalisme existe en effet pour améliorer les conditions des travailleurs sous le capitalisme, pas pour se débarrasser de l’ensemble du système.

Et la voie la plus constructive réside à mon sens dans une approche nuancée, qui s’inspire des principes suivants: l’émancipation des classes populaires par elles-mêmes; la nécessité d’une organisation; la démocratie et le pluralisme interne.

L’émancipation des classes populaires par elles-mêmes. La politique n’est pas réservée à une minorité de spécialistes, elle est l’affaire de tou-te-s. Ce ne sont pas les Tsipras, Iglesias, ni le retour d’un nouveau Lénine, pas plus que l’avènement d’un parti particulier, qui permettront l’émancipation des classes populaires. «L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes», pour citer Karl Marx. Soit un acte entrepris par ceux et celles travailleurs, opprimés, exploités qui en ont besoin, et cela, de manière consciente. Pour rappel, toutes les grandes idées viennent des classes populaires. C’est de la Commune de Paris, en 1871, et du l’expérience vécue par les communards, que Marx tire l’idée de remplacer l’ancien état bourgeois et ses institutions par un nouvel état dans lequel les fonctionnaires sont élus et payés aux salaires des ouvriers. De même, les «soviets», ou conseils d’ouvriers en Russie, ont été l’invention des travailleurs-euses durant la révolution de 1905.

La tache du parti dans ce cadre est de servir d’outil aux masses en luttes, de leur permettre d’élever leur conscience politique, et des convaincre la majorité des travailleurs-euses à leur programme politique et de ces plans tactiques et stratégique pour atteindre l’objectif de la nécessité de combattre et d’abattre le capitalisme et construire un socialisme par eux et elles et pour eux et elles.

La nécessité de s’organiser. Les luttes spontanées, qui constituent le carburant des révolutions et des militant-e-s, ne suffisent pas à casser le cercle vicieux des relations entre capital et travail et les idées des classes dominantes.

La conscience de classe des travailleurs-euses n’est généralement pas homogène et s’exprime de différentes manières, et parfois elle reprends les idées répandues par les classes dominantes bourgeoises à travers les médias et autres, accusant parfois les étrangers-ères de tous les maux de la société (responsable du chômage, hausse de la criminalité, de profiter des aides sociales, etc…). Les idées bourgeoises sont en effet dominantes dans nos sociétés par l’és populaires. toutes lont en effet .ation mais de l’ires sont élu-es et toutes -tous s populaires. toutes éducation scolaire, les médias, etc… comme le disait Karl Marx « les idées dominantes d’une époque n’ont jamais été que les idées de la classe dominante », dans notre époque celle de la bourgeoisie.

Il est nécessaire de bâtir une organisation politique pour servir d’outil aux masses en lutte et leur permettre d’élever leur conscience politique, dans la perspective de convaincre les classes populaires de construire le socialisme. Il faut en effet une part de conscience, une part de volonté, un élément conscient — c’est la part de l’action politique, de la décision politique qui est portée par un parti. Un parti n’est bien sûr pas étranger à la société dans laquelle on vit. Même dans l’organisation la plus révolutionnaire on subit les effets de la division du travail, on subit les effets de l’aliénation, mais au moins une organisation révolutionnaire se donne les moyens de résister collectivement et de briser les idées bourgeoises qui domine nos sociétés et d’empêcher également de tomber dans ses pièges ou fausses « solutions » que sont les politiques d’austérités, politique racistes, etc… des classes bourgeoises utilisent pour soi disant sortir des divers crises…

Démocratie et pluralisme interne. Aucune organisation, aucun individu ne détiennent une vérité définitive; il y a un échange permanent entre le mouvement et les expériences des classes populaires. Les mouvements larges doivent se constituer sur une base démocratique et pluraliste qui repose sur cette idée. Un mouvement au sein duquel les controverses ne sont pas la règle, dans lequel différentes nuances d’opinion ne sont pas représentées, ne peut espérer être autre chose qu’une entité sectaire. Démocratie et pluralisme interne ne sont pas un luxe facultatif, mais des éléments vitaux à la relation entre les membres du mouvement et ceux/celles parmi lesquels ils travaillent. La confiance en soi et dans ses idées et ses capacités se développent dans le véritable débat qui se déroule dans une atmosphère où les différends peuvent être librement et ouvertement discutés. L’uniformité et la démocratie sont mutuellement incompatibles.

Bien sûr ces principes doivent avoir comme trame de fond l’internationalisme et dépassé les frontières… Pas de salut dans un seul pays pour le socialisme… “Prolétaires de tous les pays unissez vous” est toujours d’une actualité criante…

Dans cette perspective, laissons la conclusion au marxiste Daniel Bensaïd: «Aujourd’hui, on n’est pas libre tout seul, on n’est pas génial tout seul, on le devient dans son individualité mais dans une organisation de lutte collective».

Joseph Daher

Juin 2015

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